Guinée : APRÈS LE REPORT DE LA MARCHE DU 16 MAI DE L''OPPOSITION , LES SYNDICATS MENACENT D''ALLER EN GRÊVE DANS DEUX SEMAINES SI...
mercredi 24 mai 2006
Le navire Guinée qui est à la recherche d'un commandant de bord crédible susceptible de le conduire vers le port de l' alternance, continue de préoccuper tous les fils et les partenaires au développement , ces derniers étant limités dans leurs initiatives, pour ne pas se voir opposée la vieille formule dite d''ingérence dans les affaires intérieures d'' un État souverain.
La cherté de la vie, consécutive au pillage des denier publics, n'arrête pas d' écraser les paisibles citoyens qui cherchent honnêtement leur gagne-pain, comme nous l'a confirmé un des députés du groupe parlementaire de la majorité au pouvoir qui a recquis l'anonymat, qui poursuit : << Aucun Guinéen ne peut supporter à l'heure actuelle les dures conditions de vie liées à la flambée du prix des produits pétroliers , sauf ceux qui ont de quoi voler dans les caisses de l' État.
C''est la première fois que je vois un peuple qui se meurt sous le poids de la cherté de la vie du fait des politiques. >>
Les forces vives de la Guinée composées des formations politiques, et de certaines organisations syndicales et estudiantines, seraient en constante concertation, en vue de trouver un terrain d'entente sur les modalités à suivre pour imposer le changement attendu depuis la légalisation des partis politiques le 3 avril 1992.
Selon les informations dont nous disposons, il semblerait qu'une grande marche des forces vives était programmée pour le mardi 16 mai 2006 dans la capitale guinéenne, mais qui aurait été annulée par manque d'organisation.Certains ténors de l'opposition estimaient que toute marche improvisée dans l' état actuel de notre pays, serait vouée à l'échec.
C''est pourquoi dès le mercredi 17 mai 2006, les partis politiques, et certaines organisations syndicales et estudiantines, se sont retrouvés au siège de L'' OGDH à 16 heures GMT, pour décider de la stratégie à suivre. À cette même réunion, une délégation des étudiants serait venue affirmer la volonté des jeunes de déclencher une grève générale illimitée.
Là aussi, des voix se sont élevées pour conseiller la patience, afin de prendre le maximum de temps pour mieux déclencher une marche qui inclurait toutes les forces vives de la nation. En réalité, certains partis politiques ne seraient pas prêts à suivre un mot d'ordre de marche pacifique, estimant que les populations sont tellement à plat, qu' elles risquent de vaquer à la recherche de la popote comme ce fut le cas par le passé.
Or les raisons de la tergiversation de l'opposition se trouvent ailleurs. Tirant les leçons de la grève générale du 27 février 2006 pour une durée de cinq jours observée par les deux principales centrales syndicales, la confédération nationale des travailleurs de Guinée (CNTG) et l’Union syndicale des travailleurs de Guinée (USTG), les présidents et secrétaires généraux de nos partis politiques d'opposition ont vite compris que la société civile qu'ils avaient qualifiée de tous les noms, étaient en passe d'être incontournable dans le combat pour l' alternance.
Les centrales syndicales ayant derrière elles des citoyens de tous les bords politiques, confrontés de la même manière à la cherté de la vie, il serait très studieux de les inclure dans un vaste mouvement de revendication, martèle un leader d'un ''petit parti '' politique de l''opposition .
À ce propos, Monsieur Ibrahima Fofanah , secrétaire général de L''USTG qui était sur les antennes de la BBC la semaine écoulée, n'est pas allé du dos de la cuillère : « On ne peut pas accepter qu’un gouvernement, où il n’y a plus de coordination, ni d’autorité, car nous ne savons pas aujourd’hui à qui s’adresser en terme de partenaire, quand il s’agit de régler les problèmes des travailleurs, on ne peut donc pas accepter qu’ils prennent le peuple en otage.
C’est pourquoi nous allons lancer un appel à la mobilisation de toutes les couches de la population guinéenne, tous les travailleurs, de tous les secteurs confondus, secteur public, secteur privé, secteur mixte et secteurs informels, pour que les revendications portant sur l’amélioration des conditions de vie du travailleur guinéen soient une réalité. »
Abordant la bonne gouvernance, source des problèmes de la Guinée, le syndicaliste est clair : « La bonne gouvernance, la gestion saine des ressources minières et financières de la Guinée, seront une des revendications principales des centrales syndicales CNTG-USTG ; non seulement, faire en sorte que la valeur de la monnaie soit confortée par les réserves qu’on va avoir à la banque centrale, mais aussi, que le gouvernement prenne des mesures pour contrôler les prix sur le marché, pour que le travailleur puisse supporter les coûts actuels de la vie.
