lundi 29 juin 2015
A priori, je n'avais pas l'intention d'écrire sur ce sujet, car je suis partisan de l'unité de l'opposition et tout ce qui va dans ce sens me ravit, au grand dam de personnes qui ne le comprennent pas toujours. Mais au vu de la particularité de cette alliance, qui déchaîne les passions - les nombreuses réactions enflammées en témoignent -, il m'a paru opportun de rappeler un certain nombre d'éléments, aussi bien aux RPGistes qui s'offusquent de façon très hypocrite (partie 1), qu'aux UFDGistes qui se posent légitimement des questions (partie 2), ainsi qu'à la société civile en général (partie 3).
Mon propos cherchera donc à comprendre les avantages et inconvénients d'une telle alliance, aussi bien pour les 2 partis en question, que pour la mouvance, et de façon plus générale pour les citoyens guinéens.
Cette partie 1 proprement dite, vise à montrer que le pouvoir actuel a instrumentalisé cette tragédie pendant ces 5 dernières années, pour intimider tous les hommes dont il voulait se débarrasser (et notamment Dadis), afin de contrôler de façon totalitaire l'ensemble du pays.
L'attitude d'Alpha Condé vis-à-vis de Moussa Dadis Camara
En 2010, Alpha Condé avait promis aux forestiers de leur ramener leur fils Dadis, lorsqu'il sera élu Président, comme si un Guinéen ne pouvait pas rentrer chez lui. Cinq ans plus tard, non seulement ce dernier n'est pas revenu, mais on sait même qu'Alpha Condé a tout fait pour qu'il en soit ainsi.
Pire les forestiers ont payé un lourd tribut en Août 2013 avec de nouveaux massacres, et en outre la ville de N'Zérékoré n'a même pas eu, pour ainsi dire, « le droit » de voter à l'occasion des élections législatives, puisque 65% des électeurs de N'Zérékoré n'ont pu voter et/ou leur vote n'a pas été pris en compte. On comprend aisément pourquoi.
Dans cette dernière affaire, rien n'a été fait au plus haut niveau, à part une demande de réconciliation verbale à partir de Conakry, Alpha Condé n'ayant même pas daigné se déplacer pour soulager la douleur des familles, au moins symboliquement.
Dans l'affaire du 28 Septembre, si Alpha Condé avait voulu faire la lumière sur les violations des droits de l'homme ce jour et les jours suivants, la justice aurait déjà tranché : Dadis aurait été condamné s'il est reconnu coupable (dès lors il ne serait pas qualifié pour une candidature aux présidentielles de 2015) ou relaxé (dès lors sa candidature ne poserait pas de difficulté).
Alpha Condé a préféré « épargner » Dadis, pour des raisons électoralistes évidentes jusqu'à aujourd'hui. Tout le monde a constaté que certains dossiers, tels Womey (mais uniquement la partie meurtre des représentants de l'État, la répression des militaires n'ayant jamais été évoquée), Saoro, Galakpaye et Diécké ont été évoqués par la justice (mais pas Zowota, on se demande bien pourquoi ?). Pourtant ces affaires sont bien postérieures à celles du 28 Septembre, qui n'a même pas été évoquée.
De même le pseudo-attentat pourtant postérieur lui aussi, est déjà « résolu », sans compter les réponses quasiment immédiates de la Cour Suprême à la CENI, pour habiller juridiquement certaines de ces décisions, alors que rien n'est prévu en ce sens. La Cour Suprême fait donc du zèle dans certaines décisions, et refuse de prendre ses responsabilités en matière électorale. Et pendant ce temps-là l'affaire du 28 Septembre court toujours.
Pire Alpha Condé a même déclaré qu'il fallait passer cette affaire par pertes et profits, ce que Fatou Bensouda a bien intégré, puisque la CPI en est toujours au stade de l'enquête préliminaire… depuis 6 ans, que certaines ONG internationales font leur travail avec la patience d'une tortue, et que certaines ambassades (USA, France) ont une position ambiguë au regard de leurs discours et de leurs actes.
Par contre pour éviter des interférences, et Dadis et Konaté, sont « interdits de séjour » ou en exil forcé. Que ceux qui en doutaient, se remémorent le voyage éclair de Dadis en Avril 2013 en forêt, pour assister au décès de sa mère. Tibou Kamara, lui par exemple, n'a pas eu droit au même égard pour le décès de son père en Août 2013, il est vrai qu'il n'a aucune base électorale.
Enfin dernier élément, lorsque Dadis a démissionné de l'armée (pour éviter d'avoir Alpha Condé comme supérieur hiérarchique) et a indiqué qu'il se présenterait aux présidentielles d'Octobre 2015, personne dans les rangs de la mouvance ne s'est plaint. On l'a même autorisé rapidement à intégrer un parti politique, et à devenir président du FPDD. S'il y avait eu un problème, le pouvoir avait la possibilité de le gêner. On se rappelle en effet les difficultés qu'a rencontrées Faya Millimouno pour créer son parti, le Bloc Libéral.
Pourquoi ce revirement alors ? Fais ce que je dis, mais ne fais pas ce que je fais
Deux évènements vont changer la donne. En premier lieu, l'annonce du retour de Dadis en Guinée à des dates précises, a accéléré l'inculpation de nombreuses personnes liées au 28 Septembre. En un jour une douzaine de personnes ont été inculpées, soit davantage que le nombre de personnes depuis 5 ans. Une manière indirecte de dire à Dadis que s'il rentre en Guinée, il sera forcément inculpé.
Sur le plan théorique inculpé ne veut pas dire accusé il est vrai, mais notre pseudo professeur de droit à une définition bien particulière de la présomption : en effet, en droit, la présomption d'innocence est garantie par l'article 9 de la Constitution qui dispose que : « toute personne accusée d'un acte délictueux est présumée innocente jusqu'à ce que sa culpabilité ait été légalement établie au cours d'une procédure conforme à la loi », mais avec le droit guinéen revisité par Alpha Condé, il faut désormais distinguer :
• le présumé innocent (pourtant inculpés, mais non encore condamnés, Claude Pivi et Moussa Tiegboro Camara en constituent une illustration ; ils ont même obtenu une promotion),
• et le présumé coupable (Nouhou Thiam par exemple, inculpé nulle part, mais poursuivi pour un délit de désertion et de violation de consignes, dont la peine maximale est de 2 mois pour le premier - article 547 du Code pénal - et de 6 mois pour le second - article 601 du Code pénal -, moisit dans les geôles guinéennes depuis 4 ans).
De quoi faire éventuellement faire réfléchir Dadis. Toutefois si Dadis revenait, les masques tomberaient, si tant est que ce ne soit toujours pas clair pour tout le monde.
La deuxième information qui a déclenché – encore plus que la première – la réaction des RPGistes, qui ont montré là leur vrai visage, est la décision de Dadis de faire éventuellement alliance avec Cellou Dalein Diallo (CDD).
Sur les forums, certaines expressions de RPGistes en disent long sur leur volonté réelle de réconciliation, telle que prônée verbalement par leur mentor. Évidemment je n'ai relevé que celles qui avaient un minimum de tenue :
• « Dadis est devenu un des leurs ».
• « les leaders politiques sont prêts à tout pour accéder à la magistrature suprême »,
• « Dadis n'est guerzé que du côté maternel, son père est konianké », et ces derniers voteront Alpha Condé comme un seul homme.
• « CDD et ses partisans sont totalement tombés dans un piège. Ils ne pourront plus mobiliser leurs ONGs communautaires pour réclamer justice dans l'affaire du 28 Septembre, comme elles l'ont fait quand Alpha déclarait qu'il a demandé aux blancs de laisser tomber cette affaire ».
Si on « traduit » de manière succincte les réflexions précédentes, on pourrait se poser les questions suivantes :
• pourquoi Dadis ne serait-il pas Guinéen avant tout, certains font donc des distinctions entre eux et tous les autres ?
• Alpha Condé faisait-il du tourisme en Juin 2010 pour les présidentielles ou a-t-il tout fait pour gagner ?
• même si Dadis est guerzé, pourquoi va-t-on quand même chercher si on ne peut pas raccrocher son père, pourquoi pas l'un de ses grands-parents, aux « seuls » qui vaillent ?
• enfin pour une fois que les RPGistes reconnaissent qu'Alpha Condé a demandé de laisser tomber l'affaire du 28 Septembre.
Finalement en résumé les RPGistes pensent qu'on peut tout pardonner à Dadis (la preuve Alpha Condé a même demandé qu'on laisse tomber « l'affaire »), sauf une alliance avec CDD, qui semble le pire des crimes. Pour une fois qu'ils se lâchent…
Des RPGistes défenseurs zélés des droits de l'homme
En effet, il a suffi que Dadis annonce un projet d'alliance avec CDD pour que les langues se délient. Certains commentateurs, inconnus jusque-là, compatissent à la douleur des victimes : j'ai recherché sur Internet le pourquoi de cette compassion soudaine (euh à vrai dire 6 ans après), je n'ai pas trouvé.
Pourtant certains scribouillards connus pour leur sectarisme, deviennent bizarrement des défenseurs zélés (mais en paroles) des victimes, dont ils proclamaient hier qu'elles l'avaient cherché.
