lundi 23 décembre 2013
Le régime guinéen fait de nouvelles victimes et continue de tuer dans l’indifférence généralisée. Le plus étonnant est l’attitude de la classe politique qui est restée muette face aux atrocités commises à Kankan du 15 au 16 décembre 2013.
Les préoccupations liées à la participation ou au boycott de l’assemblée nationale ne sauraient justifiées une telle attitude.
Quand les citoyens sont menacés, leur sécurité et leur vie en danger, l’opposition ne devrait pas être atone. C’est dommage qu’elle se soit montrée plus apte à réagir à la convocation lancée par le conseil national de la transition pour l’adoption du budget de 2014 et si indifférente au sort des jeunes de Kankan. Lesquels ont été brutalisés et réprimés dans le sang pour avoir réagi à l’assassinat sauvage de l’un des leurs « par les forces de l’ordre ». Les brigades de la mort, pourrait-on dire !
Une fois de plus le crime, l’assassinat, le meurtre sans raison ni motif s’abattent sur d’innocentes vies humaines. Ainsi, à Kankan, ce sont encore des morts qui s’ajoutent à d’autres morts.
Mais les victimes de Kankan ont ceci de particulier. Elles sont de la ville jusque-là considérée comme la forteresse du pouvoir. La ville qui aurait vu naître l’actuel président guinéen (falsification de l’histoire ou pas, allez savoir). En outre, Kankan, c’est la cité « Bira Musso », (se prononce Mousso), du président guinéen. Littéralement, Kankan, c’est sa belle-famille.
Par conséquent, beaucoup de Guinéens pensaient, pour ces raisons subjectives en rapport avec les liens ethniques et les relations filiales, que cette cité allait être épargnée par le pouvoir RPG-Arc-en-ciel.
Ceux qui croyaient qu’une seule parcelle de la Guinée échapperait à la violence du pouvoir actuelle ont oublié que le mensonge, le conformisme, la duplicité et l’indifférence l’emportent sur la vie des Guinéens depuis 2010. Ils ont surtout négligé un fait qui pourrait être résumé par cet adage africain : « Qui brûle la case de ses beaux-parents n’épargnera pas celle des beaux-parents d’autrui ».
Kankan ensanglantée, plus rien ne devrait étonner le reste du pays.
Il est temps de comprendre que celui qui disait qu’il prendrait la Guinée où Sékou Touré l’a laissée a fait pire. Cet autre président au passé bien connu avait épargné Faranah, sa ville natale. Kankan n’aura pas les mêmes faveurs. Le sang a coulé à l’intérieur de la forteresse de Cheikh Fanta Mady. A l’assassinat d’une vedette du football, Balla Condé, s’ajoute la mort d’au moins 5 citoyens (bilan établi par le pouvoir).
Mais, ne fallait-il pas s’attendre que la capitale de la Haute-Guinée paye au prix fort la tournée mémorablement déshonorante du président guinéen en août 2013 ?
On se souvient que le 15 août, lors de la tournée pré-électorale pour les législatives, les Kankanais avaient réservé un accueil mouvementé à « leur fils ». Les jeunes étaient particulièrement remontés contre le président et scandaient des slogans hostiles à son régime. Il fallait s’attendre qu’on leur remonte les bretelles à la manière guinéenne. Le contraire aurait été bien étonnant.
Pour le pouvoir, résister aux forces de l’ordre après avoir conspué le président quelque mois plus tôt relève à la fois de la provocation et de l’arrogance. Comme tel, c’est un acte de lèse-majesté qui ne pouvait pas rester impuni au risque de faire jurisprudence. Dès lors, les jeunes de Kankan devraient apprendre comme ceux de N’Zérékoré, Hamdallaye, Kosa, Kissosso, Koulé, Zogota (août 2012) et d’ailleurs que le pouvoir RPG-Arc-en-ciel n’est pas à contester.
On pourrait tirer un autre enseignement de la répression sanglante de Kankan. Exit l’appel des notabilités de cette région qui avaient publiquement demandé en 2010 à Sékouba Konaté, président de la transition de faire en sorte que leur fils soit le président de la Guinée : « Si nous sommes venus vous voir (s’adressant à Sékouba), c’est pour que notre fils soit élu ». Bon renvoi d’ascenseur ! En attendant celui de 2015, peut-être ?
Une autre leçon à retenir : la Ville du bord de Milo, terre natale de plusieurs proches du pouvoir, politiquement, filialement, maritalement, mais aussi de beaucoup d’autres « angbansanlè » vient d’apprendre à ses dépens que les méfaits d’un pouvoir dictatorial n’ont pas de frontière. Kankan saura-t-elle désormais qu’il y a fils et fils ?
