Guinée : « LE CANCER DE L’OR NOIR »
vendredi 19 mai 2006
Cher(e)s compatriotes, aujourd’hui il est très avantageux d’être pays producteur de pétrole et surtout d’être membre de l’organisation des pays producteurs et exportateurs de pétrole(OPEP).
Cependant, ce n’est pas le cas de la Guinée et, d’ailleurs, de la majorité des pays consommateurs de pétrole. Le monde est de plus en plus accro à l’or noir, tout marche sur pétrole, gaz naturel,…, et d’autres produits dérivés du pétrole.
A présent il y a un problème qui se pose, un problème de plus en plus récurrent : la flambée des prix du pétrole, du baril. Cette flambée des prix entraîne toute sorte de conséquences dans ce monde ultra industriel, ce monde de croissance économique, ce monde capitaliste, ce monde à la recherche du profit maximum.
Evidemment, qui dit flambée des prix, dit également augmentation des coûts et charges des entreprises.
Qui dits augmentation des coûts, dits également baisse du profit ou augmentation des prix.
Qui dit augmentation des prix, dit également inflation et nous vivons tous les conséquences de l’inflation : Récession économique, morosité des activités économiques et donc augmentation du chômage.
Cependant, la Guinée vit autrement cette crise du pétrole car malgré qu’elle soit loin d’être industrialisée, elle reste de plus en plus accro à l’or noir.
Imaginons un peu comment réagirait, un grand dealer consommateur de stupéfiant et un petit délabré aussi consommateur, à une augmentation du prix du stupéfiant. Sûrement que le petit consommateur en souffrirait plus car il se départirait de tout son revenu pour acquérir son stupéfiant auquel il est accro au risque même de n’avoir plus rien pour se nourrir. C’est le cas de la Guinée. Les détails, nous les vivons tous avec cette inflation galopante et croissante dont nous ne pouvons que retarder avec le cycle infernal : « inflation - Augmentation des salaires – inflation. »
En effet cher(e)s compatriotes, la Guinée est quasi-condamnée à l’esclavage pour le pétrole. Nous travaillons pour le pétrole, car toutes les recettes et entrées servent à la facture pétrolière. Le pétrole, en Guinée contrairement aux Nations industrialisées, est plus qu’une question de maintient de l’économie mais en plus c’est une question vitale et de survie de la Nation.
A présent, vu qu’il y a un problème, comment aider le petit délabré de la rue à se nourrir malgré une augmentation du prix du stupéfiant ? Comment stimuler la croissance économique malgré une augmentation de la facture pétrolière ?
Nous allons analyser la question en commençant par les ordonnances les plus invraisemblables pour finir avec les solutions les plus rationnelles et vraisemblables.
Recommander à notre patient d’arrêter la consommation du stupéfiant
Est-il réellement possible aujourd’hui d’abandonner la consommation du pétrole ? Sûrement pas car aucune énergie renouvelable moins coûteuse, moins polluante et moins risquée n’est encore disponible. Alors notre patient devra encore continuer à consommer ce stupéfiant malgré l’augmentation des prix.
Mais quel calmant pouvons-nous lui conseiller pour réduire sa dépendance et lui permettre d’acquérir des biens de consommation pour se nourrir ?
S’endetter ?
L’endettement est peut être le moyen le plus usité pour l’heure par beaucoup d’Etats pour parvenir à supporter cette facture pétrolière croissante. Mais dans le cas de la Guinée, la dette déjà contractée pèse de tout son poids dans le budget de l’Etat, à tel point qu’il serait presque impossible d’obtenir une dette supplémentaire. De plus il serait carrément impossible après remboursement de l’annuité de la dette, de dégager un restant pour non seulement redistribuer des salaires et investir.
Raison pour laquelle la planche à billet joue pleinement son rôle en Guinée.
Ainsi en s’endettant, notre patient pourra payer sa consommation de stupéfiant et sa ration à court terme, mais à moyen terme il serait condamné non seulement d’acheter sa consommation de stupéfiant à des prix plus élevés mais en plus il serait obligé de rembourser des annuités de plus en plus élevées ce qui lui conduirait à la faillite totale.
Alors quelles autres solutions ?
