jeudi 17 avril 2014
Lorsque le Sénégal a décidé de fermer sa frontière terrestre avec la Guinée, les Guinéens n’ont pas compris. Et à commencer par le premier d’entre eux. Mais la gifle est venue de la Gambie.
Ce petit pays dirigé par un homme aux agissements d’une autre époque, va plus loin. Il décide de suspendre les vols à destination et en provenance de la Guinée et de deux autres pays.
Le docteur Yayah Jammeh, comme on l’appelle dans son pays parce qu’il prétend soigner et guérir le SIDA, a franchi le Rubicon. Ce mégalomane connu pour ses frasques a enfoncé le clou dans la publicité dont la Guinée se passerait volontiers depuis près d’un mois. Comble de paradoxe, lorsqu’une telle décision vient de l’espace CEDEAO avec la fameuse libre circulation des personnes et des biens.
En effet, si tous les Etats du monde emboitaient le pas à la Gambie, la Guinée et ses habitants seraient mis en quarantaine. Il ne nous resterait plus qu’à périr dans la mesure où même ceux d’entre nous qui ont les moyens de prendre l’avion pour aller se faire soigner à l’étranger ne pourraient plus quitter la Guinée.
Ceci expliquant cela, c’est parce que justement nous n’avons pas les infrastructures sanitaires nécessaires que ceux d’entre nous qui peuvent s’offrir ce luxe quittent le pays pour espérer vivre plus longtemps. Les autres, l’écrasante majorité, sont livrés à eux-mêmes. Dans la plupart des préfectures de la Guinée il n’existe même pas un laboratoire d’analyse biomédicale pour juste un examen de selles.
En même temps que nous protestons contre la décision sénégalaise de fermer sa frontière avec nous, en même temps nous sommes obligés d’envoyer des échantillons de prélèvement pour les analyser à Dakar. Première destination de nos malades aussi. Si c’est cela notre indépendance depuis 56 ans, alors nous devons tous crier en chœur : nous regrettons d’avoir préféré l’indépendance dans la pauvreté.
Au lieu de s’offusquer une nouvelle fois contre la décision gambienne, nous devons nous interroger. Pour savoir comment nous en sommes arrivés là. Et surtout comment rectifier le tir. La Guinée fait la risée du monde. A cause d’Ebola qui traverse toutes les frontières pour atterrir chez nous. Comme si les pays suffisamment dotés par la nature ont une malédiction. Sinon comment expliquer que l’Ex Zaïre et la Guinée soient parmi les pays les moins lotis du continent.
Plus que jamais Ebola devrait jouer un rôle déclencheur d’une conscience nationale pour que les Guinéens oublient leur différend et leur différence afin de s’atteler à l’essentiel.
Encore une fois, cette épreuve nous a montrés que nous avons un sort commun dans ce pays. Car les Etats qui ont décidé de nous mettre en quarantaine ne distinguent pas les Guinéens. Ce sont tous les habitants de la Guinée, du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest qui sont concernés.
Alors, désormais nous n’avons que deux choix : s’unir pour résister ou se diviser pour disparaître. On nous ferme les frontières à cause d’Ebola, ne souhaitons pas que ce soit pire qu’Ebola, ils vont nous laisser mourir en Guinée et entre Guinéens.
Habib Yembering DIALLO
Analyste et Correspondant de www.nlsguinee.com à Conakry
Contact : habibyambering@yahoo.fr
Tel: (+224) 62 29 11 95
Pour www.nlsguinee.com
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