Mali - BENIN : Nicolas Sarkozy, « Le sans papiers » en Afrique
mercredi 17 mai 2006
« En 1441-1442, une expédition dirigée par Antan Gonçalvez et Nuno Tristam ayant débarqué non loin du cap Blanco captura dix Africains et les emmena au Portugal. Deux de ces Africains déclarèrent qu'on paierait pour eux une grosse rançon dans leur pays. On les ramena alors en Afrique, et Gonçalvez reçut en échange « dix esclaves noirs, hommes et femmes, natifs de contrées différentes, et diverses marchandises parmi lesquelles un peu de poudre d'or » [63, p. 55-56].
Les autres esclaves furent vendus à Lisbonne pour un prix très élevé. Il devint évident que la capture d'esclaves en Afrique et leur vente en Europe pouvaient devenir une affaire des plus lucratives. Après cette première vente réussie d'Africains, les navigateurs portugais se mirent à ramener des esclaves à chacune de leurs expéditions en Afrique. Quelques années plus tard, encourageant l'expansion du Portugal et espérant obtenir de gros bénéfices, le pape Nicolas V publiait une bulle spéciale qui accordait au roi du Portugal le droit non seulement de conquérir des terres mais de réduire aussi en esclavage les païens, tant dans les régions d'Afrique découvertes à cette période que dans celles qui seraient découvertes plus tard ». (Extrait de « Afrique: Quatre siècles de traite des Noirs… »
Bien avant l’arrivée sur les côtes africaines de l’expédition portugaise dirigée par Antan Gonçalvez et Nuno Tristam, la côte Est de l’Afrique avait déjà connu, des siècles durant, la traite des Noirs avec les pays arabes et les Indes de sorte que le prophète de l’Islam avait exhorté les fidèles musulmans à affranchir leurs esclaves. L’Eglise catholique a reconnu ses erreurs pendant la traite des Noirs et l’holocauste et a fini par présenter ses excuses avec humanisme.
Combien temps a-t-il fallu aux hommes politiques des anciennes puissances coloniales de reconnaître ce crime contre l’humanité et surtout, quand vont-ils œuvrer honnêtement pour une réparation ? Si la volonté politique est réelle, il faudra tout d’abord commencer par ne plus « receler » les biens que nous ont volés nos dictateurs et leurs complices. Et à défaut d’oser de les condamner ouvertement s’empêcher au moins de les féliciter lorsqu’ils bricolent la Constitution et les urnes pour gagner aux élections.
Nicolas Sarkozy arrive du 17 au 19 mai au Mali puis au Bénin 566 ans environ après l’expédition des portugais Antan Gonçalvez et Nuno Tristam. Pas pour ramener comme Gonçalvez et Nuno Tristam quelques esclaves mais plutôt expliquer comment ces derniers pourraient convenablement s’expatrier. Et il appelle cela « Immigration choisie ». Ce n’est pas un « pillage ». C’est simplement « choisir » les meilleurs cerveaux de l’Afrique au lieu de créer les conditions nécessaires pour qu’ils restent chez eux. Bêtement, je ne trouve pas dans ce contexte une grande différence entre « piller » et « choisir » la façon de piller.
Ce que la France en tant que puissance coloniale à fait de l’Afrique, Les Etats-Unis, le Canada et l’Australie ne l’on jamais fait.
La comparaison, pour les africains qui ont subis les méfaits de la colonisation, c’est révoltant. C’est pourquoi, en dépit du fait qu’il a été rassuré par le président Amadou Toumani Touré qu’en République du Mali « il n’y a pas d’hospitalité choisie », il est fort probable que demain à Bamako, Nicolas Sarkozy sera « le sans-papiers en Afrique ».
Par Amadou Sadio Diallo
Contact : amadusd@yahoo.com
Une Correspondance pour Nlsguinee.com
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