samedi 14 décembre 2013
Après le Mali, la France a décidé d’intervenir en République Centrafrique. Son ancienne colonie plongée dans le chaos depuis le renversement, le 24 mars dernier, de François Bozizé par Michel Djotodia. Le chef de la coalition rebelle appelée la Séléka, officiellement dissoute, mais dont les éléments continuent à semer la terreur dans le pays.
Le contingent français a atteindra 1 600 hommes. Selon le président français, leur mission prioritaire sera de "désarmer toutes les milices et groupes armés qui terrorisent les populations. Il vise une intervention "rapide" et "efficace", selon ses termes, dont l'objectif final est de "retrouver la stabilité, et permettre le moment venu des élections libres et pluralistes" dans ce pays. Comme au Mali.
Par ailleurs, la France se dit prête à entraîner 20 000 soldats africains par an. Annonce faite à l'occasion du sommet de l'Elysée pour la paix et la sécurité en Afrique. Le patron de l’Elysée a appelé l'Afrique à prendre en charge sa sécurité : "L'Afrique doit maîtriser pleinement son destin et pour y parvenir assurer pleinement par elle-même sa sécurité".
La France dispose d'un dispositif unique de forces pré positionnées sur le continent africain. 940 hommes au Gabon, 350 au Sénégal, 2000 à Djibouti, 450 en Côte d'Ivoire et habituellement 250 en Centrafrique. Auxquels s’ajoute le nouveau contingent.
Ce rôle de « gendarme de l'Afrique » est contesté par une partie de l’opinion et par des représentants de la société civile française et africaine. Il y a 15 ans, en 1998, alors que le Sommet du Louvre avait « la sécurité » comme thème principal, un contre-sommet avait été organisé, dénonçant l' « insécurité à la base » provoquée par les dérives de la Françafrique.
Quinze ans plus tard, la plupart des dinosaures de l’époque sont toujours aux commandes. Idriss Déby, Denis Sassou Nguesso, Blaise Compaoré et Paul Biya sont encore et toujours à la tête de leur pays. Et la plupart veut faire sauter le verrou constitutionnel qui les empêche de régner à vie. Depuis, Ali Bongo et Faure Gnassingbé ont remplacé leur père respectivement au Gabon et au Togo.
La France continue donc ses interventions en Afrique au nom de l’humanitaire. Ce positionnement en première ligne dans ces interventions menées « au nom des droits de l’Homme » ou du « devoir de protection des populations » en Libye, en Côte d’Ivoire, au Mali et aujourd’hui en Centrafrique, camoufle selon certains les conséquences néfastes de plus de 50 années de soutien à des dictateurs africains et d’interventions armées généralement menées à leur profit ou à celui des intérêts stratégiques français. Lesquelles ont largement contribué à l’instabilité de certaines zones du continent africain.
Qu’à cela ne tienne, après son intervention au Mali après celle en cours en RCA, la France apparait une nouvelle fois comme plus jamais incontournable sur le continent, particulièrement dans la partie francophone. Le moins que l’on puisse dire est que François Hollande a et aura du mal à respecter son engagement de mettre fin à la Françafrique.
Lui, vers qui tous les regards restent désormais tournés dès qu’une crise éclate en Afrique Francophone. Après le Mali il vient en sauveur en Centrafrique. Ce qui met à nu une indépendance virtuellement de l’Afrique. Car une indépendance politique sans une indépendance, économique et militaire n’en est pas une.
Habib Yembering Diallo
Analyste et Correspondant de www.nlsguinee.com à Conakry
Contact : habibyambering@yahoo.fr
Tel: (+224) 62 29 11 95
Pour www.nlsguinee.com
Les commentaires ci-dessous n'engagent que leurs auteurs, www.nlsguinee.com n'est pas responsable de leurs contenus.