Rationner la consommation de stupéfiant
Rationner la consommation du pétrole veut tout simplement dire :
- Déterminer le besoin annuel global en pétrole ;
- Déterminer les secteurs/acteurs, par ordre croissant ou décroissant, selon leur besoin en pétrole ;
- Identifier les secteurs/acteurs vitaux et prioritaires pour le développement et la croissance du pays ;
Puis procéder à une réduction du besoin global en pétrole :
- En fixant un prix trimestriel moyen, ou semestriel et voire même annuel moyen du pétrole (carburant, et produits dérivés) ;
Ensuite agir sur les facteurs autres que le prix pour influencer cette demande globale en faveur des secteurs/acteurs vitaux, prioritaires de l’économie tout en contraignant les secteurs/acteurs non prioritaires:
En multipliant, par exemple, par 4 ou 5 les taxes liées aux transports individuels et personnels ;
- En organisant le transport public et en encourageant les acteurs à investir dans le secteur du transport en public ;
- Sensibiliser la population à l’utilisation des énergies solaires ou substituables au pétrole en subventionnant jusqu'à 1/3 voire 2/3 de leurs valeurs d’acquisitions ;
- En négociant de bons contrats avec des pays exportateurs de ces énergies substituables en leur assurant un marché assez vaste ;
- Réduire le marché des groupes électrogènes en multipliant par 4 ou 5 les taxes liées à leurs importations ;
- Lancer des projets de barrages hydroélectriques, tout d’abord en utilisant rationnellement ceux existant puis en négociant l’établissement de nouveaux barrages dans le moyen terme ;
- Lancer un vaste programme de repérage des consommateurs informels et insister sur le recouvrement des factures électrique ;
Ce sont là quelques facteurs qui peuvent bien influencer directement ou indirectement la demande globale sans pour autant toucher au prix à la pompe.
Une fois le besoin global annuel déterminé, les secteurs et acteurs prioritaires déterminés, puis une fois qu’on ait pris des mesures de réduction de la demande indépendamment du prix, il ne nous reste plus qu’à trouver les moyens nécessaires pour payer la nouvelle facture pétrolière réduite.
Vue l’importance qu’occupe le pétrole aujourd’hui dans la croissance économique et le développement des Nations, il serait carrément préférable, de voter une « loi de l’or noir », à l’image de la loi des finances (Budget de l’Etat), chaque année à l’Assemblée Nationale.
Prendre la question du pétrole à la hauteur de son importance en le gérant indépendamment des autres affaires de l’Etat, même s’il y aura une certaine relation entre la « loi de finance » et la « loi de l’or noir ».
En effet, la loi de l’or noir sera comprise dans la loi de finance. Une fois la « loi de l’or noir » (Budget de l’or noir) votée, alors nous aurons :
Du côté des dépenses :
- La valeur brute du besoin annuel global en pétrole ;
- Les dépenses de fonctionnement liés au nouveau portefeuille chargé de l’énergie ;
- Autres frais.
A présent comment équilibrer le budget de l’or noir en remplissant ses recettes ?
J’évoque ici, la notion de « secteurs substituts », c'est-à-dire des secteurs de l’économie qui ne serviront qu’a financer la facture pétrolière, des secteurs qui ne seront exploités que dans le seul intérêt du financement de la facture pétrolière sauf en cas d’excédent et sous autorisation de l’Assemblée Nationale sera permis de toucher aux recettes de budget de l’or noir.
Ces secteurs peuvent être entre autres :
Les recettes liées :
- A l’exploitation de la bauxite et l’alumine
- A l’exploitation de l’or
- A l’exploitation du diamant
- A l’exploitation du fer
- A l’exploitation des autres secteurs miniers
C’est la formule : « Or noir = Or jaune+Diamant+Fer+Bauxite »
Par ailleurs, cette solution ne peut être possible qu’à moyen et long terme car il faudrait auparavant :
- Redynamiser entièrement le secteur minier guinéen en encourageant l’investissement étranger sur le secteur, tout en insistant sur un patriotisme économique équilibré, et surtout en insistant sur la transformation sur place pour aussi, du coup, créer de l’emploi et redistribuer des revenus.