Dadis est-il devenu un diable – terme employé sans vergogne par les RPGistes - parce qu'il aurait massacré des citoyens guinéens en 2009 ou parce qu'il s'est allié avec CDD ? La question est posée, mais en revanche la réponse est désormais claire.
Lorsque CDD indiquait que les victimes du 28 Septembre étaient essentiellement des militants de l'UFDG, la mouvance contestait cette affirmation…. jusqu'à aujourd'hui, puisqu'on reproche à CDD de se désintéresser de ses militants.
Les RPGistes plus royalistes que le roi ? Font-ils partie des plaignants dans cette affaire ? Pas à ma connaissance, pour la simple raison qu'il y avait très peu de RPGistes au stade ce jour-là, allez savoir pourquoi ?
Yéro Baldé en faisait partie, mais comme ce n'était pas écrit RPG sur son front, chacun imagine ce qui a pu lui arriver. Quant à Mohamed Diané, je ne me souviens plus qu'il faisait partie des blessés, même si on ne peut que s'en réjouir pour lui, bien entendu.
Par contre François Fall, touché personnellement, ainsi que ses sœurs, n'est pas passé au travers, mais à cette époque, il était président du Fudec et n'appartenait pas au RPG. Il y a donc là une hypocrisie malsaine à vouloir se prévaloir de ses propres turpitudes. Mais nous avons l'habitude avec ce régime, qui utilise la stratégie du miroir consistant à accuser ses adversaires de ses propres pratiques.
Non seulement Alpha Condé brasse du vent en matière de droits humanitaires, considérant que plus il en fait, plus on doit s'en satisfaire, que plus il en parle, plus les choses sont réglées. On voit là qu'il n'a jamais rien dirigé, car diriger ne consiste pas à donner des directives, mais à vérifier que celles qui sont prises, sont exécutées.
Ainsi c'est ce régime qui a mis en place un nombre farfelu de structures pour « gérer » les droits de l'homme, puisqu'il existe en effet :
• l'Observatoire National des Droits de l'Homme,
• la Direction Nationale des Libertés publiques et de la Réglementation au MATD,
• la Direction Nationale des Droits de l'Homme au ministère de la Justice,
• la Commission Nationale des Droits de l'Homme,
• le Ministère des Droits de l'Homme et des Libertés publiques,
• l'Institution Nationale Indépendante des Droits de l'Homme (INIDH).
Si ceux-là ont des choses à dire, qu’ils ne se gênent pas. Malheureusement depuis Avril 2011 (et le meurtre de Zachariou Diallo), une soixantaine de manifestants ont été tués à Conakry, quelques citoyens guinéens exécutés, et près de 300 autres citoyens massacrés en forêt.
Je ne me souviens pas avoir entendu ces différents organismes, sachant que l'INIDH n'existait pas. Mais cette dernière ne s'est pas offusquée de la loi sur la possibilité pour les forces de sécurité de tirer sur des manifestants, et sur la détention arbitraire de 2 militaires proches de Dadis en forêt. Elle a donc manqué l'occasion de se faire connaître, même si on n'a rien à en attendre, d'autant qu'elle est de toute façon inconstitutionnelle.
Des RPGistes qui n'apprécient pas les ONG de défense de droits de l'homme indépendantes d'eux
On vient de voir que les RPGistes possédaient des associations, ONG et même organismes gouvernementaux spécialisés dans la défense des droits de… leur mentor.
Aussi il parait donc tout à fait logique qu'ils s'en prennent aux ONG, qu'ils supposent être proches de l'UFDG (tout ce qui n'est pas avec nous est forcément contre nous, pensent-ils). Sont visées notamment Pottal Fii Bhantal, l'OGDH et l'Avipa.
Certains RPGistes reprochent à Asmaou Diallo, présidente de l'Association des victimes, parents et amis du 28 Septembre (Avipa), de ne rien dire sur cette alliance possible, comme si une ONG spécialisée dans la défense des droits humains devait faire de la politique politicienne.
De toute façon, elle s'est largement exprimée, et elle a même porté plainte. Si quelqu'un est responsable de la lenteur des procédures ce n'est pas elle, et il y a lieu de pointer son regard dans la bonne direction. Pourquoi les RPGistes ne stigmatisent-ils pas la lenteur de la justice ?
De même on reproche à l'Association Pottal Fii Bhantal de ne pas s'exprimer, mais elle aussi s'est largement exprimée. C'est mal connaître l'organisation de s'imaginer que pour ne pas contrarier CDD, elle passera par pertes et profits les massacres du 28 Septembre.
Doit-on rappeler que plus de 400 personnes ont été entendues en Guinée pour obtenir justice, sans que cela n'aboutisse sur quoi que ce soit pour l'instant. La faute à qui ?
De toute façon, à titre personnel, donc de citoyen, le président de Pottal a produit un texte intitulé « UFDG entre âme et conscience ». Comme on reproche à ce texte de ne pas être diffusé partout, on espère que ce texte – mais aussi ceux de Pottal Fii Bhantal !!! - aura, pour une fois, les honneurs de la RTG. Ce n'est pas exclu pour le premier, mais il ne faut pas rêver pour le reste.
Ces 2 organisations ont donc clairement exprimé leurs points de vue sur la candidature de Dadis, rappelant que la justice guinéenne instrumentalisée, ne faisait pas son travail. Les choses sont pourtant très claires, les ONG n'ont pas la main sur la diligence et l'opportunité des procédures.
Au moins, contrairement à d'autres, les plaintes ont été enregistrées. Ces associations peuvent donc émettre un avis sur un individu et elles l'ont fait clairement. En revanche, elles n'ont pas à s'immiscer dans la stratégie de l'UFDG, qui est libre de nouer des alliances avec qui elle veut.
Commenter cela reviendrait à faire de la politique. Mais il est vrai que ce que l'on reproche à ces ONG, celles téléguidées par le pouvoir ne s'embarrassent pas de ces préjugés.
La raison de ces réactions passionnées
Des incohérences habituelles
Pourquoi tous les RPGistes qui se plaignent de Dadis, mais aujourd'hui seulement, et qui le considèrent subitement comme un diable (y a-t-il un lien avec son alliance possible avec CDD ?), ne font pas pression sur leur mentor pour obtenir satisfaction ? Eux qui veulent apparaître comme plus zélés qu'Asmaou Diallo par exemple, on ne peut pas dire qu'ils font preuve d'efficacité.
S'ils sont réellement motivés pour la défense des droits humains, pourquoi ne portent-ils pas plainte contre l'État, qui emploie des personnes inculpées ? Si inculpées ne signifie pas accusées – absolument – et qu'il faut respecter la présomption d'innocence, alors il faut appliquer le principe à Dadis, qui lui, n'est même pas inculpé.
Après le 28 Septembre, Alpha Condé avait accusé publiquement Papa Koly Kourouma sur TV5 Monde (dans l'émission « Afrique presse », dont faisait partie le journaliste Antoine Glaser), d'avoir planifié le 28 Septembre pour effrayer les leaders politiques et mater les militants. Il l'a pourtant ensuite intégré dans son gouvernement.
Quand Dadis a décidé de présenter sa candidature, certaines ONG de défense des droits de l'Homme (pas celles de l'État) ont fustigé le projet de candidature de Dadis, et les RPGistes ont justement rappelé la présomption d'innocence (la vraie). Aujourd'hui celle-ci n'existerait plus, ou se rapprocheraient de la présomption de culpabilité élaborée par Alpha Condé en Guinée.
Les RPGistes ne comprennent pas parce qu'ils sont dans la vengeance, ils parlent beaucoup de réconciliation, mais lorsque vous les poussez dans leur dernier retranchement, ils ne parlent jamais des complots sous AST, sauf pour préciser qu'ils étaient réels (et donc justifier les crimes d'alors), 2007 ou 2009, mais exclusivement de 1985. Faites-le test.
Il y a donc plusieurs raisons à cet emballement, mais je me limiterai à trois.
Empêcher le retour de Dadis
Au lieu d'évoquer les promesses faites à Dadis par Alpha Condé pour le laisser tranquille, à condition qu'il accepte son exil forcé, et fidèles à leurs habitudes les RPGistes affabulent en transposant sur CDD, l'attitude de leur mentor. Ils mentent de façon éhontée – CDD aurait promis à Dadis de le blanchir – ce qui montre non seulement l'absence de déontologie de ces pseudo-scribouillards (aucun compte-rendu détaillé des entretiens n'a été fait), mais également leur incompétence, un PRG n'ayant aucune capacité juridique et/ou politique de blanchir un individu, qui serait poursuivi pour crimes contre l'humanité (voir partie 3).
En fait, Alpha Condé veut à tout prix éviter un retour de Dadis avant les élections d'Octobre 2015, car si Dadis rentre, Alpha Condé n'aura que 2 choix, soit le faire inculper avec le risque de cette paternité qu'il veut à tout prix éviter, soit ne rien faire, mais dans ce cas, la CPI pourrait considérer que le principal « suspect » de l'affaire restant libre de ses mouvements, est un fait qui démontre que la justice guinéenne est aux ordres (sic), puisque par cet acte, Alpha Condé prouverait qu'il veut assurer l'impunité aux auteurs présumés des massacres et viols du 28 Septembre, ce qui constituerait un élément déclencheur de la compétence de la CPI. En effet, la défaillance volontaire ou involontaire des juridictions internes déclenche automatiquement la compétence de la CPI.
