Côte d'Ivoire : Interview de M Jean Claude Gnahoua Représentant du COJEP-Suisse
25 novembre 2005
Le mois dernier, le représentant en Suisse du Rassemblement Des Républicains (RDR), M Antoine Dieth Oulounego lors d’une interview qu’il nous a accordée abordait de long en large la problématique liée à la résolution de la crise ivoirienne.
Aujourd’hui, c’est le représentant en Suisse du Congrès Panafricain des Jeunes Patriotes (COJEP), M Jean Claude Gnahoua qui a bien voulu accepter de nous donner son point de vue sur la crise qui secoue son pays la Côte d’Ivoire.
Nous vous souhaitons une très bonne lecture !
Nlsguinee : Vous êtes très connu dans le milieu africain de Suisse. Pouvez-vous vous présenter aux lecteurs de notre site www.nlsguinee.com
Jean Claude Gnahua: Bonjour, je me nomme Jean-Claude Gnahoua Bougouhi, je suis africain de la région de la Côte d’Ivoire. Je vis actuellement en Suisse dans le canton de Zürich, je suis marié et père de deux belles créatures (une fille et un garçon).
Nlsguinee : Bonjour M Jean Claude, vous êtes le représentant du Congrès Panafricain des Jeunes Patriotes (COJEP) en Suisse, pouvez-vous nous parler un peu de ce congrès ?
J-C: Le congrès panafricain des jeunes patriotes a vu le jour en juin 2001 à Abidjan, au maquis (un restaurant) appelé „quitte dans ça“. Une manière pour dire que notre mouvement n‘est pas né après la sale guerre (la nuit du 18 au 19 septembre 2002).
Il n‘est donc pas un mouvement de soutien, c‘est plutôt une organisation qui se veut libre et indépendante de tout. Un mouvement qui s‘arroge le droit d‘être le porte parole de la société civile , surtout la jeunesse, frange de nos populations qui est très souvent ignorée, alors que c‘est elle qui souffre des politiques des différentes politiques ivoiriennes et africaines des hommes politiques de notre continent et de nos anciens maitres, je veux ici parler de la France . Donc le cojep en quelques mots veut donner une arme et une âme politique à ces jeunessses afin qu‘elles formulent bien leurs préoccupations pour qu‘elles soient prises en compte dans les processus de prise de décision.
Nlsguinee : L’actualité politique ivoirienne est marquée ces derniers temps par la fin du mandat du Président ivoirien M Laurent Gbagbo. Comment analysez-vous cette situation inédite ?
J-C: Cette situation ne nous inquiète pas outre mesure, a partir de l‘instant où notre constitution n‘a pas été suspendue lors des différents accords depuis Accra, Lomé en passant par Marcoussis pour afin atterrir à Pretoria, la loi fondamentale a plutôt servi de base a ces différents mécanismes de sortie de crise. Donc pour notre part, si il n‘ya pas d‘élection, nous devons nous reférer à ce socle de la vie de notre pays. Le législateur ivoirien a tout réglé. Il a prévu dans la constitution en ses articles 34, 38 et 39 ce cas de figure. Nous rappelons ici l‘esprit de ces dispositions constitutionnelles et juridiques. En pareilles situations, le président reste en place jus qu‘aux élections prochaines. Il ne quittera le pouvoir qu‘après l‘élection d‘un nouveau président. C‘est ça la réalité des choses que certains politiques qui sont très friands de raccourcis feignent d‘ignorer.
Nlsguinee : Le COJEP est connu pour son engagement sans faille aux côtés du Front Populaire Ivoirien (FPI) de M Gbagbo, que pensez-vous de ceux qui réclament aujourd’hui le départ pure et simple du président ivoirien ?
J-C: Notre organisation n‘est pas un démembrement du front populaire ivoirien (FPI), parti du président Gbagbo. Nous sommes une structure politique de pression qui regroupe plusieurs jeunes, hommes et femmes de toutes les sensibilités politiques, de toutes les religions, de toutes les ethnies et tous les pays de l‘Afrique.
Cependant il arrive qu‘un mouvement comme le notre prenne position pour un fait. Voilà un président, qui était en train sortir le pays du marasme social, économique, politique , dans lequel le parti unique et les dérives du coup d‘Etat l‘avaient plongé. La banque mondiale et le fond monétaire commençaient à prendre langue avec nos autorités lorsqu‘une horde de bandes armées et de seigneurs de guerre de la sous régions ont attaqué nuitamment les symboles de la nation et ont assassiné des civiles et des autorités militaires.
