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    Guinée : Comment Dadis s’est fait piéger par Sékouba et les « Sages » de la Haute-Guinée

    Sotelgui S.A

     dimanche 26 janvier 2014   

    Dadis est un homme essentiellement caractérisé par sa brutalité et ce qu’on qualifiera de bagout, ici confinant à de l’impolitesse caractérisée. Un homme trainant un terrible complexe d'infériorité, sans culture et sans morale. L'archétype du "militaire" guinéen. Il s’agit évidemment de la période avant le tournant imposé par Toumba Diakité, celui qui l’a guérit d’un comportement peu orthodoxe.

    A la mort du Général Conté

    Tous les ingrédients d’une succession violente étaient présents et prêts :

    - Un groupe de militaires malinkés, travaillé au corps pars la Coordination dite des « Sages de la Haute-Guinée » se prépare à « récupérer » le pouvoir qu’il estime revenir de droit « coutumier » aux malinkés. Sékou Touré, le premier chef de l’Etat guinéen, était l’un des leurs, même si la réalité n’était pas aussi simple.

    - Un groupe de militaires forestiers, avec comme pivots Dadis, Pivi et Saa Alphonse entend saisir sa chance, après le pouvoir militaire à l’agonie du Général Conté, d’ethnie Soussou. Au contraire du groupe mandingue, ils ne sont pas appuyés par des « Sages forestiers », car cette partie de la Guinée est très hétérogène et numériquement la plus petite de la Guinée. Mais sa détermination fait sa force.

    - Les peulhs, à part quelques gradés folkloriques sans pouvoir, sont les grands absents de l’armée, la seule force quelque peu organisée du pays. En fait une super Milice avec des criminels endurcis et sans pitié, au service exclusif du pouvoir. Une situation crée volontairement par Sékou Touré et non corrigée par Lansana Conté.

    Le « militaire guinéen », c’est classiquement un voyou ou un raté de l’éducation, auquel on donne une arme et la permission de tuer. Psychologiquement, il se croit au-dessus des "civils", terme à connotation de dédain. Il se considère né en tenue, avec des galons.

    La peur irraisonnée du Peulh

    La peur du grand nombre, des intellectuels Peulhs traditionnels d'une ethnie connue pour ses grands centres de culture islamique très ouverte aux autres, implicitement présente dans les cerveaux de tous nos dirigeants depuis l’indépendance, joue en défaveur de l’ethnie Peulhe. Celle-ci est encouragée à s’éloigner du pouvoir et à s’occuper des affaires culturelles ou de commerce, domaine dans lequel les Dioulas traditionnels ont été pratiquement dépassés par des jeunes peulhs ayant assimilés à grande vitesse les connaissances pratiques de l’économie moderne.

    D’où des frustrations réelles de certains qui se sentiront dépossédés de ce qui faisait leur force. La rengaine du « peulh qui trahit », popularisée par Sékou Touré, refait surface. Les boucs émissaires aux difficultés du pays sont donc tout trouvés. Dadis s’y lancera à corps perdu, provoquant le carnage du Stade, oubliant d’assurer ses arrières et de surveiller certains de ses bons amis. Alpha Condé le sait, ce sera l’épine dorsale de sa politique pour la lutte qu’il va mener pour le pouvoir.

    Après l’annonce du décès de Général Conté le 22 décembre 2008, le groupe forestier est le plus rapidement tenu au courant. Il grille la politesse aux malinkés et s’empare du pouvoir. Un simple communiqué à la RTG a suffi. Le peuple berné croit tenir son sauveur, mais la désillusion sera rapide. Dadis Camara annonce le 24 décembre avoir été choisi par ses pairs pour prendre la tête du Conseil national de démocratie et de développement, CNDD, en tant que Président de la République.

    Dadis le "Messie"?