En définitive, dans les 2 cas, tenter de protéger de présumés criminels ou les livrer indirectement à la CPI, c'est un cadeau juridiquement et politiquement empoisonné pour Alpha Condé.
Ceci étant un délai d'observation de 3 à 4 ans suffit généralement pour évaluer la bonne ou la mauvaise volonté des juridictions internes relative à la poursuite des crimes contre l'humanité. La Guinée bénéficie actuellement d'une indulgence qu'on pourrait qualifier de coupable. Cela a-t-il un lien avec la proposition d'Alpha Condé de laisser tomber cette affaire ?
Certes si Dadis ne rentre pas, ceux qui ont encore des doutes – si si, ça existe – auront la preuve ultime qu'il a été empêché, mais Alpha Condé pourra toujours dire qu'il n'y est pour rien. En revanche après Octobre 2015, le sort de Dadis n'importera plus à Alpha Condé.
Ne pas enrayer la mécanique de fraude électorale
Tout le monde se souvient les conditions dans lesquelles Alpha Condé est parvenu au pouvoir en 2010. Avec un pourcentage autour de 20% qui a pu éventuellement réellement doubler au second tour, un miracle s'est produit, miracle aussitôt « légalisé » par une CENI « indépendante » et une Cour Suprême qui ne l'était pas moins. Officiellement, et sans que l'on regarde les incohérences de cette « victoire », l'honneur fut sauf puisque les « institutions » avaient validé ce résultat, également entériné par CDD.
Alpha Condé a donc pu intégrer l'idée que ce qui compte (partout en Afrique, donc également en Guinée), ce n'est pas le résultat réel des urnes, puisqu'il n'a jamais été pris en compte en Guinée (à part en 1958), mais l'habillage juridique validant des élections libres, crédibles et transparentes.
Dans une élection à l'africaine - et non à l'occidentale -, le code électoral, la CENI, les bureaux de vote, le fichier électoral… tout ça c'est pour le décorum. Car pour Alpha Condé, que toute la Guinée vote pour l'opposition ou pas, il sera déclaré vainqueur, et dès le premier tour, point barre.
La présence de l'alliance Dadis/Dalein n'est pas de nature à modifier le résultat déjà acté des résultats d'Octobre 2015, consistant à proclamer quel que soit le vainqueur dans les urnes, y compris si c'est l'opposition, qu'Alpha Condé est le vainqueur. Mais il sera plus difficile de faire croire qu'Alpha Condé emportera la forêt sans même combattre, alors que Dadis y est populaire.
D'où les nombreuses déclarations de RPGistes indiquant que Dadis ne représente rien sauf un phénomène médiatique, justifiant ainsi par avance les résultats officiels qui seront annoncés. A entendre les RPGistes sur les forums, une distinction est faite entre les forestiers et les koniankés (on se demande bien pourquoi, on distingue tous ces Guinéens), et ces derniers seraient majoritaires, de sorte que les forestiers, et notamment les guerzés, n'existent pas ou plus chez eux.
Au besoin on diminuera légèrement les résultats du RPG à N'Zérékoré, pour les augmenter ailleurs en forêt. Le problème n'est donc pas là, il est que cela a complètement déstabilisé le RPG, qui se dit que peut-être l'UFDG qu'on prend pour des « enfants », si elle est capable de ça, s'est peut-être organisée ailleurs.
Car une des préventions possibles contre la fraude guinéenne est la participation des militants pour contrôler les bureaux de vote, et plus l'UFDG peut disposer d'alliés dynamiques, et ceux de Dadis le sont, plus le risque de fraude s'en trouve limité.
Quid de la loyauté de certains « forestiers » ?
Claude Pivi et Moussa Tiegboro Camara, pour ne citer que les plus connus, étaient des piliers du régime Dadis, même s’ils doivent beaucoup à Alpha Condé aujourd’hui, car non seulement ils continuent d'aller et de venir comme si de rien n'était, mais en plus ils ont été promus.
Malgré tout l'épée de Damoclès reste toujours pendue au-dessus de leur tête et il en restera ainsi jusqu'à un jugement éventuel. Or en matière de crimes contre l'humanité, le temps ne s'arrête jamais.
Si Dadis revient, que se passera-t-il pour ces deux piliers et leurs sbires ? Devront-ils continuer à soutenir celui qui les protège un tant soit peu, ou doivent-ils anticiper un nouveau patron qui prendrait le relais ?
La réponse n'est pas simple, mais en tous cas suffisamment dérangeante pour jeter le trouble dans leur esprit, et donc pour le régime qui doit forcément se poser la question de leur fiabilité et de leur loyauté.
La réplique propagandiste des RPGistes
Il faut donc conforter par de la propagande, que les résultats (victoire d'Alpha Condé au premier tour) ne peuvent pas être modifiés, même avec la présence de Dadis, d'où le fait de minimiser l'influence de celui-ci sur le corps électoral, de réduire le nombre de guerzés à 10% à N'Zérékoré (contre 70% de koniankés, forcément tous favorables – on se demande bien pourquoi – à Alpha Condé), de faire comprendre que la communauté mandingue est importante en forêt (elle vote donc comme un seul homme ?).
Les RPGistes avancent même l'idée, que même si Dadis avait un électorat plus important, ses électeurs ne suivront pas ses consignes, car ils considèrent CDD comme le responsable de la chute de leur champion, en étant les principaux organisateurs du rassemblement du stade. Ainsi même si Dadis soutient CDD, ses électeurs ne le suivront pas.
À les entendre Alpha Condé pourrait même être élu avec 100%, qui serait justifié par la colère des UFDGistes contre ce deal. On n'arrête pas les fantasmes, alors que ce sont les forces vives, dont faisait partie Alpha Condé, qui avaient organisé cette marche.
Les RPGistes indiquent même qu'en coupant l'herbe sous les pieds de Sidya, qui avait en projet une alliance avec Dadis pour peser face à CDD, ce dernier incitera Sydia à jouer contre lui, ce qui va déclencher une guerre UFR/UFDG. Évidemment une alliance Sydia/Dadis ne leur aurait sans doute pas posé de problème, dès lors qu’il a coupé les ponts avec l’UFDG.
Enfin les RPGistes affirment que les électeurs de Dadis doutent de CDD, qui n'est pas fiable, cette alliance ne garantissant rien pour Dadis. Il est clair que l'exil de Dadis de son pays est une situation très enviable.
La propagande ultérieure consistera aussi à faire croire qu'à Mamou, où les proportions « normales » sont de 80/20 en faveur de l'UFDG (au regard des élections de 2010 et 2013), on observera désormais 60/40, et cela ne devra choquer personne, car les RPGistes diront qu'el Hadj Biro Diallo avait dit qu'il voulait Alpha Condé, et cela s'est traduit dans les urnes. Par contre à Mandiana on sera toujours à 97%.
En résumé, ce ne sont pas les chiffres qui vont poser problème, puisqu'ils sont déjà actés, ce sont les réactions possibles à ces chiffres. Les communautés peules et guerzés ont été victimes sous Alpha Condé et des jeunes qui n'ont rien à perdre sont toujours imprévisibles. Or par définition, un pouvoir, quel qu'il soit, n'aime pas l'imprévu.
Conclusion
En définitive, le projet d'alliance Dadis/Dalein a déclenché des réactions RPGistes, qui ne sont comme d’habitude pas à la hauteur. Malheureusement bien qu'ils soient mal placés pour critiquer cette alliance, ils ne se sont pas gênés pour parler de morale, ou même de droits de l'homme, transformant quelques débats en véritables bals des « faux-culs ».
Bien que nous soyons habitués à ces comportements, nous nous lassons de voir ces RPGistes accuser d'autres, de ce qu'ils pratiquent tous les jours, mais qu'ils considèrent être les seuls à pouvoir faire. Pour une fois, ils ont été pris de court. Nul doute que d'autres surprises de ce type les attendent...
Gandhi Haroun, citoyen guinéen
« Dans tout État libre, chaque citoyen est une sentinelle de la liberté qui doit crier, au moindre bruit, à la moindre apparence du danger qui la menace ». (Robespierre, Discours sur la liberté de la presse, Mai 1791).
Transmis par Gandhi Haroun, citoyen guinéen
Guinée : L’alliance Dadis-Dalein : intérêts pour les parti(e)s (partie 2)
La première partie de ces 3 textes, visait à montrer que le pouvoir actuel a instrumentalisé cette tragédie pendant ces 5 dernières années, pour intimider tous les hommes dont il voulait se débarrasser (et notamment Dadis), afin de contrôler de façon totalitaire l'ensemble du pays.
Les réactions passionnées des hommes de propagande du RPG ne visent qu'à empêcher le retour de Dadis en Guinée avant les élections présidentielles, y compris pour ne pas perturber un agencement bien huilé de celles-ci, qui doivent aboutir à la victoire d'Alpha Condé dès le premier tour.
Cette deuxième partie veut expliquer pourquoi ce projet d'alliance entre l'UFDG et le FPDD présente certes des inconvénients mais aussi des avantages – aussi bien pour Dadis que pour l'UFDG -, l'unité d'une opposition la plus élargie possible constituant le gage d'une alternance possible.
Que peut apporter ce projet d'alliance à Dadis ?