Nous, en notre qualité de mouvement qui se veut promoteur de la contradiction et du dialogue, nous devrions condamner ces actes qui ne sont plus de notre siècle. Et c‘est ce que nous avons fait et c’est ce que nous ferons. Nous soutenons Gbagbo car il incarne les valeurs de la République, il n‘est pas arrivé au pouvoir par la force, il a gagné des élections qu‘il n‘a pas organisé. Donc il n‘est pas juste de le faire partir par les armes. Voilà un peu le sens de notre combat .Car ne pas le supporter c‘est faire une grande ouverture aux rebellions sur notre continent. Nous disons qu‘il y a d‘autres formes pour montrer son désaccord. Ce n‘est pas en ôtant la vie aux gens pour lesquels, on prétend lutter. c‘est contre cette absurdité que nous nous dressons et dresserons, car notre Afrique a tant souffert de ces ambiguïtés. Pour ce qui est du départ du président ou non, ce n‘est pas l‘affaire d‘un parti ou d‘ un groupe armé. Cela relève du ressort de la constitution du pays. Car nous avons dit tout à l‘heure que notre constitution n‘a pas encore été abrogée, donc elle doit s‘appliquer. un point c‘est tout. Parce que ces mêmes qui crient aujourd‘hui le départ du président, lui ont demandé il y a quelques mois d‘appliquer la constitution pour régler un certains nombre de leurs préoccupations. Un exemple, le président Gbagbo s‘est appuyé sur cette constitution pour reformer l‘article 35 qui empêchait le virtuel candidat du RDR de se présenter aux futures élections dans notre pays. Ce comportement de l‘opposition relève de la mauvaise foi, car une constitution ne s‘applique pas par tri, mais dans toute sa totalité. c‘est cela aussi la démocratie. Le respect des dispositions de la loi même si on estime être perdant.
Nlsguinee : L’opposition ivoirienne vient justement d’organiser à Abidjan une grande manifestation réclamant le départ du Président. Pensez-vous toujours que M Gbagbo est une solution à la stabilité de la Côte d’Ivoire ?
J-C: Mais qu‘ils marchent, j‘ai envie de plaisanter. si le PDCI et ses démembrements marchent c‘est une bonne chose, c‘est ce qu‘ils devaient faire plutôt que de tuer des gens. Mais aussi la galaxie patriotique a appelé manifesté et vous verrez la différence...
Nlsguinee : Les Nations Unies viennent de prolonger le mandat du président Gbagbo d’une période de 12 mois, avez-vous un commentaire à faire sur cette décision ?
J-C: Nous voulons dire que ce n‘est une prolongation, mais une reconnaissance de notre constitution par la communauté internationale. Et cette reconnaissance a été imposée par la mobilisation et la vigilance de la majorité du peuple de côte d‘ivoire dont nous sommes le porte parole car l‘ONU ne décide pas et ne peut pas décider à la place d‘un peuple d‘un pays comme la côte d‘ivoire.
Nlsguinee : Que répondez-vous à ceux qui qualifient votre organisation d’extrémiste ou de xénophobe?
J-C: Qu‘ils racontent ce qu‘ils veulent, mais nous continuons à lutter jusqu‘a ce que nous atteignions nos objectifs. Sur ce point, nous sommes conscients de la stratégie de nos adversaires, car ce fut le cas de Nelson Mandela, qui au début de sa lutte était considéré comme un brigand, un tueur de blanc, son parti était qualifié d‘un parti tribal, mais aujourd‘hui l‘histoire lui donne raison, car il n‘a pas baissé les bras devant ces calomnies et ces faux procès. Il est aujourd‘hui l‘homme le plus adoré de la terre. Nous continuerons de nous battre.
Nlsguinee : Le Président Gbagbo va bientôt nommer un nouveau Premier Ministre ; que comptez-vous faire si le choix du Président porte sur une personnalité que l’opposition (y compris la rébellion) rejette ?
