dimanche 20 avril 2014
Le lauréat du prix Nobel de littérature d’origine colombienne qui vient de mourir à l’âge de 87 ans restera un géant dans les annales de la littérature. Gabriel Garcia Marquez aura su exploiter avec génie les particularités de la culture colombienne pour déboucher sur un universalisme chaleureux. Il aura écrit, mû par une volonté de narrer la misère humaine et les incongruités du monde, dans le style des contes et de la tradition orale.
Sa production littéraire est remarquable par sa grandiose ambition. Garcia Marquez avait dit qu’il s’appuie sur les dix mille ans de tradition écrite de l’humanité : la bible, Don Quichotte, l’Iliade et l’Odyssée etc. Mais aussi sur les contes de sa grand’mère, les folklores locaux, ainsi que son expérience de journaliste qui lui permit de s’ancrer dans la réalité ambiante pour livrer au monde une inoubliable œuvre. Il avouera être friands des rumeurs et des faits divers des journaux.
Gabriel Garcia Marquez eut du mal à s’affirmer comme écrivain face au carcan des académismes. Mais quand un éditeur lut Cent Ans de Solitude, il fut enchanté. Il livra au monde hispanique l’immense œuvre. Elle sera ensuite traduite en plus de 20 langues et vendue à plusieurs dizaines de millions d’exemplaires.
Gabriel Garcia Marquez fut gêné par ce succès. Il avait peur que le renom ne tarisse son inspiration. Sa peur salutaire était infondée. Il publiera plus de 15 romans qui furent tous des best-sellers. La critique continue à associer Garcia Marquez à Cent ans de Solitude. Elle fait ainsi une part injuste aux autres romans qui sont tous, tout aussi savoureux. En particulier l’Automne du Patriarche.
Ce roman est un défi au lecteur et une agréable douche. Tout y tourne autour d’un exécrable dictateur qui semble être le condensé de toutes les tares humaines. Sa vie qui s’étend sur plus de deux siècles est consacrée à jouer à cache-cache avec le destin de la mort avec de tragiques tricheries et tous les subterfuges qu’autorise le pouvoir absolu.
Dans un festival de mots, avec la magie d’une imagination fertile et des phrases qui s’étendent sur de dizaines de pages, l’auteur traite dans un souffle effervescent de la condition humaine et des fourvoiements des peuples : des cycles des décadences alternent avec des dérisoires bravoures, des amours corrompus habitent mal les âmes tétanisées par l’imbécillité au pouvoir.
Dans l’univers invalide qui en résulte les tremblements de terre ont l’allure de punitions divines, les météorites et les éclipses font écho aux croyances effarées des populaces soûlées d’ignorance à dessein ainsi qu’aux infantilismes d’un chef attardé. Dans l’arrière fond s’affrontent - dans une lutte toujours inégale - la ligue de l’ignorance et du confort sadique des médiocres contre les désirs diffus et jamais éteints de justice et de liberté.
N’est-ce pas un monde familier ? Le roman le dépeint avec une ampleur artistique qui étreint l’esprit mais aussi, souffle sur l’âme des vents de réconfort et de joie.
Garcia Marquez s’inscrit dans la lignée des écrivains militants de l’Amérique Latine engagés contre les latifundiaires et des dictatures militaires avec leurs caudillos folkloriques et cruels : Pablo Neruda, Manuel Scorza, Miguel Angel Asturias etc. Il aura contribué de son poids moral et financier au soutien de nombreux mouvements de libération et d’émancipation. En particulier contre Pinochet.
Paradoxalement, jusqu’au bout il aura été un ami intime de l’un de ces caudillos en voie d’extinction, Fidel Castro. En réaction plus à l’impérialisme américain sur le sous-continent sud-américain pendant des siècles. Pendant des dizaines d’années, les US le lui rendront en lui refusant un visa. Président Clinton leva l’interdiction en 1995 et invita personnellement l’écrivain.
L’œuvre de Garcia Marquez éduque, divertit et illumine avec les outils inaltérables des idées sous des mots luxuriants. L’homme nous laisse un testament de lucidité qui dit que "le mensonge est plus confortable que le doute, plus utile que l'amour, plus durable que la vérité".
Un regard ironique sur des questions centrales de la vie: "le problème avec le mariage, c'est qu'il se termine tous les soirs après l’amour, et il doit être reconstruit chaque matin avant le petit déjeuner".
Un clin d’œil sur le passage du temps et le secret de la créativité : "ce qui importe dans la vie n'est pas ce qui vous arrive, mais ce dont on se souvient et comment on s’en souvient".
Ainsi qu’une cure contre le vieillissement dont il savait depuis quelques années qu’il allait avoir raison de lui. "Il n'est pas vrai que les gens arrêtent de poursuivre des rêves parce qu'ils vieillissent, ils vieillissent parce qu'ils arrêtent la poursuite leurs rêves.”
Bah Ourouro Bah
PS : Note sur la nouvelle signature. Un Sanakou s’est moqué de moi en disant que je fais du pléonasme en alignant Bah et Ourouro. J’aggrave mon cas en ajoutant un autre Bah.
Tranmsmis par Bah Ourouro Bah
Pour www.nlsguinee.com
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