À la différence d'un Alpha Condé dont l'unique obsession est de se maintenir au pouvoir en éliminant politiquement tous ses rivaux potentiels (Dadis, Konaté, les ex-PM), Cellou Dalein Diallo (CDD) n'est pas dans la même position. Il convient dès maintenant de montrer que les promesses fantasmées de CDD à Dadis imaginées par les RPGistes (peut-être reprennent-elles tout simplement, celles qu'Alpha Condé aurait faites à Dadis) ne tiennent pas la route.
Protéger Dadis contre les poursuites
Il faut déjà évacuer 2 fausses idées qui circulent sur le net, mais qui ne peuvent prospérer pour n'importe quel PRG.
CDD (comme Alpha Condé) n'a pas la possibilité de gracier Dadis. D'abord la grâce n'intervient qu'après une condamnation, or Dadis n'a pas été condamné, mais même s'il l'était, il n'est pas possible de contourner l'imprescriptibilité des crimes contre l'humanité. Donc pas plus qu'Alpha Condé n'a pu promettre la lune (bien qu'il soit spécialiste), pas davantage CDD ne peut promettre l'impunité.
Quant à une éventuelle amnistie (article 72 de la Constitution), ce n'est pas une compétence du PRG, mais de l'Assemblée Nationale (même si on sait qu'en Guinée c'est la même chose), encore faut-il préciser que les crimes contre l'humanité ne peuvent pas faire l'objet d'une amnistie, la Guinée ayant adhéré au statut de Rome - créant la CPI - le 14 Juillet 2003, et s'est dessaisie se faisant, de sa souveraineté juridictionnelle en matière de crimes internationaux.
Comment Dadis peut-il s'en sortir alors ?
Il y a en fait 2 manières pour Dadis de s'en sortir.
La première semble difficile, car il lui faudrait devenir PRG à vie, dans la mesure où les pays discutent sur la pertinence de mettre en cause la culpabilité des présidents en exercice. L'immunité pénale dont bénéficient ces derniers devrait être étendue (Omar el Béchir du Soudan et Uhuru Kenyatta du Kenya en constituent des illustrations).
Dadis est relativement jeune, et je ne suis pas sûr que les Guinéens accepteraient un mandat d'une trentaine, voire d'une quarantaine d'années. De toute façon, cela ne serait plus possible eu égard à l'adoption de l'Acte constitutif de l'Union Africaine en Juillet 2000, interdisant le coup d'État comme mode d'accession au pouvoir, la Guinée n'ayant pas les moyens de vivre de façon autonome, elle serait vite asphyxiée financièrement, Sékouba Konaté en sait quelque chose.
On se souvient que suite aux violences post-électorales de 2007 au Kenya, Uhuru Kenyatta a été mis en examen puis inculpé pour crime contre l'humanité. La législation de son pays ne l'ayant pas empêché de se présenter, il l'a fait aux présidentielles de Mars 2013 et a remporté la victoire devant Raila Odinga. Toutefois les crimes contre l'humanité étant imprescriptibles, il s'est présenté en Octobre 2014 devant la CPI, qui l'a finalement blanchi.
Quant à la seconde manière, je ne l'évoquerai qu'après les présidentielles, ne souhaitant pas rendre service à un régime, qui n'y a manifestement pas pensé, au vu de son comportement.
Que peut apporter ce projet d'alliance à CDD ?
Si on s'en tient aux raisons officielles avancées par l'UFDG, on peut les résumer en 6 points :
• elle n'isole plus l'UFDG, puisque la vision de celle-ci n’est pas ethnique, sectaire et régionaliste, puisqu'elle est capable de se mettre avec tout le monde. Tout le monde suit l'actualité depuis 2010, et tout le monde a pu constater que l'unique stratégie d'Alpha Condé était de faire croire que l'UFDG était un parti ethnocentriste (3 contre 1), en oubliant que la définition de ce terme implique le rejet des autres. Or il n'a pourtant échappé à personne que l'UFDG est alliée au moins formellement avec l'UFR, le RDIG et le PEDN, ce qui aurait du changer l'image, que le pouvoir s'obstine à vouloir assigner à l'UFDG.
• elle montre que la réconciliation n'est pas un vain mot, Alpha Condé en parle beaucoup, mais il serait en peine de nous montrer un acte quelconque allant dans ce sens. D'ailleurs puisqu'il prône la réconciliation, il devrait se satisfaire que 2 Guinéens y parviennent. L'UFDG montre avec cette alliance possible avec le FPDD, qu'elle ne veut pas perpétuer la haine quand elle sera au pouvoir.
Qu’elle tend la main à tout le monde et qu’elle est capable de pardon, qu’elle est capable d’oublier pour que les Guinéens se réconcilient. C'est un acte fort et non une simple déclaration. Dadis est présumé responsable du 28 Septembre (voir partie 3), et il aura à rendre compte.
Toutefois, aussi cynique que cela puisse paraître, en dehors de ce jour maudit, la communauté peule n'a pas eu à se plaindre du régime de Dadis. Sous Alpha Condé en revanche, elle est constamment brimée, intimidée, humiliée, rackettée, emprisonnée… sans répit. C'est sans doute la raison pour laquelle les militants de l'UFDG approuvent pour l'essentiel cette alliance.
• en politique Alpha Condé est le plus doué de tous les politiciens, l'ennui étant que la Guinée n'a pas besoin de politiciens, mais de développeurs, et en la matière, Alpha Condé est un piètre représentant. Il a montré à tous que la morale ne s'embarrassait pas de considérations.
Autour de lui, papillonnent des gens qui l'ont vomi par le passé, et pire, comprend des individus qui sont officiellement inculpés (tels Pivi et Tiegboro par exemple). Non seulement ils n’ont pas été suspendus de leur fonction, dans l'attente d'un procès permettant de les condamner ou de les relaxer, mais ils ont été promus, histoire de montrer que leur sort ne dépendait que de lui.
• en concrétisant cette alliance possible, CDD a voulu sans doute montrer qu'il avait appris sur le plan politique, y compris sur le machiavélisme qu'il devra désormais assumer. Un véritable acte politique dénué de toute morale, mais plein de réalisme politique et dont les résultats escomptés peuvent être concrets si on peut le dire ainsi. CDD a compris que le plus dur était d'obtenir le pouvoir et à ce titre tous les moyens sont bons, Alpha Condé en ayant fourni maintes illustrations (promouvoir de présumés criminels et inventer une histoire d'empoisonnement par exemple).
Ensuite tous ceux qui critiquent CDD iront se prosterner à ses pieds s'il devenait PRG. Ils se reconnaîtront les adversaires zélés d'Alpha Condé d'hier, qui sont ses thuriféraires aujourd'hui. Ils se reconnaitront ceux qui effectuent des virages à 90, voire 180° sur l’échiquier politique. Ils se reconnaitront les transhumants, qui passent de l'opposition à Alpha Condé à son soutien, avant de repartir dans son opposition puis de revenir dans son camp (Kassory détient-il le record en la matière ?).
CDD a enfin intégré la donnée selon laquelle, c'est le pouvoir qui est difficile à acquérir, ensuite quasiment tout est permis. Si on n'est pas d'accord avec ces réalités, on ne fait pas de politique. On a longtemps reproché à CDD son absence de réalisme, son conformisme outrancier face à un requin. Cet acte est son baptême du feu.
À partir du moment où les 2 objectifs d'un parti politique sont l'accession du parti au pouvoir et l'éducation civique et politique de ses militants, la question du projet d'alliance ne devrait surprendre personne.
CDD pense à tort ou à raison que Dadis pourrait l'aider à conquérir le pouvoir, et d'un point de vue cynique et politique c'est tout à fait dans la logique. Constatant que la gestion des cas particuliers de Pivi, Tiegboro et même Dadis, ne dérangeait personne (en dehors des victimes) aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur, CDD a voulu s'aventurer sur ce chemin.
• Alpha Condé n'a pas pris ses responsabilités, pire il a joué avec Dadis, puisque ce dernier n'est pas inculpé, n'ayant que le statut de témoin. Néanmoins tout le monde a pu s'apercevoir qu'il n'était pas libre de ses mouvements, à l'image de Guinéens très fortement intimidés, voire « expulsés » de chez eux, comme les deux Sy Savané (l'ex-enseignant Mamadou Billo et l'ex-militaire Abdoulaye), les journalistes Sékou Chérif Diallo, Mandian Sidibé, Mouctar Bah et Bah Oury, et j'en passe…
En fait on reproche à CDD de vouloir faire alliance avec un citoyen libre, en oubliant qu'Alpha Condé emploie des personnes inculpées (ce qui ne signifie pas accusées), mais indique néanmoins une hiérarchie dans le lien avec les massacres, et cela ne choque personne. Pourrait-on dire que Dadis a été quasiment absous par Alpha Condé, puisque lui (et non ses collaborateurs) est passé au travers d'une inculpation ?
D'autres arguments sont avancés par des militants et/ou sympathisants, qui saluent ce projet d'alliance comme un coup de génie politique, qui mettra fin aux tergiversations d'Alpha Condé brandissant comme une épée de Damoclès sur la tête de Dadis, le spectre de la CPI.
D'autres indiquent que l'histoire est un éternel recommencement, et ceux qui arguent du mariage de la carpe et du lapin feraient bien de regarder ce qui se passe ailleurs. Qui aurait imaginé une alliance Alhassane Ouattara1 et Henri Konan Bédié alliés après une guerre civile face à Laurent Gbagbo ?
