mercredi 18 décembre 2013
A Pita les populations se déchainent. Elles veulent mettre la prison civile à sac pour se faire justice. Pour lyncher des présumés criminels détenus à cet endroit. Ces derniers sont présumés auteurs des crimes perpétrés dans la région et particulièrement le meurtre d’une vieille dame. Cet assassinat qui a fortement ému et indigné la population.
Les citoyens se mobilisent. Ils veulent régler leurs comptes aux bandits parce que tout simplement ils ne font pas confiance à la sécurité et à la justice. Les présumés criminels sont extraits de prison, et conduits à un lieu censé être plus sûr pour eux.
A Kankan c’est le meurtre d’un jeune qui a mis le feu aux poudres. Cette fois ce ne sont pas des bandits qui sont mis en cause. Ce sont les agents de sécurité eux-mêmes. Et contrairement à Pita, à Kankan il y a eu un déferlement des violences. La grande ville de l’Est connait une nouvelle fois des violences et des répressions. Paradoxalement le fief du nouveau président est confronté à des manifestations et des répressions depuis l’avènement de ce président au pouvoir.
Le moins que l’on puisse dire est que c’est partout le désenchantement et la désillusion. Si les Guinéens ne s’attendaient pas à une amélioration rapide et miraculeuse de leur situation économique, en revanche ils nourrissaient un immense espoir de voir enfin et pour toujours la fin de l’impunité dont bénéficient les bandits et les agents de sécurité.
Ces deux s’étant octroyé le droit de vie et de mort sur les citoyens dans ce pays. Et les deux bénéficiant de l’impunité. Rarement la Guinée n’a connu autant de crime que depuis l’avènement de celui qui avait promis de changer ce pays. Avec d’un côté une police et une gendarmerie qui, au lieu de se donner la main, se livrent à une véritable guéguerre. Et de l’autre une sécurité et une justice qui s’accuse mutuellement d’être complices des hors la loi.
Jamais le fossé n’aura été aussi grand et profond entre gouvernants et gouvernés. Jamais la justice et la sécurité n’ont été aussi décriées. Les mêmes causes entrainent toujours les mêmes effets. L’impunité est la porte ouverte à la récidive. C’est cette impunité que bénéficient les bandits et les agents qui a abouti à une crise de confiance totale entre gouvernants et gouvernés.
Ayant l’impression d’être abandonnés à leur propre et triste sort, ces citoyens veulent partout se rendre justice. Ce qui met en péril la sécurité individuelle et collective. Pendant que les autorités réagissent toujours dans l’amateurisme. A chaque drame l’Etat prend des engagements. Mais une fois l’émotion passée, ce même Etat oubli ses engagements.
L’indifférence des gouvernants face au drame que vivent les gouvernés au quotidien, la gestion informelle de la chose publique ont fini par convaincre l’homme de la rue que s’il ne rend pas justice personne ne le fera à sa place. C’est cela la déception des Guinéens dans leur immense majorité. Qu’ils aiment ou qu’ils détestent Alpha Condé, ils espéraient tous que le parcours de l’homme aurait été un atout pour remettre de l’ordre dans ce pays.
Malheureusement plus personne ne se fait la moindre illusion désormais. D’où le déchainement des passions et le déferlement des violences partout. La Guinée est véritablement en danger. Il faut la sauver.
Habib Yembering Diallo
Analyste et Correspondant de www.nlsguinee.com à Conakry
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