Guinée : Les dettes, les dates et les prédateurs
samedi 20 mai 2006
Les questions sont graves. Quels sont le déficit du Trésor public, les secteurs et les personnes bénéficiaires des sorties hors budget ? Quelle est la destinée de ce magot ? Ces soi-disant dépenses sont-elles inscrites dans la loi des finances adoptée par l'Assemblée nationale, ra tifiée et promulguée par le Président de la République ?
Dette du Trésor public auprès de la Banque Centrale
Au 31 décembre 1999, la dette du Trésor public auprès de la Banque Centrale cubait autour de 125 milliards de francs glissants. L'équipe du Ministre des Pitances d’alors, Le Cas- Sorry Fofana, s'était engagée sur un agenda très strict, résorber le déficit à bref délai, 24 mois maximum. Mais en janvier 2000, Le-Cas- Sorry est remplacé par Cheick-la-Galère, directeur du cabinet du Premier Ministre de l'époque, Lamine Sidi… mais. Cheick-la-Galère fera exploser le déficit. Au 21 décembre 2001, celui-ci sera de 274 milliards de francs glissants. Une détérioration de plus de 149 milliards de francs glissants, la moyenne délirante de 15 milliards par mois.
Au 31 décembre 2003, le déficit avait atteint le pic vertigineux de 840 milliards de francs glissants, compte non tenu des dépenses non impactées. Le rythme des 15 milliards par mois de déficit sera maintenu tout le temps que Cheick-la-Galère demeurera à la tête du Mystère de nos Pitances. Au 21 décembre 2001, on se souvient, le Président de la République avait qualifié ses ministres de voleurs et de menteurs, devant les caméras et devant tout le monde. Il avait pris connaissance de l’hénorme déficit du Trésor auprès de la Banque Centrale. Le ministre des Pitances avait tenté de faire remonter ce déficit à la Première République. L'alibi de la rébellion, avec les wagons de dépenses militaires et sécuritaires viendra plus tard, au moment des attaques des rebelles, septembre 2002. On n’aura jamais inventé ni utilisé aussi éhontement argument aussi bidon, prétexte aussi fallacieux. Le ver était déjà dans le fruit, le pli pris dès les premiers mois de ministrance du Cheick-la-Galère. Mamadou Sylla, Roda Fawaz, Guido Santullo, en un temps record, deviennent puissantisimes. Les sommes pharamineuses que ces messieurs se tapent leur brûlent les doigts. Ils se hâtent de s'en défausser sur le marché noir, sans barguigner. Au bout des comptes, grâce aux exonérations, exemptions, surfacturations et fraudes commerciales en tous genres, ces affairistes pouvaient mille fois rattraper les éventuelles pertes provenant du change. Ces mousquetaires ont toujours bénéficié de l'appui, de la complaisance et des soutiens du Cheick-la-Galère et de son mentor, Lamine Sid…mais. De ce trio fameux et fumeux, personne n'est fonctionnaire ni ne l'a été jamais; de ce fait, aucun des trois ne peut, par sa signature, engager l'Etat guinéen, ni obliger à paiement les circuits financiers du Mystère des Pitances. N’étaient la diligence, la complicité du Ministre des Pitances, de celles de Faux-dé Soumah, ci-devant vice-gouve de la BCRG, en connivence avec Lamine Sidi…mais, les dégâts seraient moindres sinon maîtrisables.
Le ministre des Pitances est seul autorisé à engager financièrement l'Etat et l'unique personne habilitée à mouvementer les comptes du Trésor. Cheick-la-galère a usé et abusé de ses prérogatives, à son seul profit, à des fins inavouées que lui seul sait.
Nos réserves en devises ont fondu comme beurre au soleil à cause qu’on ne gagne que de la gnognote avec les compagnies minières comme Rusal de Pantchenko, comme AREDOR, avec Kim de SODEFA et de Forêt-Forte. Or, nos sources de devises sont constituées par les revenus d'exportation de nos produits miniers, agricoles et marins. S’y ajoutent les emprunts, subventions et dons de l'Extérieur. Ces sources ont tari du fait de la mauvaise gouvernance, du déficit de démocratie et de la corruption généralisée.
La mauvaise gouvernance, la démocratie déficitaire, la malgérance ont fini de décourager nos partenaires au développement qui, échaudés, ne tiennent pas à jeter leur pognon par la fenêtre.
Nos finances publiques se sont affaissées au cours des mandats respectifs du Cheick-la-galère et du Faux-dé Soumah, aux Finances et à la Banque Centrale. Les responsables sont ceux qui ont coopté ces deux-là dont le pedigree et l’itinéraire sont connus de tout le monde. Ces deux-là ont jeté nos Finances dans une situation calamiteuse, catastrophique, qu’il va être difficile de redresser sans une volonté politique forte, sans le soutien de nos partenaires au développement.
Nos gouvernants abandonneront-ils leurs mauvaises habitude et pratique en matière de gouvernance, se convertiront-ils au dialogue politique, instaureront -ils la transparence et restaureront-ils l'autorité de l'Etat ?
Les dossiers qui atterrissent au fichier informatisé de dépenses manquent tous de pièces justificatifs. Le volume des factures à régler est si grand que les fonctionnaires baissent les bras, renonçant à traiter la totalité des dossiers des PME, bénéficiaires légaux des marchés inscrits au budget de l'Etat. Quant aux méga dossiers, les fonctionnaires les aperçoivent à peine, sinon de loin, très loin même.
Touchant ces dossiers, les accusations de corruption sont simplement de la calomnie. Les instructions à exécuter dare-dare viennent directement du cabinet du ministre.
Pouvoir solitaire
Exemple, entre mille de l'exercice solitaire du pouvoir, le rapport de l'audit de Yans-la-glisse relatif au contentieux Etat-Futurelec.50 000 000 Francs Français octroyées au Groupe Futurelec par la Présidence de la République pour l'achat de matériels destinés à l'ECOMOG. Sur la base d'un simple marché de gré à gré.
Une commande de tracteurs au groupe Futurelec par la présidence de la République au montant astronomique de 13 000 000 USD. Les ministères de tutelle, Défense et Agriculture, ne sont pas consultés pour ces opérations.
Les camions de collecte des ordures destinés aux communes urbaines ont été acquis à des prix exorbitants sans que ni Gouvernorat, ni Mystère de l'Administration du Trottoir n'en aient esquissé le besoin. Ils ont été convoqués, un matin, pour se retrouver avec des véhicules flambant neuf entre les mains. Ils se débrouilleront pour les pièces détachées et la maintenance. Le marché a été réglé en haut lieu avec des affairistes véreux, parfois qui ont suscité la commande. Tout cela est rendu possible à cause que nos chefs ne voient pas l’importance des structures en place, l’importance du service des cadres confirmés, compétents et intègres.
Les institutions républicaines, Assemblée nationale, Cour suprême, Conseil Economique et Social, Cours des comptes, ne jouent pas leur rôle. Ceux qui sont à leur tête, nommés suivant des critères peu objectifs, n'ont pas conscience de leur mission républicaine. Ils se sentent plus redevables à celui qui les a désignés qu’au peuple qui les a mandatés.
Source : Le Lynx du 08 mai 2006
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