Guinée : Le courage patriotique de Sékhou Chérif FADIGA
dimanche 21 mai 2006
En Avril 2006, notre compatriote FADIGA publie un bel article dans lequel il invite les Guinéens (ceux qui ont le sens de la Terre des Ancêtres) à être plus précautionneux quant au choix du futur président. Dans le même temps, il invite ses compatriotes à plus de générosité, lorsque le moment venu, les vrais patriotes auront définitivement récupéré la TERRE de leurs Ancêtres.
Et il précise sa pensée. Je cite « Naturellement, l’histoire des populations est faite de migrations transfrontalières. Cependant, les grands peuples qui comprennent mieux que d’autres la signification d’une communauté de destin, tout en intégrant des hommes et des femmes venus d’ailleurs, refusent la conduite de leur pays par tous ceux qui se seraient nouvellement installés sur leur sol et auraient en souvenir le partage d’une autre identité nationale… »
Adhérent totalement à cette lucidité que des millions de Guinéens partagent, sans peut être savoir le dire avec un tel talent et conviction, j’aurai pu ne rien dire. Mais un de nos jeunes compatriotes de DAKAR, portant chemise blanche, cravate flottant à tout vent, faisant semblant de trouver dans le texte de Mr. FADIGA des propos et idées qui n’y sont pas, s’emporte. Et aveuglé par sa rage dénonciatrice, il cite à l’emporte-pièce, Elhadj BA Mamadou, Jean-Marie DORE, et bien évidemment Mr. Chérif FADIGA.
Il veut leur administrer des leçons sur ce qu’il pense être son « combat pour la démocratie ». Le ton est définitif, presque arrogant. Il utilise de petites ficelles (xénophobie, tribalisme…) contre ceux qu’il a érigés en adversaires. Procédé que j’attends plutôt des « vieux intellectuels » de ma génération que d’un jeune trentenaire.
De jeunes Guinéens, j’attends une vigueur intellectuelle, un raisonnement clair et cohérent et pas du tout un empilement désordonné de phrases sans rapport avec l’article de Mr. FADIGA. Mais tout cela n’est pas bien grave. C’est propre à une certaine jeunesse, lorsqu’elle est dépourvue de formation consistante. C’est juste une question de forme qui, d’ailleurs n’a pas nécessairement une très grande importance, même si elle est utile.
Mais, reste le fond. D’où mon inquiétude, partagée par l’immense majorité des Guinéens. En substance que dit ce jeune compatriote sans s’en rendre compte ?
1- Que la Patrie en tant que Terre reçue de nos Ancêtres n’existe pas. D’ailleurs, à aucun moment, il n’emploie le terme de PATRIE.
2- Que le pays, (pour lui il n’y a pas de patrie) c’est tout simplement un espace géographique quelconque où se sont agglomérées des populations hétéroclites.
3- Conséquence des deux premiers postulats : puisqu’il n’y a pas d’autochtones, il n’y a pas de Patrie, n’importe qui est fondé à s’emparer de la magistrature suprême de notre patrie. Donc, Sékou TOURE par le passé, et maintenant Lansana sont légitimement en droit d’humilier nos compatriotes et d’abîmer la Terre de nos Ancêtres.
On peut facilement imaginer que dans un futur plus ou moins proche, le premier venu d’ailleurs, s’il est d’une certaine habileté manœuvrière, s’installe à nouveau à la tête de notre pays, peut être avec l’indifférence de notre jeune compatriote. C’est ma première inquiétude. Que d’éventuels lecteurs m’en excusent, mais on ne peut pas échapper aux déformations de sa formation. Je reprends pour un instant mon manteau professoral.
Un pays, ce n’est seulement un espace géographique quelconque qu’occuperaient de vagues populations. C’est aussi une Patrie, c’est-à-dire la Terre des Pères identifiés, qui eux-mêmes l’ont reçue de leurs propres pères. Etc….
Nous avons l’obligation de la préserver, de l’entretenir et de l’améliorer si possible.
Et dans le pire des cas, la transmettre à nos enfants dans l’état où nous l’avons nous-même reçue de nos ascendants. Et c’est parce que nous y sommes attachés non pas raisonnablement, mais viscéralement, passionnément que nous pouvons recevoir les Autres.