Les communautés peule et guerzée qu'on essaie d'opposer constituent le plus grand nombre de victimes d'Alpha Condé depuis 2011. En termes de décompte macabre les guerzés ont même payé le plus lourd tribut. Or il n'y a pas eu de guerre civile en Guinée, et en s'alliant, ces 2 communautés risquent de se faire entendre. En Côte d'Ivoire, c'est finalement Laurent Gbagbo – pourtant au pouvoir - qui est finalement allé à la CPI. Avis aux amateurs.
De même, certains estiment que ceux qui dénoncent l'alliance entre l'UFDG et le FPDD, feraient bien de se regarder dans la glace, car il n'y a aucune comparaison avec l’alliance du RPG avec le PDG, autrement plus criminelle que celle avec Dadis. Ce n'est évidemment pas faux, si ce n'est le fait qu'il ne faut pas justifier un crime par un autre.
Que doit faire l'opposition ?
Avec cette dynamique de rassemblement, l'UFDG ne doit pas se limiter au FPDD, même si symboliquement cela restera un énorme « coup », mais doit élargir avec le RDIG et le PEDN – sans se contenter d'une alliance formelle -, revoir les relations avec l'UFR, et montrer que l'UFDG sait aller vers les autres, ce qu'on lui reproche souvent, moi y compris.
Le changement de stratégie récent de l'UFR est un coup dur porté à la stratégie d'union prônée jusque là par l'UFDG, mais tout parti en Guinée, doit faire avec ces revirements incessants (voir le GPT par exemple) et intégrer ces données. L'UFR peut au pire très bien s'abstenir, ne pas voter pour l'UFDG ne signifie pas forcément voter pour le RPG. Sydia ne peut se battre pour l'alternance, pour faire comme Kassory Fofana ensuite.
Puisque CDD a mis tout le monde devant le fait accompli, il est désormais obligé de concrétiser d'autres alliances plus formelles, et cela passe au minimum par un projet de gouvernement commun, car on aurait du mal à comprendre qu'à 4 mois des élections, le parti n'ait pas encore de projet politique.
De toute façon, CDD fait un projet d'alliance avec un électorat et non avec un homme. La présidentielle n'autorise que les politiciens désignés par leur parti (et non les candidatures libres). Si vous voulez séduire l'électorat de la forêt, il faut nécessairement dialoguer avec les leaders de la région, tels Papa Koly Kourouma, Jean-Marie Doré, Jean-Marc Teliano, Georges Faraguet Tounkara, Faya Millimouno et aujourd'hui Dadis Camara. Et il ne faut négliger personne, arrêter de ne vouloir ne comptabiliser que leur assise électorale. Le Bloc Libéral par exemple, il ne faut pas imaginer que même s'il semble ne rien être aujourd'hui en termes d'électeurs, il peut par contre devenir beaucoup demain.
CDD doit chercher à rassembler, y compris au sein de la mouvance (quelle que soit la personnalité politique incohérente de Boubacar Barry, il faut tenter de le récupérer puisqu'il ne sert plus à rien à Alpha Condé aujourd'hui). Tout le monde connaît la personnalité très ambiguë de Jean-Marie Doré, mais au plan symbolique y a t-il pire en apparence que Dadis pour Dalein ? De même Papa Koly Kourouma pour élargir l'assise en forêt, etc... bref, il faut poursuivre cette dynamique.
Toutes les forces opposées à la gouvernance d'Alpha Condé doivent donc unir leurs efforts pour amener l'alternance, car c'est la seule voie réaliste susceptible d'être profitable à la Guinée. Mais se limiter uniquement aux élections qui n'intéressent pas les Guinéens, et fermer les yeux sur l'aggravation de la misère et le désespoir des jeunes, est contre-productif pour l'opposition.
L'opposition doit donc multiplier les initiatives susceptibles de déstabiliser un tant soit peu le pouvoir, et cela passe par la contestation des élections présidentielles faites d'avance. Elles ne servent qu'à légitimer pour l'extérieur, des résultats acquis d'avance.
Quid du dialogue ?
Il a fallu attendre 3 ans pour rendre le résultat iconoclaste de 2010 – personne n'était dupe, mais tant pis pour le vaincu – un peu plus cohérent, et profité ensuite des élections législatives de Septembre 2013 pour tester l'organisation d'Alpha Condé.
Comme on n'est jamais trop prudent, il avait néanmoins pris soin d'augmenter le fichier électoral d'un million d'électeurs en Haute Guinée (pour ne prendre aucun risque). Toutefois tout ne s'est pas passé comme prévu, car la majorité qualifiée qui devait en résulter, majorité nécessaire pour modifier la constitution et prévoir un nombre de mandats indéterminé par exemple, n'a pas fonctionné conformément à ses espérances. Cela est dû à plusieurs raisons qu'il n'est pas utile de rappeler ici.
Mais un homme averti en vaut deux, Alpha Condé a donc entrepris d'améliorer son système, là encore en gonflant artificiellement son électorat en Haute Guinée (pourtant les RPGistes sont partout disent-ils), mais cela suppose que les hommes de confiance – on a remplacé entre temps les conseillers communaux et communautaires fades et tièdes, c'est-à-dire non zélés pour le RPG – pour s'éviter de mauvaises surprises, et on essaie de mettre la communauté internationale hors-jeu – sauf éventuellement l'OIF dont on connaît la loyauté vis-à-vis des pouvoirs en place -, notamment au niveau de la CENI.
Donc le dialogue ne servira à rien, sauf à montrer la bonne foi d'Alpha Condé qui dialogue, même si dialogue signifie inviter l'opposition à écouter – mais écouter seulement – ce que l'on a à leur dire. Il sert accessoirement à perdre du temps, mais on ne négocie rien. Tout juste peut-on annuler les élections locales annoncées en Mars 2016…. pour les reporter à Avril ou Mai 2016 par exemple ?
Les élections communales et communautaires ne peuvent absolument pas - dans l'esprit d'Alpha Condé - avoir lieu avant les élections présidentielles, car elles feraient exploser le système mis en place, pour gagner les élections.
Tout juste pouvaient-ils éventuellement consentir le couplage de celles-ci, mais uniquement s'ils étaient poussés dans leur dernier retranchement, ce qui n'aurait évidemment pas changé l'organisation des présidentielles, le plus important, mais l'aurait quelque peu contrarié quand même. Toutefois avec l'alliance Dadis/Dalein, ce n'est même pas possible de l'envisager, car cela implique des éléments d'incertitude au niveau des bureaux de vote, tout ce qu'il faut éviter.
Chacun peut constater que le pouvoir insiste sur l'indépendance de la CENI, mais bizarrement cette dernière attend toujours les injonctions du pouvoir pour agir. Lorsque l'opposition demande de suspendre ses activités, la CENI met en avant son indépendance, mais lorsque c'est le pouvoir, cette indépendance disparaît, et bizarrement elle s'exécute.
N'est-ce pas à l'injonction du gouvernement que la CENI a annulé le chronogramme des élections locales ? Que doit-on comprendre ?
Les inconvénients
Certains de ceux qui soutiennent Alpha Condé, estiment que CDD a commis la plus grosse faute de sa vie (il est toujours plus facile de critiquer les autres que de se regarder dans la glace), mais ils devraient au contraire se réjouir. Car s'il a commis une faute, le RPG en profitera. On ne comprend donc pas leur sortie sur la toile pour s'offusquer, là où ils devraient se réjouir, à moins que …
Les inconvénients n'existent que sur le plan moral, car sur le plan politique, je n'en vois pas. D'ailleurs toutes les critiques faites à ce projet d'alliance mettent surtout en avant cet aspect, comme si le manque d'éthique constituait un délit. Ce qui serait immoral pour CDD (nouer une alliance avec un citoyen libre de ses mouvements), serait parfaitement moral pour Alpha Condé, qui a promu des personnes inculpées. On marche sur la tête.
CDD est une victime du 28 Septembre, pourtant il n'a jamais porté plainte, ce qui signifie qu'il a sans doute intégré pour lui-même le fait qu'en Guinée, la violence constituait un comportement quasi normal. Cela ne signifie nullement que l'affaire est enterrée.
Alpha Condé a souvent rappelé comme pour nous endormir, qu'il existait au moins 400 plaintes de citoyens guinéens sur les massacres du 28 Septembre. La justice suit son cours et si quelqu'un peut se reprocher d'avoir joué avec le feu, c'est bien Alpha Condé.
Cette démarche est en fait une véritable surprise, puisque jusqu'à présent l'UFDG ne se distinguait qu'en réaction aux comportements du régime, et souvent pour se plaindre verbalement, ce qui en irrite plus d'un, y compris parfois au sein de son propre camp.
Pour une fois CDD a pris une initiative inattendue, et c'est ce caractère qui a surpris tout le monde. Les différentes réactions de la mouvance attestent que cette initiative contrarie l'agencement prévu par elle.
Les réactions des militants de l’UFDG (hors les victimes) sont au contraire majoritairement favorables, ce qui constitue une autorisation de leur président à poursuivre le rassemblement et l’élargissement…
Gandhi Haroun, citoyen guinéen
« Dans tout État libre, chaque citoyen est une sentinelle de la liberté qui doit crier, au moindre bruit, à la moindre apparence du danger qui la menace ». (Robespierre, Discours sur la liberté de la presse, Mai 1791).