En tout cas, et c’est dommage, durant ces évènement tragiques, le RPG a transformé certains Maninka Mory en « Maninka Bori ». Les habitants d’une partie de la ville de Kankan répondent à la première appellation. La seconde est une déformation et signifie « le Malinké qui court ou exilé ».
Un autre constat : le pouvoir guinéen comme toute dictature a horreur de la contestation. Qu’on s’en souvienne, c’est peu de temps après les mises en garde faites le 8 juillet 2013 par l’Association de la Jeunesse de la Guinée Forestière face aux menaces qui pesaient sur Claude Coplan Pivi que des affrontements ont éclaté entre Koniakas et Guerzés. C’était dans une déclaration « Si on touche à un cheveu … de notre frère et fils colonel Claude Pivi », faite le lendemain de l’inculpation de l’ancien ministre de Dadis et Sékouba. On connait la suite.
La répression contre les jeunes de Kankan ne fait que confirmer la règle : le pouvoir guinéen est violent, incapable d’assurer la sécurité des citoyen, inapte à fonder un système démocratique et à cultiver un climat de paix et de concorde. Elle témoigne de l’effritement de l’Etat, de son incapacité à réconcilier les Guinéens. Elle alourdit le bilan du professeur-président. Elle rallonge la liste des victimes des sbires de la République parmi lesquelles Mamadou Baïlo Barry et Mamadou Dalaba Barry (19 et 13ans) arrachés à la vie en novembre dernier.
En matière de bilan, le pouvoir guinéen actuel présente le plus macabre et en termes de record (dans la durée) et en matière de morts : en 3 ans ni Sékou Touré ni Lansana Conté n’ont autant tué. Et qui oserait imaginer la même longévité au pouvoir pour Alpha Condé que ses prédécesseurs ? Il décimerait toute la Guinée comme l’a dit quelqu’un en prédisant que « nous périrons tous » s’il était reconduit en 2015.
Autant dire que tout bilan du pouvoir guinéen doit commencer par le décompte de ses victimes. De l’entre-deux tours des présidentielles, dans le pogrom anti-peul en Haute-Guinée avec son lot de morts et d’exilés (de Siguiri et ailleurs vers le Fouta) aux dernières victimes de novembre 2013 en passant par les centaines de morts dans les différentes manifestations de l’opposition à Conakry et d’ailleurs. S’y s’ajoutent les centaines de blessés et des disparus sans oublier les victimes de viols, de brimades de toutes sortes et de pillages.
Il ne faudrait pas oublier non plus les arrestations, les emprisonnements et les meurtres délibérés d’officiers : Soussous, Forestiers et Peuls notamment dans les geôles de Conakry. Tels sont les cas d’Issagha Camara, décédé le 5 septembre 2012 peu après son élargissement et du colonel Abdoulaye Aïdor BAH, mort le 4 novembre de la même année et tant d’autres.
Il y a également les centaines de Guinéens, civils et militaires qui croupissent actuellement dans les cachots du pouvoir. Parmi lesquels le général Nouhou Thiam, le commandant Aboubacar Sidiki Camara et Madame Fatou Badiar accusés dans le fameux complot du 19 juillet 2011.
Les victimes du banditisme et des règlements de compte qui font de la Guinée un tombeau à ciel ouvert pour fortunés, hauts fonctionnaires et anonymes rallongent la liste. Toutes ces violences et exactions sont à mettre au compte des 3 ans de pouvoir RPG-Arc-en-ciel.
Enfin, pour le cas des victimes de Kankan et d’ailleurs, il est étonnant que ce soit des préfets, des gouverneurs, des directeurs de gendarmerie et des policiers qui dressent les liste alors qu’ils sont à la fois juge et parti.
Face à la situation guinéenne faite d’arbitraire et de violences, il est indispensable, une fois l’assemblée nationale mise en place que le législateur, représentant du peuple, commence pour mettre fin à la loi de l’impunité.
Le premier acte des députés doit être de mettre la pression sur l’Exécutif pour la libération de tous les prisonniers d’opinion.
Libérer les prisonniers, rendre justice aux morts et aux victimes de toutes les injustices devraient être le premier jalon que le Législatif doit poser face à un Exécutif qui s’est jusque-là montré arrogant et meurtrier.
Les Guinéens attendent de tels actes de leurs députés. Ne pas les satisfaire donnerait raison aux détracteurs et semeurs de trouble de tout bord et de tout poil !
Paix et miséricorde à toutes les victimes. Amen !
Lamarana Petty Diallo
Contact: lamaranapetty@yahoo.fr
Pour www.nlsguinee.com
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