samedi 14 juin 2014
L’opposition parlementaire vient de prendre une décision qui fait froid au dos. Elle se retire à l’assemblée nationale. Laissant seul le parti au pouvoir à l’hémicycle. La goutte d’eau qui a fait déborder le vase est le refus que l’un des partis membre de l’opposition tienne son congrès au palais du peuple.
Cela s’appelle un retour à la case départ. Car si l’opposition ne s’exprime pas à l’assemblée elle va le faire dans la rue. C’est dire que les Guinéens risquent de renouer avec les manifestations de protestations et de contestations avec leurs corollaires de répressions.
C’était trop beau on a envie de s’exclamer. C’était trop beau pour être vrai dans ce pays qui s’appelle la Guinée. Une démocratie qui fonctionne avec les trois pouvoirs : l’exécutif, le législatif et le judiciaire. Si le troisième bat toujours de l’aile les deux premiers commençaient à bien fonctionner.
C’était sans compter avec une classe politique intolérante et inconséquente. Une classe politique qui veut une chose et son contraire. Car il faut des démocrates pour faire fonctionner une démocratie.
Mais la Guinée a instauré une démocratie sans démocrates. Sinon comment expliquer qu’un pouvoir démocratique puisse mettre le pied dans le plat et refuser l’accès à un parti politique légalement constitué et de surcroit ayant dix députés à l’assemblée nationale à un des lieux les plus symboliques de ce pays ?
Pourquoi, comme le président Lansana Conté et le capitaine Moussa Dadis Camara, le professeur Alpha Condé s’est entouré des gens qui lui disent que si ce n’est pas lui c’est le chaos. Le chef de l’Etat sait-il qu’il n’a pas un avenir politique sans cette opposition qu’il diabolise. Cette opposition parlementaire constitue une caution morale pour lui. Si lui n’est pas indispensable à la survie de cette opposition, elle, elle lui est indispensable.
Or, comme ses prédécesseurs, le président cherche toujours à s’entourer des extrémistes qui usent et abusent des ruses. Ils ne lui rendent pas souvent service comme ils le prétendent. En réalité ils ne défendent que leur intérêt incompatible et inconciliable avec la démocratie et l’Etat de droit.
L’UFR s’est fait rouler dans la farine en déboursant de l’argent pour louer une salle en vain. Mais le pouvoir risque d’être roulé dans le ciment. Car il aurait dû se passer de cette victoire contre l’UFR. Cette dernière a perdu mais a paradoxalement gagné. Le parti a réussi à présenter le vrai visage du pouvoir. Il se frotte les mains.
Même si c’est vrai ce refus ne saurait être un motif suffisamment raisonnable pour que l’opposition parlementaire se retire de l’assemblée nationale. C’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.
Les vraies raisons de cette décision regrettable sont à chercher ailleurs. Notamment du côté de la CENI et du non-respect des accords de juillet 2013 qui ont justement permis l’élection des députés qui s’apprêtent à renouer avec la rue après quelques mois de pause. Pauvre de Guinée.
Habib Yembering Diallo
Analyste et Correspondant de www.nlsguinee.com en Guinée
Contact : habibyambering@yahoo.fr
Tel: (+224) 62 29 11 95
Pour www.nlsguinee.com
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