(1)- dont Alpha Condé se targue d'être le conseiller politique.
On comprend mieux désormais, la légalisation de l’utilisation des armes à feux de ses gendarmes – Alpha Condé est le Ministre de la Défense - contre des manifestants. C’est un avertissement donné à tous ceux qui seraient tentés de contester ses résultats de victoire dès le premier tour.
Gandhi Haroun, citoyen guinéen
Guinée : L’alliance Dadis-Dalein : la morale et le droit (partie 3)
La première partie de ces 3 textes, visait à montrer que le pouvoir actuel a instrumentalisé cette tragédie pendant ces 5 dernières années, pour intimider tous les hommes dont il voulait se débarrasser (et notamment Dadis), afin de contrôler de façon totalitaire l'ensemble du pays.
La deuxième partie voulait expliquer pourquoi ce projet d'alliance entre l'UFDG et le FPDD présente certes des inconvénients mais aussi des avantages – aussi bien pour Dadis que pour l'UFDG -, l'unité d'une opposition la plus élargie possible constituant le gage d'une alternance possible.
Cette partie 3 vise à montrer que les massacres du 28 Septembre 2009 devront servir de leçon de morale pour la Guinée, tout en permettant de distinguer la politique, le droit et la morale.
Intro
On a vu précédemment qu'en politique, non seulement l'alliance Dadis/Dalein ne posait pas de problème particulier, mais qu'elle pouvait même être considérée comme un excellent coup politique pour l'UFDG et le FPDD, une mauvaise nouvelle pour le RPG.
Cette troisième partie – peut-être la plus intéressante – vise à nous confronter à nos propres démons eu égard à ce que d'aucuns jugent improbable.
Au-delà des apparences, même celles qui paraissent évidentes à tous, il ne faut jamais avoir une position définitive, tant que les parties prenantes ne se seront pas expliquées de manière contradictoire (en présence des uns et des autres), ceci permettant parfois de remettre en cause ces évidences initiales.
Face à des tragédies, l'émotion ne doit pas être l'unique réponse, la répression en constitue une autre, car elle seule peut permettre de façon dissuasive de promouvoir la prévention. Mais le « plus jamais ça » n'est possible que si l'on agit, et pour se faire, il ne faut faire confiance qu'à soi-même, pas aux politiciens, qui ont d'autres intérêts, parfois à leur corps défendant.
Si CDD accédait au pouvoir, que réclamerait la majorité des jeunes d'aujourd'hui : de se tourner enfin vers l'avenir, leur avenir, puisqu'ils représentent celui-ci, et la seule façon d'y parvenir est de rassembler toute la communauté nationale autour d'un projet commun. Cela implique donc d'aller vers l'avant – ne pas se retourner sur le passé, surtout si ce passé suppose que la communauté se déchire encore.
C'est cynique, mais cela correspond à la réalité. Il suffit de regarder les pays latino, plus proches de nous sur le plan sociologique, mais aussi l'Europe après 1945, pour voir comment ils ont géré la réconciliation et/ou la répression des anciens criminels.
Attention, je ne suis pas en train d'expliquer que la justice ne doit pas se faire, elle est indispensable, mais elle suppose de la faire avec des personnes qualifiées et compétentes, pas avec des revanchards (tels Alpha Condé), pas avec des gens qui ne sont que dans l'émotion, l'important étant que la justice pour toutes les victimes soit réelle, mais se fasse de manière équitable et apaisée.
Rappel de certains éléments de contexte : version officielle du 28 Septembre
Personne n'a évidemment oublié les massacres et viols du 28 Septembre 2009, qui ne sont que les conséquences directes de l'impunité dont ont bénéficié les auteurs des massacres de Janvier et Février 2007.
Pourtant 6 ans après, à peine une dizaine de personnes avait été inculpées1. La liste s'est curieusement allongée lorsque Moussa Dadis Camara a précisé qu'il allait rentrer en Guinée2. Quant à ce dernier, il n'a jusqu'à présent été entendu que comme témoin, et n'a toujours pas été inculpé.
De cette affaire, un rapport de l'ONU pointe certains éléments de fait à retenir, dont notamment la présence de rebelles de l'Ulimo recrutés par les bérets rouges (la garde présidentielle de Dadis), ce qui explique sans doute l'inhabituelle violence faite à l'encontre de citoyens guinéens, et notamment des femmes.
Je ne reviendrai par sur ces massacres horribles qui ne resteront pas impunis, quelle que soit la décision des hommes politiques. Il convient juste de rappeler pour le moment la position juridique de Dadis, car c'est ce qui nous intéresse.
Le statut juridique de Dadis
Il existe 2 formes principales de responsabilités, selon lesquelles Dadis pourrait être rendu pénalement responsable de violations du droit pénal international : la responsabilité directe ou celle indirecte du chef militaire ou supérieur hiérarchique3.
La responsabilité directe de Dadis sera établie s'il est prouvé qu’il a commis lui-même individuellement les faits incriminés, mais il n'était pas au stade. Sa responsabilité indirecte peut être mise en cause si par l'intermédiaire d'une autre personne (Toumba ?), il a ordonné, sollicité, favorisé, aidé, encouragé, assisté dans la commission (des faits), fourni des moyens pour la commission de crimes, ou contribué intentionnellement à la commission d'un crime par un groupe de personnes ayant un objectif criminel commun.
Donc même si Dadis n'avait aucune excuse le 28 Septembre 2009 et peut-être n'en aura t-il jamais, il faut un procès – et il aura lieu de toute façon – pour répondre à un certain nombre de questions que l'on ne se posait pas à l'époque, mais qui avec le recul, prennent une dimension que seul un procès permettra d'élucider. Car pour tout le monde Dadis est coupable.
Quelques éléments de doute
Lorsque certains commentateurs évoquent des faits troublants, allant même jusqu'à accuser Alpha Condé d'être derrière tout ça, eu égard à la question « à qui profite le 28 Septembre ? », et le fait que les réponses impliquent de nombreuses zones d'ombre, on est en droit de se poser quelques questions. Je ne prendrai pas à mon compte toutes ces digressions, mais veut néanmoins évoquer quelques éléments pour vous faire partager ces éléments de doute.
L'hypothèse selon laquelle Alpha Condé serait derrière le 28 Septembre est un peu fantaisiste. En revanche, l'idée selon laquelle certains éléments de l'armée proches d'Alpha Condé – on nous a toujours expliqué que l'armée de l'époque était « divisée » entre partisans de Dadis pour majorité originaires de la forêt, et les partisans de Konaté en majorité originaires du Manding - auraient décidé de sévir ou de réprimer sévèrement n'est pas fantaisiste.
Alpha Condé et Sékouba Konaté auraient pu être avertis de ce que les rebelles de l'Ulimo (dont certains sont aujourd'hui donzos), allaient faire, et ont préféré fuir, pour ne pas y être mêlés directement.
Dadis ne contrôlant pas toutes ses troupes, divisées au moins entre ces 2 composantes, a quand même envoyé sa garde présidentielle pour empêcher le meeting du stade, mais il aurait demandé à Toumba au dernier moment (c'est ce dernier qui l'affirme) de protéger les leaders politiques. C'est ce que Toumba a raconté partout, et chacun sait qu'il n'a aucun intérêt à défendre Dadis.
Pour illustrer ce manque d'unité, le rapport de l'ONU1 indique que « le lieutenant Aboubacar Chérif Diakité (alias Toumba) a exigé de Cellou Dalein Diallo qu'il descende sur la pelouse [afin de faciliter sa protection, ce qu'il évoquera plus tard], et comme celui-ci refusait de bouger, il a donné l'ordre à des bérets rouges de monter dans la tribune… Les bérets rouges ont assailli les leaders politiques et plusieurs de leurs gardes du corps ont été blessés, notamment par balle, dont celui qui s'est interposé quand le chauffeur du président, Sankara Kaba, a tiré sur Cellou Dalein Diallo ».
En droit, juste sur cet aspect ponctuel, comment prouver que Dadis qui a demandé au patron des bérets rouges Toumba de protéger CDD par exemple, peut-il être responsable d'un simple béret rouge – sous la responsabilité de Toumba - qui tire quand même sur CDD ? Qui est responsable de Sankara Kaba ? Dadis ou Toumba ?
Sans compter qu'en Guinée, il y aura toujours de mauvaises langues pour rappeler que Sankara Kaba était le chauffeur personnel de Dadis, cependant que d'autres mauvaises langues diront que Sankara Kaba n'est pas guerzé, donc plutôt proche de l'autre camp au sein de l'armée.
Dadis reste présumé responsable, puisque c'est sa garde présidentielle qui était en première ligne, mais en matière pénale il faudra trouver des éléments de culpabilité. On aimerait bien savoir pourquoi Toumba Diakité non seulement a fait montre de zèle ce jour là (pour le compte de Dadis ou pour autrui ?), et pourquoi, plus de 2 mois plus tard, a voulu faire taire définitivement Dadis, officiellement parce que ce dernier voulait lui imputer la responsabilité entière de ces massacres (et si c'était vrai ?).
