jeudi 06 février 2014
Une fois n’est pas coutume, les députés à l’assemblée nationale sont tous sur la même longueur d’ondes. Pour la circonstance, il n’y a pas de députés du pouvoir ou de l’opposition. Tous défendent leur chapelle commune. Ils réclament 25 millions de francs par mois. Le sujet défraie la chronique.
Aussi bien de l’intérieur que de l’extérieur du pays, on ne parle que de cela. Dans leur quasi-unanimité, les Guinéens s’indignent et désapprouvent. Ils trouvent que nos honorables députés sont trop gourmands. Ils veulent tout pour eux et rien pour ceux qui les ont élus. Mais on pourrait aussi s’interroger sur le salaire du président de la République et celui des ministres.
Et surtout se poser la question de savoir si tous vivent de leur salaire seulement. Sur la base de ces deux éléments de réponse on pourrait faire une comparaison. Pour savoir si la demande des députés est disproportionnée.
Certes le montant réclamé par les nouveaux élus est faramineux pour le guinéen moyen. Certes la Guinée est confrontée à d’énormes difficultés. Certes les élus du peuple doivent plus que quiconque faire preuve d’empathie devant la misère noire des citoyens guinéens. Mais la question qui se pose est celle de savoir s’il faut tirer la Guinée vers le haut ou plutôt vers le bas.
Faut-il donc payer les députés comme les fonctionnaires en disant à ces derniers que même les hauts d’en haut sont mal payés et qu’ils doivent se contenter de leur salaire de misère éternellement ? Ou faut-il commencer à bien payer les députés en demandant à ces derniers de voter des lois afin que la mesure fasse tache d’huile à la fonction publique ? Et pourtant on dit dans ce pays que le fonctionnaire fait semblant de travailler et l’Etat fait semblant de le payer.
Si 25 millions sont trop pour les députés, il faut noter que certains salariés guinéens évoluant dans des multinationales ont un salaire qui avoisine ce montant. Sans compter une prise en charge médicale ainsi que d’autres avantages. Ce qui les met à l’abri du petit besoin. Ceux-là vivent. Tous les autres survivent. Exception faite pour les fonctionnaires qui confondent la caisse de l’Etat et leur poche et qui, avec un salaire d’un million, parviennent à construire des villas et à acheter des voitures.
L’un des maux dont souffre la Guinée est cette indélicatesse du sommet à la base. La réalité au sommet est aussi celle de la base. Par exemple un taximètre accepte de conduire un taxi avec un salaire de 100 000 francs par mois. Pendant que le cireur de chaussures gagne mieux. Le taximètre sait qu’il va subtiliser chaque jour la moitié de son salaire.
C’est un vol organisé à la fois par le patron et le salarié. C’est la même situation au niveau de tous les autres corps de métier. Vous payez le maçon qui construit votre bâtiment 500 000. Il accepte parce qu’il compte mettre à côté chaque jour au moins un sac de ciment. Pour éviter ce vol, vous êtes obligé d’embaucher un contrôleur. Finalement les deux s’entendent sur votre dos.
Il faut donc rehausser et rendre transparent les salaires de ceux qui nous gouvernent. Et exiger d’eux des résultats. Si vous donnez le même salaire au député que le fonctionnaire, il est fort à parier que élus vont s’entendre sur le dos du peuple pour signer des conventions et des contrats uniquement pour se remplir les poches. Comme hier.
Habib Yembering Diallo
Analyste et Correspondant de www.nlsguinee.com à Conakry
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