Guinée: Interview de Gérard Coursière
26 avril 2005

« D’ici la fin de l’année, il y aura un événement ‘’coup de théâtre’’ qui régularisera beaucoup la situation globale de la Guinée. »
L’Observateur : Dans la dernière interview que vous nous avez accordée, vous disiez que le Syli national de Guinée avait toutes les chances de se qualifier au Maroc. Pourtant le onze guinéen a été battu. Ce qui a fait dire à de nombreux observateurs que vous vous êtes planté...
Gérard Coursière : Je ne me suis pas planté, parce que j’avais dit qu’il y avait des préalables pour la qualification du Syli national de Guinée au Maroc. J’ai bien lu le commentaire d’un journal de bas-étage de la place. J’estime pour ma part que je ne me suis pas planté, parce que la réussite du Syli national face au Maroc était conditionnée. J’avais dit qu’il ne fallait pas céder à la provocation. Pour preuve, le joueur guinéen qui avait provoqué le Marocain a présenté des excuses au niveau national. Ce qui veut dire que mon commentaire était juste et bien fondé. Donc, j’ai fini par me demander s’il s’agit d’un procès d’intention à mon encontre ou contre le journal auquel j’avais accordé l’interview.
Passons à autre chose ! La Guinée s’enfonce de plus en plus dans des crises. Existe-t-il des solutions à ces crises ?
Je dis oui ! Le Premier ministre Cellou Dalein, à l’image de Moïse, a reçu un message de Dieu pour sortir la Guinée de l’enclave. Comme je l’ai dit dans les précédentes interviews, il faut laisser le temps au temps. Le Guinéens seront un jour fiers de leur Premier ministre. Les bailleurs de fonds sont prêts à remettre la main à la poche. La Guinée d’ici quelques mois sera sortie de l’enclave et sous une bonne lune. N’empêche, il faut que les Guinéens retroussent leurs manches pour se mettre au travail. Il ne faut pas tout attendre de l’État-providence ou du prophète qui va remplir les marmites, jour après jour. Il faut cesser la délation, les détournements de fonds publics et prendre conscience de l’état de fait dans lequel le pays se trouve.
Est-ce que la crise sociale ne sera pas suivie d’une grogne populaire ?
Une grogne populaire autour des crises que le pays traverse n’est pas à écarter. Au début de l’année dernière, j’avais prédit une année sombre pour la Guinée. La situation va continuer à s’assombrir parce que les choses vont très vite par rapport au temps qu’il faut prendre pour résoudre les problèmes. La vie sera plus dure encore à supporter. Donc, la grogne populaire ne pourra qu’exploser, parce qu’il n’y aura pas de mesures pour accompagner la situation. Mais d’ici la fin de l’année, il y aura une sortie de crise profitable à tous, pour un avenir meilleur.
De plus en plus, de folles rumeurs courent sur l’état de santé du chef de l’État. Qu’en est-il exactement, et vers quoi allons-nous ?
Concernant l’état de santé du chef de l’État et son septennat, j’ai toujours dit qu’il fallait parler par périodes de six mois. Il est vrai que son état de santé ne lui permet plus de supporter les contrariétés auxquelles il fait face en ce moment. Malgré tout, il paie inlassablement de sa personne pour y faire face. Mais d’ici la fin de l’année, il y aura un événement coup de théâtre qui régularisera beaucoup la situation globale. Cependant, ne croyez pas qu’il y aura une issue fatale pour le chef de l’État. Je dis simplement que les choses sont en train de se régulariser avec beaucoup de difficultés. Et que là où était descendue la Guinée, il a fallu un messager de Dieu comme Cellou pour sortir le pays de l’enclave.
Cet ‘’événement coup de théâtre’’, est-ce éventuellement une intervention de l’armée ?
C’est une hypothèse qu’il ne faut pas écarter. Elle reste toujours valable. Il ne faut pas oublier qu’il y a une tendance en Côte d’Ivoire, comme je l’avais dit, qui s’est vérifiée. J’ai dit également que vous étiez sous la menace d’incursions ivoiriennes. Ça s’est vérifié. C’est toujours le cas. Donc, vous devez rester en alerte, parce que les rebelles en question sont des Libériens avec un costume ivoirien.
Après un long exil forcé, l’ancien chef de l’État bissau-guinéen Nino Viera est rentré dans son pays. Il souhaite se présenter à la prochaine élection présidentielle. A-t-il des chances ?
Je suis très heureux du retour de Nino Viera dans son pays. Je connais personnellement l’ancien chef de l’État et sa femme Isabelle. Il jouit d’une grande popularité. Il a été victime d’un coup d’État manigancé par le général Mané. Les Bissau-Guinéens se sont rendu compte qu’après Nino, ce sont beaucoup d’autres troubadours qui ont essayé de se saisir de la gestion du pays. Donc, je dis qu’il a toutes les chances d’être élu.
La question de l’ivoirité qui a fait basculer la Côte d’Ivoire dans la guerre civile vient d’être réglée sur papier. Tous les leaders politiques ivoiriens qui ont participé aux différentes négociations peuvent se présenter à la présidentielle d’octobre prochain. Peut-on dire que c’est la fin de la crise dans ce pays ?
Il y a un point très important, ce sont ces consultations. Laurent Gbabgo prouve sa volonté d’écouter toutes les couches de la société ivoirienne, sans distinction aucune. C’est une affaire ivoiro-ivoirienne qui fait que Alassane Ouattara n’est pas éligible en Côte d’Ivoire. Et dans les incursions que vous avez subies en Forêt, Alassane Ouattara n’est pas en odeur de sainteté, il a sa part de responsabilité. Je dis que le président Laurent Gbagbo se représentera et qu’il a de grandes chances d’être réélu, parce que beaucoup de problèmes lui ont été causés par des forces extérieures. À commencer par mon pays, la France. Il faut laisser les Africains régler leurs problèmes entre eux.
Vous prédisiez aussi que Jacques Chirac allait connaître des difficultés, que George Bush allait perdre dans son combat contre le terrorisme. Maintenez-vous ces propos ?
Je maintiens ces prédictions, d’autant plus que pour le référendum sur la Constitution européenne, les sondages donnent plus de 54% de non. Malgré les allégations des Rafarin et consorts, ça tourne à gauche. Je dis que Jacques Chirac terminera très mal son mandat.
En ce qui concerne le combat de George Bush contre le terrorisme, j’avais dit que la suprématie américaine serait mise à nu et qu’on se rendrait compte tôt ou tard que George Bush était un mégalomane. Récemment, Bush a reconnu devant le Congrès que le rapport de la CIA disant qu’il y avait des armes de destruction massive en Irak était un tissu de mensonges. Ce qui est une honte aux yeux du monde, compte tenu du nombre d’Irakiens massacrés. Il devrait même être poursuivi devant la Cour pénale internationale (CPI). George Bush pourrait même être assassiné au cours d’un déplacement, comme ce fut le cas de Kennedy.
Propos recueillis par la rédaction de '' L'Observateur''
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