On aimerait aussi savoir pourquoi les services de renseignement guinéens sont efficaces quand il faut l'être : lorsqu'il s'agit de trouver les assassins de Mme Boiro, Amadou Oury Diallo (responsable de la section motards de l'UFDG) ou Thierno Aliou Diaouné par exemple, on trouve toujours des coupables, même si ceux-ci sont parfois sujets à caution. En revanche, lesdits services sont particulièrement mauvais dans d'autres cas, notamment lorsqu'il s'agit de trouver les coupables des tirs mortels sur les manifestants, par exemple. De même Toumba court toujours et personne ne semble pressé de le retrouver.
Marcel Guilavogui, arrêté depuis le 31 Mars 2010, contredit les affirmations de Toumba, selon laquelle celui qu'on présente comme le neveu de Dadis, serait le principal responsable des massacres, alors que Marcel Guilavogui nie avoir été au stade. Il est vrai qu'il n'en existe aucune trace dans le rapport de l'ONU, et qu'officiellement il est incarcéré non au titre du 28 Septembre 2009, mais pour rébellion à Kaléya (siège des 7000 recrues de Dadis originaires de la forêt et fermé par Sékouba Konaté après l'attentat de Toumba contre Dadis en Décembre 2009). En fait un autre Marcel, Koivogui celui-là, a été cité de nombreuses fois dans le rapport de l'ONU.
Seule une confrontation pourra éventuellement nous éclairer. Pourquoi, alors que la détention préventive, même dans des circonstances exceptionnelles, ne peut jamais excéder 2 ans, Marcel Guilavogui est-il toujours enfermé ?
De même il faut se souvenir que Sékouba Konaté, Ministre de la Défense, et forcément informé de la manifestation, s'était retrouvé hors de Conakry. Pour quelle urgence ?
Les syndicalistes avaient été dissuadés d'aller au stade, mais aussi la société civile, Sydia également en pleine nuit la veille (mais pas CDD ?). Alpha Condé était opportunément absent, bien que membre influent des Forces vives, qui avaient pourtant appelé à la manifestation. Ils n'ont jamais eu à s'expliquer sur ces absences tellement opportunes, qu'on fait croire aujourd'hui encore, que c'est la seule UFDG qui voulait la chute de Dadis.
Et Toumba dans tout ça ?
Aujourd'hui, si j'ai toujours la certitude de la responsabilité présumée de Dadis, en revanche il semble de plus en plus nécessaire pour tous les acteurs, et notamment Dadis, Toumba, Konaté et autres, de venir rapidement s'expliquer à Conakry. Ce devrait d'autant être une exigence de ce régime, que personne ne semble trouver bizarre que Toumba réagisse soudainement, à la demande, comme s'il était téléguidé par quelqu’un, donc comme s’il était protégé par ce régime.
Quel est le but de sa réaction ? : intimider Dadis. Dans quel but ? Pour le compte de qui ? Comment Toumba qui s’est toujours plaint pour sa sécurité, indique maintenant qu'il revient aussitôt en Guinée si Dadis revient.
En effet si on peut considérer que Dadis est responsable, pas forcément coupable, un procès nous édifiera. En revanche s'agissant de Toumba, sa culpabilité ne fait aucun doute, aussi bien dans les massacres du stade où il se trouvait avec la fameuse garde présidentielle dont il était le responsable, et dans la tentative de meurtre de Dadis en Décembre 2009. Que Dadis soit innocenté ou reconnu coupable, n'aura aucune conséquence sur la culpabilité de Toumba. Donc au lieu de s'occuper de Dadis, Toumba ferait mieux de s'occuper de lui.
Toumba indiquait dans son entretien à RFI que « Dadis doit se préoccuper des charges morales et juridiques qui pèsent sur lui. Faut pas qu'il vienne semer le trouble, on doit se soucier de la nation, du pays. Ce n'est pas pour encore créer d'autres problèmes ».
Pourquoi au lieu de s'intéresser à son propre sort, il le fait pour celui de Dadis (mais dans ce cas, pour le compte de qui ?). Pourquoi la justice ne l'intéresse que maintenant ?
Que Dadis soit coupable ou innocent, cela n'aura aucune conséquence sur la culpabilité de Toumba, bien réelle celle-là. Donc si Toumba s'intéresse à la seule justice, il n'a qu'à rentrer en Guinée. Dadis veut rentrer en Guinée pour se présenter aux élections présidentielles, il n'y a aucune pagaille là-dedans. Mon sentiment est qu'il donne l'impression d'être instrumentalisé par le pouvoir actuel. Car la pagaille, ça c'est le sentiment du pouvoir, pagaille eu égard à ce que le pouvoir a déjà acté.
On a donc du mal à comprendre pourquoi ce régime s'offusque d'une possible alliance de l'UFDG avec Dadis, alors qu'il est incapable de trouver le fameux Toumba. De même, que fait l'État français, qui a forcément une idée de l'endroit où se trouve Toumba, puisque c'est ce dernier qui a appelé RFI – autrement dit l'État français ?
Bref tout ce paragraphe pour indiquer que l'émotion qui a suivi la fin Septembre 2009, nous avait fait accepter une version officielle, qui plaisait à tout le monde, parce qu'on ne voulait plus de Dadis, et parce que les apparences nous empêchaient de voir autre chose.
Aujourd'hui la responsabilité et la culpabilité éventuelles de Dadis restent évidemment très probables, mais elles sont peut-être beaucoup plus partagées qu’on ne le pense, et on ne pourra en juger qu’en ayant tous les éléments à disposition.
Le mépris des partis politiques pour les droits humains
La plus grande surprise du mandat d'Alpha Condé aura été de le voir piétiner les droits humains, lui qui se présente pourtant comme un défenseur de la démocratie (ce qu'il n'est pas), lui qui a grandi plus de 50 ans dans un pays démocratique (mais n'en a tiré aucune leçon), et lui qui a pourtant bénéficié de la lutte de certaines ONG et militants des droits de l'homme, pour sortir de prison.
C'est d'autant l'une des plus grandes déception d'Alpha Condé, qu'il se montre ingrat envers les familles des martyrs dont les sacrifices lui ont quand même permis indirectement de se retrouver là où il est aujourd'hui.
Maintenant, s'il fait pire que les autres (eu égard au nombre de victimes en 4 ans), les autres partis politiques ne sont pas très intéressés non plus par la défense des droits humains. Ceux qui font semblant de s'étonner que l'UFDG soit capable d'une telle alliance avec Dadis, oublient que les partis politiques en général, ont abandonné à leur sort non seulement les victimes du 28 Septembre, mais également ceux des manifestations sous Alpha Condé. La justice pour ces victimes n'a jamais été une priorité dans l'agenda des partis de l'opposition, uniquement préoccupés par les élections.
Même à titre symbolique, la proposition d'une loi d'amnistie par les députés de l'opposition – même retoquée par la mouvance – aurait peut-être mis un peu de baume au cœur des victimes. Et ça ils peuvent le faire, contrairement aux plaintes sur le plan pénal, que les partis politiques ne peuvent pas engager collectivement, puisqu'ils ne sont pas victimes à titre personnel.
Que pensent certaines ONG ?
Des hommes politiques
En Guinée, aussi bien du côté du RPG que de l'UFDG, on justifie souvent les erreurs des uns par les crimes des autres. Le rôle de l'intellectuel est donc de chercher à sortir le débat de ce cercle vicieux. Pour cela une seule solution, arrêter de refaire le monde en indiquant des « il faut » et des « y'a qu'à… », et agir par des actes concrets. Je vais donc rapidement essayer d'évoquer les arguments sérieux, qui relatent les indignations de cette alliance.
Il est vrai que les leaders guinéens ne cherchent que le pouvoir, c'est d'ailleurs le but d'un parti politique, donc on peut difficilement les en blâmer. Il est vrai que l'alliance que l'UFDG vient de faire avec un criminel présumé constitue :
• une violation des principes élémentaires de la morale politique (ce qui n'est pas répréhensible ni civilement, ni pénalement),
• une tactique pour s'assurer d'une victoire électorale (en tous cas un moyen supplémentaire de pouvoir y parvenir),
• un moyen de contrer les menées du pouvoir (assurément, puisque les exils forcés de citoyens guinéens sont monnaie courante sous ce régime),
• une coopération contre-nature abominable (c'est avec le RPG, qu'une alliance de l'UFDG serait abominable),
• une avancée vers la « réconciliation nationale » (en tous cas, c'est un acte fort – et non une simple déclaration –, car CDD est lui-même une victime, même si cela n'engage que lui à titre de victime et non l'ensemble de celles-ci).
S'il est vrai que les partis politiques, dont l'UFDG, ne pourront plus vendre la promesse de changement à l'avenir, il faut s'entendre sur le terme changement. C'est en apparence une mauvaise nouvelle, mais je pense moi au contraire que c'est une bonne nouvelle (j'y reviendrai ci-après).
On reproche à CDD de brader à vil prix le fonds de commerce qu'il a acquis le 28 Septembre 2009, du fait des massacres le ciblant avec sa communauté. Personnellement je ne vois pas de fonds de commerce, car l'UFDG ne se préoccupe pas du 28 Septembre, au moins officiellement. En revanche, l'UFDG a pris à son compte les dépenses médicales et/ou mortuaires de ses militants, tant pour les massacres du 28 Septembre, qu'à l'occasion des manifestations ultérieures.