    « Moise le Messie » comme le dira un Biro Barry très en verve et flagorneur, est donc chef de l’Etat. Dès le départ, il est venu pour rester. Aidé d’un obscur Raspoutine tropical importé de Côte-d’Ivoire, Idrissa Chérif bombardé Ministre d’Etat, son objectif est de faire comme tous les dictateurs africains : prendre le pouvoir par la force et se faire légitimer ensuite au travers d’élections truquées. Il a beaucoup d’exemples : Sassou Nguesso, Compaoré, etc.

    Sa logique est simple et implacable : pourquoi les autres et pas moi ?

    Dadis, intrinsèquement rustre et intellectuellement limité a quand même compris qu’il faut qu’il essaye de se présenter au mieux devant la scène politique. Faux diplômes et fausses études en Allemagne sont arrangés, dans un pays fertile en faux docteurs et faux Professeurs indiscutables ; où des escrocs patentés sont dits « Honorables ».

    Dadis connait le terrain et se met à jouer un rôle, comme au théâtre, avec Idrissa en metteur en scène et Maître de cérémonie. Les Dadishows sont nés. Il restera dans ce show en recevant des journalistes jusque dans sa chambre à coucher, « tout à fait par hasard ». Il fera passer des mauvais moments télévisuels à toute une flopée de voleurs de la République avec lesquels il traitait tantôt sans vergogne, et n’hésitera pas, impolitesse suprême, à briser tous les codes de bienséance internationaux, même devant des ambassadeurs.

    Un succédané de Chavez inculte dont il devait singer les longs monologues télévisuels. Ses foudres homériques sont restées dans les mémoires, de la part de l’homme qui osa traiter son PM de « chien » et ne trouva que l’expression « je suis désolé » pour les victimes de ses escadrons de la mort. Comme les Guinéens furent aussi très « désolés » de l’acte de Toumba.

    Le groupe mandingue, mené par Konaté et qui encadre complètement Dadis fait profil bas. Il a perdu la première manche, mais se prépare patiemment à l’abri des regards. Habitué aux coups tordus hérités du PDG, avec un personnel bien formé pour ce genre de travail, Konaté joue au monsieur qui ne veut pas du pouvoir, pour s’attirer la sympathie des occidentaux et se poser en alternative au Capitaine. Dadis le croit inoffensif et ajoute une faute stratégique à ses nombreuses fautes d’appréciation et de compréhension ; c’est ce qui le perdra. Il faut dire que Konaté sait jouer de l’obséquiosité à un degré rare. Son conseiller de l’ombre qui viendra bientôt sous les spots s’appelle Tibou Kamara. Un homme efficace pour lequel « Le Prince » de Machiavel est plus qu’un livre de chevet, un second Livre Saint.

    Dadis se sent suffisamment fort. Il se démasque quand il menace de « tomber la veste » et de se présenter aux élections, en oubliant toute ses promesses. Conscient qu’il ne peut tenir l’essentiel de la troupe mandingue que par la terreur, il crée très rapidement une milice personnelle issue d’ethnies proches de la sienne recrutée en Guinée forestière, au Liberia et en Sierra Leone, qu’il installe à Kalétah près de Forécariah, en Guinée maritime et fait entrainer par des mercenaires étrangers. Ils s’illustreront par le massacre du 28 Septembre 2009 au Stade.

    « Le 28 septembre 2009, une manifestation réclamant que Moussa Dadis Camara ne se présente pas aux élections présidentielles à venir est réprimée de façon extrêmement violente. Plusieurs centaines de membres des forces de sécurité entrent dans le stade de Conakry, tuent au moins 150 personnes, font de très nombreux blessés et violent sur place et durant les jours suivants des dizaines de femmes » (1)

    Sékouba et acolytes comprennent le danger et la détermination de Dadis. Il a assuré le service lors des massacres et viols du Stade en restant dans l’ombre, mais ne tient pas à se faire « manger » par son ami sincère ( ?).

    La lutte à mort est engagée.

