vendredi 15 novembre 2013
Les alliances avec le RPG sont des alliances à sens unique: le parti allié se fond dans ce qu'il faut appeler la soupe Arc-en-ciel et ses dirigeants "gagnent" quelques strapontins juteux et se mettent à l'abri des milices qui tiennent fermement le terrain au nom du RPG (armée "nationale", Gendarmerie, Donzos, "gardes forestiers"). Se fondre ou disparaitre, c'est le choix démocratiquement proposé par le Professeur.
Comme la majorité des formations politiques en Guinée, le parti au pouvoir appartient en propre à Alpha Condé et ignore toute forme de démocratie interne. Ce qui les empêche pour toujours d'être porteurs de lendemains de démocratie externe.
Ce n'est pas une révélation. Il en reste le maître, celui qui est au dessus de tout, celui qui tient le cordon de la bourse. Le premier responsable du parti vient après, car officiellement Alpha, président de la République, reste à la tête du RPG. Ce n'est que l'une des couleuvres de contradictions que l'Opposition a bien avalée depuis longtemps.
La première victime aujourd'hui du RPG, à part le pays qui s'enfonce, c'est le PEDN de Lansana Kouyaté, réduit à sa plus simple expression et qui n'ose plus tympaniser avec ses communiqués qui le mettaient habituellement en première place l'ADP avant l'Opposition réelle ou "Le Collectif". De nos jours, il se cherche, le réservoir de ses militants complètement vampirisé par Condé et ses bataillons du RPG. Le RPG a fait de l'ADP une coquille vide qui n'aura servi qu'à impressionner Cellou Dalein Diallo.
L'homme Alpha est sans pitié. Pour les "partillons" qui se croyaient avoir du répondant, comme le PDG , en fait un vestige, une réminiscence du parti pour lequel les guinéens votaient obligatoirement car tous militants dès la naissance, le score de 0.03% aux législatives a été plus qu'une douche froide; la révélation de ce qu'il était depuis le véritable coup d'Etat de Sékou Touré contre le peuple de Guinée, en se proclamant Parti unique dans les années 60 du 20ième siècle. L'époque était propice, les "partis frères" de l'Est communiste fournissant sans compter toutes sortes d'aides, surtout des tortionnaires, la technicité et les machines de torture. Boiro clés en mains.
L'illusion du PDG parti de masse a été entretenue jusqu'à l'arrivée d'Alpha, à coup de mensonges, avec la persistance de commémorations annuelles de l'assassin et l'oubli systématique, stratégique des victimes. Alpha avait besoin de Mohamed pour se positionner comme "celui qui est venu sauver l'ethnie mandingue". Il n'en a plus besoin, il le jette. Logique.
Mohamed a, lui, cru à l'illusion qu'il était effectivement le successeur de son père à la suite du très pâle Ghussein de Dabola. Ghussein, 2ème Secrétaire Général d'un PDG qui n'avait plus aucune force, comme le soldat japonais retrouvé vieilli et éclopé dans une île perdue du Pacifique 40 ans après la fin de la deuxième guerre mondiale. Le Samouraï ne savait pas que l'armistice était signée depuis deux générations. Les partis dictatoriaux s'effondrent en règle à la disparition de leurs créateurs.
Le vrai PDG de nos jours, c'est le RPG qui en a repris l'esprit et le flambeau. Mohamed ne le sait pas. Les fantômes agités du PDG ne l'avaient toujours pas compris.
Et ils sont très amers. A croire que même leur propre famille n'a pas voté pour eux. Battus à Faranah, la ville qui semblait acquise à leur cause, mais aussi à Macenta, chez Mme Andrée. Une déroute partout en Guinée et à l'extérieur. Mohamed Touré n'aura même pas réussi à être le Responsable suprême de son quartier ou de son pâté de maisons. On comprend que le fantôme-PDG soit déçu, surtout qu'il se rend compte qu'en réalité l'alliance avec Alpha n'a servi qu'à pomper le peu de vaillants et ridicules donquichottes sur lesquels il pouvait encore compter. Il n'est pas le premier à se réveiller de la Mamaya du professeur, celui qui en règle ne respecte jamais la parole donnée. Mohamed n'est pas à plaindre. Comme Kouyaté.
Le parti-Etat bis qu'Alpha Condé veut créer, ce sera sous sa direction et personne d'autre. Mais les guinéens sont sourds et têtus. Du pain béni pour l'ethno-président Condé.