Il est vrai qu'aucun parti n'est démocratique en Guinée, mais au lieu de critiquer ce fait, il faut créer de nouvelles structures qui elles, respectent l'esprit démocratique et l'état de droit. Seule une pédagogie par l'exemple peut permettre à terme de faire évoluer les choses.
Les partis politiques tels qu'ils existent actuellement, ne sont que des écuries présidentielles au service d'un homme, qui considère le parti comme son entreprise personnelle.
Pour ce faire, sont nécessaires des débats contradictoires et des décisions par vote, le respect des formes légales dans le fonctionnement des institutions politiques étant d'une importance capitale, ne serait-ce que parce que les partis politiques sont constitutionnellement les seuls habilités à choisir les futurs dirigeants du pays. Une société civile digne de ce nom devra en faire sa mission.
De la morale politique
En politique, il faut éviter de parler de morale, car la notion d'éthique a bien évolué au cours des siècles. Dans « la République », Platon indiquait que le but de l'État était de faire régner la vertu, d'instaurer une société juste, c'est-à-dire une société dans laquelle sont respectés la sagesse, le courage, la tempérance et la justice.
Platon nous a fait rêver, mais si l'utopie reste nécessaire, elle s'éloigne des principes édictés de manière plus récente (XVIème siècle) par Nicolas Machiavel dans le chapitre 8 du « Prince ». Pour ce dernier, l'important en politique est d'obtenir le pouvoir et de le conserver, et pour cela, tous les moyens sont bons. Une faute politique est plus grave qu'un crime moral. Et le critère de la faute est l'échec. Seul un pouvoir fort peut assurer la paix, qui est la condition de tout ordre moral.
Enfin selon la conception kantienne de la politique, la politique permettrait de faire régner un ordre social conforme aux principes de la morale. Le politicien lui-même dans son action, devrait se conformer à ces principes. Emmanuel Kant, philosophe allemand du XVIIIème siècle, pense donc que la morale est la fin visée par la politique.
Il n'est pas question ici de refaire le débat, ni de montrer qu'à l'utopie originale, a succédé ce qu'on appelle aujourd'hui la realpolitik. À tort ou à raison, c'est l'idée qui s'impose de plus en plus et progressivement dans toutes les sociétés.
Il ne faut pas se méprendre, personne ne peut arrêter le cours de la justice et l'impunité n'existe que parce que nous en sommes les complices inconscientes et/ou involontaires. Ceux qui veulent garder espoir peuvent toujours se dire, que si alternance politique il y a, tous les dossiers gelés, et notamment ceux liés aux violences de l'État, seront activés.
Et l’État dans tout ça ?
Il n'y a aucun cynisme de ma part, mais je terminerai mon propos par 2 rappels :
• en premier lieu l'UFDG, en tant que parti politique ne peut nullement porter plainte sur le plan pénal, car c'est une action individuelle et personnelle. Les victimes d'exactions diverses ne doivent donc pas être à la remorque d'un parti politique quelconque,
• en second lieu, les victimes doivent harceler l'État guinéen (aujourd'hui incarné par Alpha Condé), pour obtenir réparation sur le plan civil.
En effet, ceux qui parlent des 2 milliards de GNF obtenus par certains leaders politiques en Juin 2010, ils ignorent (pour une fois je crois sincèrement) une chose. Au-delà des coupables individuels, c'est l'État guinéen qui est civilement responsable et qui devrait prendre en charge financièrement les victimes, pas l'UFDG.
Alpha Condé se rappelle quelques notions de droit lorsqu'il s'agit d'indemniser les victimes des meurtres d'ébola à Womey, et on ne peut que le féliciter pour cela. On lui reprochera cependant d'oublier les victimes de Womey (celles de la répression sur les villageois) et toutes les victimes de l'État guinéen.
La responsabilité pénale est individuelle et entrainera des peines de prison pour les individus coupables d'exaction, mais quel que soit le résultat final, l'État guinéen est responsable civilement de la faute de ses représentants (gendarmes, policiers et autres militaires, voire même civils) qui ont commis des crimes au stade et lors des manifestations.
Il paraît extraordinaire qu'aucun juriste guinéen n'ait engagé de procédure en ce sens, permettant à des attardés de réclamer à CDD exclusivement (et non aux 3 autres, mais surtout à l'État guinéen) la gestion des deux milliards reçus en Juin 2010, à titre de dédommagement des exactions du 28 Septembre 2009 (coups et blessures, mise à sac des domiciles, vol de véhicules et d'objets personnels…).
A priori c'est l'UFDG qui assiste tant bien que mal les morts et les blessés du 28 Septembre et des manifestations. Or c'est l'État guinéen qui n'a pas rendu justice aux victimes de cette répression, pourtant c'est son devoir.
En définitive, loin de moi de vouloir absoudre une telle alliance entre Dadis et Dalein, mais il était nécessaire de recadrer à tête reposée ce débat. Sur le plan pénal l'UFDG ne peut rien pour les victimes (autre qu'un soutien moral et/ou financier pour agir), mais elle ne peut se substituer à elles pour agir.
Sur le plan civil, c'est à l'État guinéen de dédommager toutes les victimes d'exactions de représentants de l'État (là encore l'UFDG fait sans doute ce qu'elle peut, mais elle devrait comptabiliser tous les frais engagés et les réclamer à l'État au titre de la responsabilité de ses commettants).
Que faire alors ?
Il n'est pas normal d'entendre dire que certains citoyens guinéens sont engagés dans une lutte pour la justice depuis 30 ans. Il faudrait aussi qu'ils se remettent en cause et se posent des questions. La justice divine existe, mais celle des hommes peut aussi agir.
Certains ont abandonné le combat, favorisant le recommencement de mêmes histoires. D'autres par lâcheté, ont également laissé tomber le combat contre l'injustice. Certains pensent que le RPG a aggravé l'impunité et que l'UFDG vient d'en rajouter une couche. Le sursaut peut prendre plusieurs formes, mais il doit être immédiat désormais.
Un Collectif est en voie d'immatriculation, il a pris son temps, justement pour permettre l'expression de tout un chacun, la lenteur étant la contrepartie de la démocratie. Il a vocation à faire de la pédagogie, c'est-à-dire agir concrètement, et expliquer ensuite à chacun comment il a procédé, afin de permettre à chaque citoyen d'en faire autant en démontrant que la justice est à la portée de tous.
Pour changer tout ça (l'impunité), une seule voie possible : arrêter de pleurnicher et agir judiciairement. Le Collectif des Actions Citoyennes (c’est ainsi qu’il se nomme) a été créé pour se faire. Il reste à l'écoute de tout soutien humain (plus on est nombreux, mieux c'est), intellectuel (des juristes notamment, mais pas seulement), et financier (les adhésions sont les bienvenues, les dons également).
Conclusion
Ce débat montre s'il en est besoin aux citoyens, que les politiciens sont comme les Guinéens, ni meilleurs, ni pires, car ils ne pensent qu'à eux. Doit-on leur en vouloir, alors qu'ils ne sont qu'à l'image de leurs mandants ?
En politique, il faut parfois se salir les mains ou constater que ça sent mauvais (car il y a des intérêts à défendre). C'est pourquoi elle n'intéresse pas forcément beaucoup de gens – moi y compris -, mais tout le monde apprécie pourtant que quelqu'un nettoie les écuries d'Augias, ou s'y colle pour nous débarrasser des mauvaises odeurs. Donc ne soyons pas hypocrites, ou nous sommes capables de le faire nous-mêmes, ou nous apprécions que quelqu'un le fasse pour nous.
Fort de ce constat, il faut que les Guinéens apprennent à ne pas rester à la traîne des politiciens, dont les agendas et les intérêts sont différents, et se prennent en mains. C’est essentiel. Ainsi la justice se fera indépendamment des partis politiques et ces derniers feront ce qu'ils veulent, sans jugement autre que le vote des électeurs.
Gandhi Haroun, citoyen guinéen
« Dans tout État libre, chaque citoyen est une sentinelle de la liberté qui doit crier, au moindre bruit, à la moindre apparence du danger qui la menace ». (Robespierre, Discours sur la liberté de la presse, Mai 1791).
(1)- Dont Claude Pivi, Moussa Tiegboro Camara, Abdoulaye Chérif Diaby…
(2)- Mamadouba Toto Camara, Resco Camara, Oumar Sanoh, Fodéba Isto Keira, Sory Condé, Ibrahima Sanoh, Mamoudou Condé, Sankara Kaba, Marcel Koivogui, Fatou Sikhe Camara...
(3)- Il faut aussi avoir à l'esprit qu'Alpha Condé en tant que Ministre de la Défense, supérieur hiérarchique de la gendarmerie, peut également être poursuivi pour les mêmes motifs, dans la mesure où c'est la gendarmerie qui tire mortellement sur les manifestants, même si ce n'est pas le problème pour le moment puisqu'il bénéficie de l'immunité pénale liée à sa fonction. Cela explique ainsi pourquoi les chefs d'État africains refusent souvent de lâcher le pouvoir, eu égard à ces conséquences éventuelles.
(4)- Rapport de la Commission d'enquête internationale chargée d'établir les faits et les circonstances des évènements du 28 Septembre 2009 en Guinée, page 17.
Transmis par Gandhi Haroun, citoyen guinéen
Pour www.nlsguinee.com
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