samedi 22 mars 2014
La présence jadis de plusieurs de mes sœurs sur la Toile pour contribuer au débat sur la situation sociale et politique de la Guinée m’avait incitée à donner, à travers quelques écrits, mon opinion sur les questions de notre pays. Et j’avoue qu’en ce moment, je croyais et je rêvais d’une Guinée unie et prospère, sans discrimination de sexe, de religion ou de classe sociale.
C’était au temps où notre sœur Hadjidjatou Baud Barry créait son Site Guineactu, que je percevais comme une participation des femmes de Guinée à la promotion de la communication, en vue de faire émerger des idées novatrices qui inspireraient nos leaders de tout bord. Mon tout premier article a été publié sur le Site Neoleadership du frère Ly en même temps que sur celui de Mme Hadjidjatou Baud Barry.
Mais où sont-elles passées toutes ces femmes? Sont-elles comme moi absorbées par les multiples responsabilités qui meublent nos vies de femmes dans ce monde si chargé qu’elles n’ont plus de temps à consacrer à la réflexion?
Je ne voudrais surtout pas penser qu’elles sont sous la peur, la peur d’être jugée sur des a priori, la peur de ce gourdin sous forme écrite que nous font subir certaines interventions de nos frères sur les Sites de Guinée.
J’avais lu, entendu et même vu que les considérations ethniques sont en train de miner notre vie commune, à l’intérieur comme à l’extérieur de notre beau pays. Je n’avais jamais pensé que nous aurions pu atteindre certains niveaux de discours jusqu’à bafouer le respect que l’on doit aux femmes de Guinée en menant la lutte politique qui se transforme chez nous en combat ethnique.
Tout dernièrement, je suis tombée sur un article qui parle des éleveurs de la ville de Kassadou. J’ai lu l’article puis les commentaires sous l’article. Je fus choquée de lire ceci :
«DEBBO POULO NO WAAWI TUN MONÉE SI WOONA DHUN ALAA KO SORI E LEY DHI KULAADJI LUUBHHUDHI. KONO HEWTI KA MEN NAATA E NDER MON HA KA WONKI DJI MON BILAKORODJI».
Ce propos que je considère très fort traduit, à n’en pas douter, une perte de contrôle intolérable de ses émotions. J’ai dû faire appel à tout ce qui se dit sur les techniques de maîtrise de soi pour apprivoiser ma réaction.
Je considère d’ailleurs aujourd’hui que l’auteur de ce propos a pris le recul nécessaire pour mesurer la portée de son écrit. Il me rappelle l’autre propos à la veille des présidentielles encore bien choquant « une femme peulh n’a pas la capacité de mettre au monde un président de la République ».
En analysant ces propos on peut se rendre compte que ces genres de discours ne peuvent jamais venir d’un homme qui connaît la place de la femme dans nos sociétés, encore moins de quelqu’un qui peut assurer une fonction de conseiller ou de leader politique qui peut mobiliser pour apporter le changement dont on parle tant en Guinée.
Mon objectif ici n’est pas de faire taire nos frères sur ce que leur semble normale de dire mais juste attirer l’attention sur les sujets qui frustrent et fâchent. Nous sommes certes en démocratie et chacun est libre de ses pensées tout en assumant les pleines responsabilités des conséquences qui en résultent à moyen ou à long termes.
De mon point de vue, ce propos est porteur de deux effets aussi regrettables l’un que l’autre. Le premier est la stigmatisation de la femme Peuhle, singulièrement celle vivant un mariage «bi-ethnique». On jette l’anathème sur le DEBBO POULO, les REWBHÉ FOULBHÉ. Et quand les REWBHÉ FOULBHÉ sont insultées, c’est à toutes les femmes de Guinée que l’on s’adresse, qu’elles soient Soussou peulh, Malinké, Toma, Kissi, Guerzé, Lamdouma, Mikiforé, Baga Konianké, Toma manian, instruite, analphabète, femme de la ville ou femme rurale.
En effet, des femmes de toutes ces ethnies se retrouvent dans des mariages mixtes. A approfondir les réflexions, on pourrait dire tout simplement, Pauvres femmes vivant un mariage mixte!
Le choix de son époux ou de son épouse est une grande décision dont les motivations échappent le plus souvent à la personne externe. Aucune femme ne peut être fière du mauvais comportement de son mari, de son frère ou de son enfant mais le monde est ainsi fait.
En dehors de toutes ces considérations de tous ordres, le mariage est un acte sacré pour concrétiser l’amour et la confiance entre deux personnes. Et à cause de ces deux personnes, se crée une alliance entre deux familles et même plusieurs familles. Alors qu’on ne nous dise pas qu’à cause de la politique qu’il faut mettre toutes ses alliances dans les poubelles tout simplement parce que certains sont à court d’idée pour construire un programme et une stratégie politique.
On ne devient pas singe et puant parce qu’on n’est différent. Sur un autre registre, nous venons tous d’Adam e d’Ève, donc nous sommes tous des frères et des sœurs, des personnes d’égale valeur et d’égale dignité. Les meilleurs parmi nous sont ceux-là qui savent prendre de la hauteur et respecter les autres parce que tout simplement ce sont des êtres humains. On n’attire pas les autres en les méprisant.
Le mépris ne peut générer que le mépris, l’insulte à l’autre à cause de sa sœur ne peut produire que l’insulte envers soi ou son frère ethnique à cause de la sœur de l’autre. Le mépris est contagieux.
Il me semble que nous sommes en train de nous éloigner de la réalité en faisant des amalgames et en nous focalisant sur des considérations qui n’ont rien avoir avec la politique. Le mariage mixte est loin d’être le vrai problème de la Guinée. Le réel problème de la Guinée, c’est l’injustice, le mensonge, l’opportunisme, la démagogie, le complexe de supériorité, le culte de la personnalité, et le manque de programme et de stratégie politique véritables. C’est cela que nos frères doivent dénoncer.
Le deuxième effet qu’implique ce propos est l’incitation au repli ethnique que tous les gens bien sensés considèrent comme dangereux. A la vérité, ceci est tout simplement impossible dans notre Guinée qui, depuis plusieurs décennies, pratique ces types mariages, faisant ainsi de notre société un maillage d’alliances inter-ethniques sur lesquelles il faut bâtir, par lesquelles il faut résoudre les conflits et avancer.
En dehors même de chez nous, il y a plusieurs parmi nous qui ont épousé des hommes ou des femmes de couleur différente. Ils ont généré nos neveux et nièces, différents de nous en termes de couleur mais qui constituent un autre trésor apporté à notre société. Le monde d’aujourd’hui est un monde où prévalent le multiracial, le multiculturel et le multiethnique et où le repli ethnique n’a plus sa place.
Je voudrais terminer en en invitant les uns et les autres à œuvrer davantage à la production d’idées novatrices et de niveau plus élevé pour que s’instaurent un vrai débat, un combat légal et respectueux de ce que nous sommes, des frères et des sœurs condamnés à vivre et à construire ensemble.
On ne bâtit pas des stratégies et programmes politiques sur une articulation de propos injurieux et haineux qui fâchent, mais sur des idées qui attirent, motivent et mobilisent. Et c’est de cela que nous avons besoin pour changer la Guinée que nous sommes amenés à construire ensemble dans le respect de nos différences et sur nos valeurs communes.
Que Dieu Bénisse la Guinée et les Guinéens.
Madina Kouyaté Barry
Addis Abeba Éthiopie
Pour www.nlsguinee.com
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