La patrie, c’est la mémoire des Ancêtres, c’est la culture qu’ils y ont développée, c’est l’histoire qu’ils y ont bâtie, c’est une alchimie indéfinissable de sentiments qui vous font vous sentir que vous êtes issus des entrailles d’un espace historico-culturel.
Notre jeune compatriote ne me semble pas habité par la Passion de la Terre de ses Ancêtres.
De ce point de vue, je suis plutôt désolé pour lui, qu’inquiet. Car, j’ai la certitude qu’aucun jeune de sa génération (trentenaire) n’est disposé à laisser s’installer à la tête de la Patrie quelqu’un dont on sait bien qu’il a des attaches de cœur qui le lient à un pays autre que le nôtre.
Oui, par deux fois, notre pays a commis l’erreur monumentale de s’abandonner dans des mains de ceux dont la préférence allait plutôt à la Terre de leur père et grand-père. Chaque Guinéen sait que Lansana Conté se proclame de BISSAU. Il n’a jamais combattu que dans les rangs de la colonisation, ou pour la Guinée-BISSAU, qu’il présente à juste titre comme sa patrie.
Quant à Sékou Touré, je reprends à mon compte, la lumineuse explication de Mr. FADIGA.
« Le premier, Ahmed Sékou Touré dont le père Alpha Touré est venu directement de KAYES dans l’ex Soudan français, au début du 20ème siècle, il s’est fait redouter par la tyrannie en massacrant tous les valeureux enfants de notre pays qui lui portaient ombrage pour se faire un Nom et se construire une histoire qui relève de l’imaginaire…. »
Il n’y a ni racisme, ni xénophobie à dire cela. Chacun sait aujourd’hui avec précision dans quel état il a laissé notre patrie. Chacun voit bien l’acharnement que Lansana Conté et Facinet FOFANA (l’ex-ministre des mines) mettent à piller et à détruire notre pays.
Personnellement, j’invite tous les Guinéens, où qu’ils se trouvent à lire et à relire les judicieuses préconisations de notre compatriote Sékhou Chérif FADIGA. Notre pays doit devenir une terre ouverte, accueillant tous ceux qui veulent s’y installer et y vivre.
Il faut être clair : seuls les autochtones ont vocation à le diriger.
Est-il écrit quelque part que de toute l’Afrique Noire, seuls les fils authentiques de la Guinée sont interdits d’accéder au pouvoir dans le pays de leurs Ancêtres ?
Je le dis d’autant plus librement que mon propre grand-père vient de Bhoundou (Sénégal). Je rappelle à tous nos jeunes compatriotes, que le « combat démocratique » ne signifie en aucune manière qu’on doit abandonner la Terre des Ancêtres dans les mains du premier venu. Au contraire, c’est d’abord tenir passionnément à sa Patrie. Evitons d’employer des grands mots comme « combat démocratique ».
Vous devez vous attacher à mener un combat de Patriotes afin de créer chez nous les situations suivantes :
1- un Etat républicain de droit dont les institutions ne doivent en aucun cas être falsifiées par un clan, quel qu’il soit.
2- la magistrature suprême ne peut être obtenue que suite à une vraie élection, libre et transparente. Elle ne peut être ouverte qu’aux fils et filles de ce pays. Sékou Touré n’en était pas. Lansana Conté non plus. L’expérience prouve que tous les peuples qui se sont abandonnés dans les bras de personnes venues d’ailleurs, sont tombés dans la déchéance, en Afrique comme ailleurs.
3- la préservation, l’élargissement et la consolidation des libertés fondamentales de l’être humain
4- la réalisation d’infrastructures collectives sans lesquelles aucune activité économique individuelle ou collective n’est possible.
Apprendre les concepts occidentaux, c’est bien. Nous avons à apprendre d’eux. Mais il faut les maîtriser, et les maîtriser très bien pour être capable d’en extraire ce qui peut être opératoire dans nos contrées.
Par Mamadou Billo Sy Savané, Rouen, France
Mon contact : mamadoulinsan@wanadoo.fr
Une Correspondance pour Nlsguinee.com
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