Aujourd’ hui, le travailleur guinéen n’est pas capable de faire vivre sa famille, de financer la scolarité de ses enfants et de se déplacer etc. Donc, nous sommes devant une situation intenable.
Et en tant que mouvement syndical, nous sommes obligés d’être à l’écoute des travailleurs, d’être à leur disposition, de faire en sorte que tout le monde se lève. Pour que le changement dans le sens du bonheur des populations guinéennes ait lieu maintenant en Guinée ».
Mais pour ce faire, entre les revendications syndicales de M. Fofanah et le caractère politique de la lutte à mener, il n'y a qu' un seul pas que le syndicaliste a franchi : « la grève va nous amener à obtenir un changement en Guinée. Il faut qu’on change de gouvernement. Il ne faut pas tourner autour du pot. Quand un gouvernement se montre incapable de répondre à l’attente d’un peuple, il faut qu’il démissionne. Et c’est ce que la centrale syndicale va demander ».
Interrogé sur la prestation de M Fofanah sur les antennes de la BBC, Ahmed Tidiane CISSÉ répond : « Oui ce n'est pas parce que M Fofanah a demandé la démission du gouvernement que cela va se faire. Il faut des actions politiques d''envergure nationale. Dans la situation actuelle de notre pays, peut être qu' on pourra compter sur le dernier cri libérateur du peuple mourant de la Guinée.. ».
Comme on le voit les '' forces vives '' de la nation multiplient les déclarations de bonne volonté en faveur du changement politique. Pourront-elles seulement savoir s''y prendre dans un environnement jonché d''ostacles y compris dans leur propre camp ? Rien n''est moins sûr.
En attendant l''adversaire d''en face , qu'est la mouvance présidentielle est peut être entrain de réflechir à un autre scénario pour encore gagner le temps .
Ainsi peut-on interpréter les préparatifs des élections législatives du mois de juin de 2007 entrepris par le ministre de l''administration du territoire et de la décentralisation , Naby Youssouf Kiridi BANGOURA : confection de cartes d'électeurs avec photo comme pour dire qu''il entend lutter contre le phénomène de votes multiples qui occasionnent la fraude électorale et par déduction donc que ces consultations seront transparentes , équitables et regulières .Aie..
Du côté des ''forces vives '' de la Nation , les observateurs continuent à croire que la question du choix de la personnalité de consus devant diriger la transition doit être resolue avant tout mouvement .Et pourtant cette question comme tant d''autres divise les premiers responsables des partis politiques de l''opposition .
Ils émettent de sérieux doutes quant à la capacité de cette personnalité d''organiser des élections libres et transparentes et surtout de surmonter la tentation de ne pas passer la main au nouvel élu .Bref nos leaders ont peur que le pouvoir ne soit confisqueé par la personne qu''ils choisiraient pour diriger la transition.
Voilà une autre bombe à retardement qui risquerait de faire éclater le fragile regroupement des ''forces vives '' guinéennes ;chaque leader estimerait que plus cette personnalité de consensus est loin de lui , plus est grand le risque de voir le pouvoir entre les mains d''autres personnes .
La longue tergiversation sur cette designation aurait poussé un jour le doyen Bâ Mamadou a affirmer que si ses pairs de l''opposition ne désignent pas quelqu''un qu''il s''auto-proclamerait pour diriger la transition . Une attitude qui donne raison aux leaders qui ont exprimé la crainte de la confiscation du pouvoir au sortir de la transition.
L''actuel régroupement des '' forces vives '' de la nation est-il une autre union contre-nature de ceux qui se sont , pendant des années , traîtés de tous les noms ? Vont-ils réussir à placer les interêts du pays avant ceux égoistes et personnnels qu'ont leur prête ?
Ou enfin sont-ils dépassés eux-mêmes pour avoir été incapables jusqu''ici , même lorsque toutes les conditions sont réunies , de faire partir du pouvoir le Général Lansana CONTÉ ?
Du côté des syndicats , selon les dernières nouvelles un préavis serait déjà sur la table du gouvernement . Un moratoire de deux semaines est accordé à compter du 22 mai 2006 .Les syndicalistes exigent la baisse du prix des produits pétroliers à 4.500 GNF et celui du riz à 60.000 GNF sans lesquels ils seront dans l''obligation de déclencher une grêve générale illimitée à l''expiration des deux semaines . Pourront-ils réussir cette fois-ci le coup de force '' libérateur'' attendu par des millions de Guinéens ? Attendons de voir
Aboubacar SAKHO
Directeur de la rédaction et de la publication du site de l'hebdomadaire Guinéen ''L''observateur''
Une correspondance pour Nlsguinee.com
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