Voici ce que Mohamed Touré, dépité de n'avoir aucun député mais toujours politiquement prétentieux aurait déclaré à une radio locale:
« On m’a demandé d’aller vers l’administration pour négocier. J’ai dit non. Çà ne me ressemble pas. Le PDG est fidèle à lui-même. Nous n’avons pas à chercher des alliances avec le RPG arc-en- ciel, car nous avons notre méthode de travail et le RPG a sa méthode de travail. Les élections du 28 Septembre2013 se sont déroulées dans des conditions inacceptables pour un Etat responsable et respectueux. Le vote de nos militants a été écrasé. Il y a eu tripatouillage. Il y a des zones où des ministres du gouvernement ont transporté des urnes dans leurs voitures. Où des candidats eux-mêmes ont transporté des urnes. Nos résultats ont par endroit été gravement falsifiés. Sinon nous avons fait la campagne avec l’engouement. Il y a des gens qui tirent les ficelles pour que le PDG s’éteigne. Mais nous ne négocions pas notre entrée à l’Assemblée ni chercher des postes… le RPG a dépensé plus que tout le monde alors que ces ressources utilisées dans la campagne auraient pu servir ailleurs… On ne peut pas bâtir une nation sur la haine et l’esprit de vengeance ».
Sonné mais encore vacillant debout, ce monsieur ne réalise pas que le RPG n'a été qu'un "excellent élève" du PDG originel, le parti à l'époque confondu officiellement à l'Etat. Les soldats de ce temps étaient bien des "militants en uniforme", ils le sont restés, seul l'uniforme a été repeint aux couleurs RPG. Idem pour l'administration au service du pouvoir. En dénonçant les agissements du RPG, c'est le PDG que Mohammed Touré désavoue sans peut-être s'en rendre compte. La colère est mauvaise conseillère. C'est vrai que pour les ethno -mandingues, tout commence avec le Général Conté…
Ainsi Mohamed Touré semble se démarquer de l'ethnocentrisme de son prestigieux allié jusque là, cela ressemble furieusement à Marine le Pen dénonçant la rédaction du journal d'extrême-droite Minute, en prenant fait et cause pour Taubira. La sincérité en trompe-l'œil.
C'est qu'il est difficile de faire croire aux autres ce en quoi on ne croit pas soi-même. Le minimum pour Mohamed, celui qui se donne un avenir politique en Guinée et y croit, est de reconnaitre et de s'excuser pour les crimes de son prédécesseur et paternel, simple question de morale, avant le jugement inévitable devant les tribunaux, qui viendra ensuite.
Mohamed n'est pas responsable de ce qu'a fait Sékou, sauf s'il l'avalise et le défend en toute connaissance de cause, comme tout guinéen. Il devient alors l'héritier politique et même "juridique" de l'ignominie. Comme tous les négationnistes. Or ces revanchards nient toujours les crimes du PDG au nom de l'intérêt d'un "peuple" hypothétique, alors que le peuple réel, malgré ses souffrances actuelles, leur a bien répondu en leur renvoyant à la figure la valeur actuelle et passée, pour celui qui sait lire, de leur représentativité.
Un vrai politique apprend de l'histoire, les autres s'en moquent. Mais personne n'est dupe et le monde a irrémédiablement changé et évolué dans le bon sens. Le crétinisme et la fausse fierté mal placée d'avoir "chassé le Colon", cultivé des militants du PDG de l'époque, c'est fini. La liberté dans la pauvreté, ce ne fut que l'extrême pauvreté dans un impitoyable Goulag tropical. Mohamed, du sommet où il a vécu, ne pouvait pas sentir la misère ambiante et la peur oppressive, mais il savait ce qui se passait, comme tous les autres.
Le drame cornélien de ce monsieur, c'est que les guinéens lui ont fait savoir à travers son score aux législatives qu'il doit choisir entre un soutien filial à un criminel (il ne s'agit pas ici de respect) et une responsabilité de citoyen aimant réellement son peuple. Le non choix, en refusant de comprendre, étant déjà un choix assumé.
Mohamed n'a pas à s'en faire, Cissé de Bma et ses semblables viendront éventuellement le consoler de sa déroute nette, pleine, claire, entière, sans discussion possible, dont l'explication est donc très simple. Avec leur coefficient minorant de malhonnêteté historique connu, en lui réaffirmant que le PDG reste le premier parti de Guinée, avec la reconnaissance du peuple laborieux, etc.
Qu'il y croit ou pas n'a aucune espèce d'importance pour les Guinéens. Le problème est ailleurs.
Des gens pas encore prêts à reconnaitre l'enfer qu'a été le règne du "Premier Président non-démocratiquement élu", si l'on s'en réfère au barème idéologique et aux dires du RPG, le vrai successeur du PDG, qui n'en est pas à une contradiction près.
Thierno A. DIALLO
Pour www.nlsguinee.com
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