J-C: Nous nous mettons loin de ce débat de premier ministre. Cependant nous restons mobilisés pour la feuille de route de ce premier ministre. Les gens racontent que ce premier ministre doit avoir un pouvoir exécutif absolu, mais ils méconnaissent la côte d‘ivoire, car en côte d‘ivoire, nous sommes dans un régime présidentiel, ce n‘est pas régime parlementaire. Donc, pour nous ce qui importe c‘est la mission de ce dernier. Il y a quatre priorité aujourd‘hui en côte d‘ivoire. Le désarment, la mise à jour du fichier électoral, le redéploiement de l‘administration, et enfin l‘organisation des élections, pour sortir de cette souffrance inutile imposée au peuple de côte d‘ivoire qui en 2000 s‘est choisi un président (Laurent Gbagbo), qui ne prend des ordres à paris. car tout ce que ces bandes armées que la France a vite fait de baptiser „forces nouvelles“, ont demandé, a été réglé.
Nlsguinee : De toute façon, les forces nouvelles viennent de déclarer Guillaume Soro comme Premier Ministre de la Côte d’Ivoire, est-ce à vos yeux une proposition réaliste ou une simple provocation?
J-C: Nous ne voulons pas réagir à ces plaisanteries. Car la fonction de ministre est le couronnement d‘une carrière administrative. C‘est une stratégie bien ficelée pour créer un blocage. Et donner libre cours à leurs lugubres desseins.
Nlsguinee : Quelles conclusions tirez-vous de la crise que traverse la Côte d’Ivoire en général et avez-vous une proposition de sortie de crise acceptable par la classe politique ivoirienne ?
J-C: Cette crise est l‘échec du pacte colonial entre les pays colonisés et la puissance coloniale, la France. Ce pacte colonial consistait à maintenir nos pays dans un système d‘assisté éternel. Le père ou la mère (France) devait tout faire. Pour cela il lui fallait garder des dictateurs, des amis de la France au pouvoir en Afrique pour veiller sur leurs nombreux intérêts sur nos tropiques au détriment de la majorité de la population. Aussi pour la côte d‘ivoire, c‘est la guerre des héritiers de l’ancien président Houphouët Boigny (Henri konan Bédié, Guéi Robert, et Alassane Dramane Ouattara) qui a plongé la côte d‘ivoire dans le chaos, ce sont ces trois qui ont façonné la bombe qui a éclaté dans la main du président Laurent Gbagbo, qui leur a ravi le pouvoir. Chose qu‘ils ne digèrent pas. Ils s‘associent donc pour reprendre à tout prix ce qu‘ils estiment leur revenir. Ils sont prêts à accepter tout, d‘ou une rébellion violente sans cœur. Voilà un peu le tableau.
Nlsguinee : Que répondez-vous à ceux qui soupçonnent aujourd'hui le Président Laurent Gbagbo de préparer une guerre totale contre les forces nouvelles avec l'aide notamment du Président guinéen le Général Lansana Conté ? Ne pensez-vous pas que la sous région ouest africaine risque un embrasement si une telle attaque se matérialise sur le terrain ?
J-C: Je ne répondrai pas à cette question car le président Gbagbo n'est pas un chef de guerre. Il gère cette crise pour éviter l'embrasement de la sous région. Ces propos sont farfelus et mensongers. C'est toujours l'intox du bloc rebelle pour éviter de procéder au désarmement, la seule chose qu'on leur demande.
Nlsguinee : Votre dernier mot ?
J-C: D‘abord nous voulons remercier votre organe car c‘est une bonne chose d‘avoir une fenêtre qui ouvre sur le monde, car la politique rime avec la communication. Nous, africains nous devons gagner le pari de la communication pour que nos politiques intérieures dans nos pays deviennent les politiques intérieures des pays européens. Car c‘est à ce prix seulement qu‘ils nous prendrons au sérieux.
Enfin je dirai aux africains de respecter leur choix, si on veut la démocratie à l‘occidentale, qu‘on l‘applique, c‘est à dire si nous allons à une quelconque élection et nous la perdons, nous devons attendre dans l‘opposition responsable et non prendre les armes. Et si nous gagnons, nous ne devons pas tripatouiller les constitutions pour nous maintenir au pouvoir.
Maintenant si nous ne voulons pas de cette démocratie, qu‘on trouve un mécanisme pour gérer nos cités pour une stabilité pour un développement durable et propre pour le bien être de nos populations.
Je vous remercie.
Interview réalisée par M Ly Elhadji Baila
Directeur Exécutif de www.nlsguinee.com
Depuis Zürich, Suisse.
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