    Toumba, de la garde rapprochée de Dadis et son homme de confiance en sera l’élément essentiel, celui qui changera tous les plans de la galaxie Dadis. En face du pouvoir existe une opposition civile, essentiellement menée par Cellou Dalein, Alpha Condé et Sidya Touré. Le premier est un parvenu, <un parachuté pour des raisons obscures à la tête d’un parti où il n’a jamais milité. Alpha est une espèce de fantôme international, son seul but est de prendre un pouvoir qu’il cherche désespérément depuis 40 ans en jouant à l’opposant historique de Sékou Touré, dont il était probablement la taupe dans les cercles de l’opposition extérieure, au même titre que Jean-Marie Doré à l’intérieur. Sidya est le seul à compétence reconnue et capacité prouvée, mais il lui manque des troupes, dans ce pays ou malheureusement le patronyme pèse souvent plus lourd que l’idéologie dans la capacité à convaincre des militants et le choix des électeurs.

    La suite, échec et mat contre la démocratie

    Politique payante pour Konaté et la galaxie mandingue. Lorsque son « Ami de trente ans » est opportunément mis hors course par une tentative d’assassinat de son aide de camp Toumba, c’est vers lui que se tourneront les puissances occidentales. Avec et des promesses fermes, pratiquement prêtes à tout accepter de lui. Il se fera prier pour la forme, en bon joueur d’échecs.

    Après l’acte de Toumba Diakité dont les commanditaires sont faciles à deviner, raison pour laquelle il n’a jamais été retrouvé et pourquoi personne n’en parle aujourd’hui, surtout pas Alpha Condé, Sékouba, Tibou Camara et autres, les sages mandingues forcent la main déjà consentante de Konaté pour qu’il prenne le pouvoir en grillant la politesse au numéro deux officiel du régime, le Général Mamadouba Toto Camara, celui que presque tout le monde a oublié.

    Le coup a réussi sur toute la ligne. Il ne restera plus par la suite qu’à faire évaporer proprement et discrètement Toumba, effacer par des urnes traficotées le très pâle et excessivement poli Cellou Dalein pour donner le pouvoir à celui qui le mérite.

    Mission accomplie, mon Général, promesses tenues. Voici le ticket de récompense pour « La Force Africaine en Attente ». Une attente qui se prolonge d’ailleurs, personne ne semblant vraiment pressé. Les dessous de l’exil de Dadis, débarqué à son insu à Ouagadougou, Burkina Faso, ont été bien expliqués par un article paru sur Guinee58. (2)

    Le boulevard était désormais libre pour Alpha Condé, et le drame guinéen sous la houlette d’un professeur venu de nulle part pouvait commencer. Il commence par forcer à l’exil Bah Oury, tête pensante et fondateur de l’UFDG, en utilisant la vieille ficelle PDGiste de « complot » contre le Chef de l’Etat. Personne ne moufte, surtout dans les rangs de l’UFDG qui proteste très mollement…

    Alpha sera celui qui, plus tard, aura aidé à neutraliser Pivi et Thiegboro en les nommant ministres ; de ceux qui n’auront jamais participé à un conseil du gouvernement jusqu’à leur éviction avec celui de l’Imam Saïd II. Cela ne l’empêchera pas de terroriser les forestiers par l’acte infâme et spectaculaire de Zogota en 2013, comme l’histoire dite d’empoisonnement des eaux de boisson, ayant servi de prétexte à la terreur et aux massacres des peulhs en dehors du Fouta entre les deux tours de la présidentielle.

    Alpha, par précaution, connaissant le degré de nuisance de Konaté, l'obligera lui et Tibou qui se découvre maintenant des qualités d'opposant démocrate, à devenir, comme Bah Oury, des Guinéens exilés. Aujourd'hui aucun d'eux n'ose mettre les pieds dans leur pays. L'élève a largement dépassé le maître. Il tient et va réussir à installer "démocratiquement" une dictature sans nuances en République de Guinée.

    Le film classique de l'arroseur arrosé.
    Histoire à suivre...

    Notes :
    (1) Wikipédia
    (2) Source

    Thierno A. DIALLO
    www.guineelibre.com
    Pour www.nlsguinee.com

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