- Le portefeuille chargé de l’énergie devra être indépendant des autres portefeuilles de l’Administration et il devra être confié à l’équipe réputée la plus dynamique possible, pour ne pas dire privatiser la gestion du portefeuille, tant il devra être pris au sérieux car l’équilibre de l’économie en dépend.
Si les recettes des secteurs substituts suffisent à financer la facture pétrolière, l’économie du pays se portera bien, par contre si nous assistons à un déficit c’est qu’il faudra grignoter ailleurs.
Cependant, si nous orientons tous les secteurs miniers vers le financement de la facture de l’or noir, qu’est ce qu’on aurait comme recette pour équilibrer le budget de l’Etat afin de redistribuer les salaires, investir dans les moyens et voies de communication, les infrastructures de bases (hôpitaux et écoles),… ?
En un mot qu’est ce qui nous permettrait de stimuler la croissance économique ?
C’est une toute autre orientation, une orientation axée sur l’extérieur et les services. Une orientation qui mise sur les recettes fiscales, les recettes douanières en s’appuyant sur des secteurs comme l’agriculture, la pêche, l’élevage, les services, l’artisanat,….
Cela suppose, une diplomatie de premier ordre pour dénicher des marchés et inciter les résidents guinéens à l’étranger, les partenaires bilatéraux et les partenaires multilatéraux à investir dans ces secteurs car plus ils investiron,t plus nos recettes fiscales augmenteront et plus la richesse augmentera…
Tout simplement, il faudrait que l’Administration se débrouille sans le secteur minier, et je dirai que ce ne serait possible que lorsque :
- Nous aurons assainit le fonctionnement de l’Administration,
- Nous aurons éradiqué la corruption
- Nous aurons réussi à inculquer l’esprit de compétitivité au sein de l’Administration publique, un dynamisme à l’image du secteur privé et ce dynamisme ne peut être que le fruit et la conséquence d’un patriotisme remarquable.
Une fois ces conditions remplies, alors nous récolterons les recettes nécessaires pour financer les dépenses de fonctionnement et d’investissement de l’Etat sans toucher aux secteurs de substituts consacrés à la facture pétrolière.
Cependant, il ne faudrait pas rêver, car non seulement toutes ces solutions ne sont envisageables qu’a moyen et long terme, mais en plus elles reposent sur « une équipe, un leadership soudé » et constitué de diplomates fins qui pourront assurer une certaine stabilité politique du pays pour encourager les investisseurs. Bref, un leadership nouveau !
Cher(e)s compatriotes, il n’est pas interdit aussi de rêver, alors imaginons un peu combien ce projet serait louable sur le moyen et long terme, car une fois le secteur minier guinéen entièrement redynamisé, nous parviendrons non seulement à créer de la richesse en Guinée mais en plus le poids du pétrole ne se fera pas du tout sentir sur le budget global de l’Etat.
Ce qui favoriserait de plus l’Etat à agir, avec une ouverture sur mesure au monde extérieur basée sur une diplomatie de première classe et exemplaire qui permettrait de créer de l’emploi sur le territoire national et donc de redistribuer des revenus.
Ce qui encouragerait la population à consommer plus car la part du revenu relatif au carburant sera de plus en plus négligeable…
Et à partir de se moment nous tendrons vers une croissance stable.
Par ailleurs et comme le laisse entendre cette affirmation du père de l’école de Chicago, Milton Friedman : « Rien n'est plus durable qu'un programme gouvernementale temporaire. » Durable parce que les décisions hâtives entraînent des maux économiques durables.
Pour confirmer cette citation : voilà la Guinée atteint du « cancer de l’or noir » ; et pire encore, par manque de traitement approprié, nous sommes à la phase terminale du cancer.
Le Président Lansana Conté cède peu à peu, les globules blancs (la richesse) ne suffisent plus à sauver les globules rouges (la population).
Ceux (opposants) chargés de sacrifier leur sang pour sauver les globules rouges attendent que ces derniers soient complètement atteints.
Oh ! Mon pauvre pays !
« Vive la voix de la jeunesse, vive un leadership soudé et nouveau, vive les propositions pour que vive enfin la Guinée !!!»
Par Mamadou Oury Diallo
Contact : chiccodiallo@yahoo.fr
Représentant de Nlsguinee.com au Maroc
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