lundi 09 février 2015
Manifestants sévèrement réprimés. Vitres de l’hôpital régional volant en éclats. Le personnel médical molesté. Certains malades brutalisés. Ils désertent l’hôpital. Du moins ceux d’entre eux qui pouvaient le faire.
Ce sont ces scènes surréalistes qui se sont passées à Labé le 3 février dernier. Des violences sont d’une extrême gravité. Elles sont les prémisses d’une année qui risque d’être chaotique. Le pouvoir vient d’envoyer un message fort à l’opposition. Toute velléité de manifestation et de contestation sera violemment réprimée.
Ces violences perpétrées par ceux qui, depuis notre indépendance, ont toujours bénéficié d’une impunité totale, ont fait plusieurs blessés graves. Le 3 février 2015 sera un précédent : celui de la violation d’un endroit inviolable. En tous lieux et en tous temps, les lieux de culte, les écoles et les hôpitaux sont épargnés par les belligérants. La Guinée a, une nouvelle fois, étalé à la face du monde son caractère exceptionnel.
Des agents de sécurité qui pénètrent dans l’enceinte d’un hôpital pour s’en prendre à tout ce qui bouge sans distinction, c’est une première. Quand on sait que dans d’autres pays même le simple klaxon est interdit dans les environs d’un hôpital. C’est le comble. Du jamais vu et jamais entendu. En violant le caractère sacré de l’hôpital, les forces de l’ordre ont franchi le Rubicon. Ceux qui les ont mandatés ne sont pas moins responsables.
Si c’est Labé qui a été réprimé ces trois derniers, c’est toute la Guinée qui a pris un coup avec ce précédent dangereux. Car il n’y a jamais un sans deux. Ce qui s’est passé à Labé se passera malheureusement ailleurs.
Les forces de l’ordre sachant qu’elles ont droit de vie et de mort sur les citoyens. Et puisque c’est toujours le camp des faibles qui est victime, rien ne sortira comme on dit chez nous.
A Labé les autorités régionales ont présenté des excuses au personnel médical. Elles ont une fois nouvelle répété ce qu’on a toujours fait depuis l’indépendance : demander aux victimes de pardonner sans rendre justice. Lorsque ceux qui sont au-dessus de la loi se rendent coupables de violation des droits de l’homme, les autorités parlent de cas isolé ou d’agents incontrôlés. Jamais justice n’a été faite.
Or, même Toto le sait, l’impunité est la porte ouverte de la récidive. En 2010 déjà, les mêmes forces de l’ordre avaient commis des viols et des exactions insoutenables dans cette ville. Récemment encore la presse a fait échos d’un viol commis par un gendarme dans même cité de Karamoko Alpha. Tous ces actes sont restés impunis.
Assurément, la Guinée est un pays d’exception. Le jeune qui a tenté tout pour le tout dans la vie et qui n’a réussi à rien, est envoyé dans l’armée, la gendarmerie ou la police. Celui qui était peu recommandable a désormais une arme et une tenue. Tout lui est permis. Il commence par régler ses comptes à tous ceux-là qui, contrairement à lui, ont réussi à faire à quelque chose dans la vie.
Qu’un agent de sécurité, nourrit et habillé par le contribuable guinéen, entre dans une structure sanitaire et moleste un médecin, cela n’est possible que dans ce pays. Ici c’est le monde à l’envers.
Nous vivons dans une société où les rôles sont totalement chamboulés. Les forts d’ailleurs sont les faibles d’ici. Et vis-versa. C’est cela le mal dont souffre et souffrira malheureusement pour longtemps les habitants de ce pays.
Par Habib Yembering Diallo
Analyste et Correspondant de www.nlsguinee.com en Guinée
Contact : habibyambering@yahoo.fr
Tel: (+224) 62 29 11 95
Pour www.nlsguinee.com
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