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    Législatives guinéennes : La République suspendue à une commune et un peuple sur le qui-vive

    Sotelgui S.A

     lundi 14 octobre 2013   

    Les législatives guinéennes se sont déroulées depuis le 28 septembre 2013. Jusqu’à présent les résultats officiels ne sont pas donnés. Paradoxalement, le plus inquiétant ne semble pas être l’attente en elle-même. C’est le lendemain des résultats qui soulèvent des interrogations.

    Encore plus grave, l’impuissance affichée de la communauté internationale, la complicité de la commission nationale indépendante, l’obstination à la fraude du pouvoir et les atermoiements de l’opposition qui ne finit de se réunir et de dénoncer sans actions concrètes.

    Conséquences : le sentiment de puissance du pouvoir s’accentue. A l’inverse, le doute s’installe sur la capacité de l’opposition à prendre une décision ferme en appelant à la fin de la pagaille comme disait l’autre.

    Cela passe nécessairement à la mobilisation populaire pour le respect du suffrage universel. C’est-à-dire, à l’interruption de tout le processus électoral du fait des irrégularités observées : fraudes de toutes sortes, bourrages et substitutions d’urnes, contestations des représentations de l’opposition dans les commissions de dépouillement et de centralisation, etc.

    De telles actions n’étant pas mises en place, on assiste à quoi ?

    Un pays qui s’enlise de jour en jour aux yeux d’une communauté internationale attendue au tournant, face à la mouvance présidentielle qui est sur la corde raide, une opposition dont les militants et sympathisants observent à la loupe.

    Le peuple, comme à l’accoutumée, s’en remet au Bon Dieu et au vouloir d’une classe politique qui semble le prendre comme un jouet. On l’appelle à ne pas voter aujourd’hui, à voter le lendemain et on détourne le suffrage universel une fois qu’il a accompli son devoir civique au profit de celui qui se montre plus fort. Pour cela tout semble être permis.

    Les manœuvres du pouvoir en place

    Chaque jour qui passe, le pouvoir montre son aversion pour les méthodes extrêmes afin de gagner la majorité et contrôler l’hémicycle. Pour y parvenir, il faut faire appel aux recettes du passé : intimidations, intoxications mentales, usage de la force par les arrestations, les meurtres et désormais, ce qu’on pourrait appeler les déportations.

    Il y a quelques jours, des jeunes soupçonnés appartenir à l’opposition sont arbitrairement arrêtés à Conakry pour être déportés à Kankan, près de 1000 kms de la capitale. Emprisonnés, maltraités et torturés de la manière la plus inhumaine et primitive, au fouet et on ne sait quelle autres méthodes, l’un d’eux serait mort, apprend-on ce soir.

    Ces pratiques trouvent leur enracinement dans les propos du ministre de la sécurité qui se donnait la mission divine de protection des citoyens. Justifiant ainsi le droit de vie et de mort que se donne le système politique guinéen sur les citoyens. Ecoutons, plutôt :

    « J’ai la responsabilité d’apporter la protection à la population guinéenne. C’est ce qui m’a été confié par la volonté de Dieu et sous la bienveillance d’un homme qui dirige aujourd’hui ce pays, le Pr Alpha Condé ».

    Cet homme qui fait du culte de la personnalité une monnaie d’échange pour sa survie politique est le prototype de tout responsable d’un pouvoir autocratique. On attribue toute fonction à la bonne volonté du chef tout puissant, idolâtré et faiseur de bien.

    D’autres méthodes ou stratégies sont mises en marche : retard dans le dépouillement et la centralisation des résultats, descente musclée de loubards et d’hommes en armes. De même, le pouvoir annonce sa victoire sur des circonscriptions où l’opposition est donnée en avance : Kaloum, Matoto, Fria etc. et en profite pour réprimer.

    La formulation de recours fantaisiste, la substitution d’urnes avec l’appui des forces dites de sécurisation du processus, la FOSSEL. En l’occurrence. Un organisme armé dont le zèle rappelle la FOSSEPEL dont la brutalité lors des présidentielles de 2010 lui avait valu la déformation de « fosses- pèles ».

    Ces faits ne semblent pas être isolés ni orchestrés par des éléments du système qui seraient tout aussi isolés. C’est tout un arsenal répressif qui est pensé, orienté et coordonné au plus haut niveau. Mais, pour le moment on ne parle que du cas de Conakry en oubliant ce qui est en attente à l’intérieur du pays qui est totalement quadrillé.

    La République suspendue à une commune : Matoto

    Un suspens médité, orchestré avec le RPG à travers ses représentants dans les commissions de dépouillement et de centralisation réduit toute la Guinée à la dimension d’une commune : Matoto. Un fief gagné par l’opposition mais sur lequel le pouvoir compte pour laver l’affront que la Basse-Guinée lui a infligé.

    Du coup, Matoto devient un symbole. Celui de la victoire de trop. La gifle, l’humiliation, la défaite inacceptable ! Par conséquent, il faut manœuvrer : retarder le décompte, créer des incidents-alibi, porter plainte, quadriller la zone et le bureau de centralisation, etc.

    C’est là une belle stratégie. Une fois encore, le pouvoir concentre les regards vers un seul objectif pour pouvoir magouiller de plus bel ailleurs. Il profite en même temps des occupations des citoyens pour l’Aïd El Kébir, (la fête du mouton), pour proclamer les résultats. En voilà une méthode qui rappelle la grande magouille électorale de 2010 qui nous a plongés dans la situation actuelle.

    Les responsables du RPG et le pouvoir devraient méditer sur les conséquences d’un tel acte. Face à toutes ces manigances, une question se pose.

    Que reste-t-il à l’opposition ?

    L’opposition guinéenne doit se montrer intransigeante face à ses revendications et au pouvoir. C’est la seule voie qui vaille. Elle a toutes les raisons d’adopter une telle attitude.

    Elle s’est montrée suffisamment démocratique, ouverte au dialogue, disposée à écouter ses partenaires à qui elle a toujours fait confiance. Ce qui lui a valu, à tort ou à raison, beaucoup de reproches.

    Désormais, elle a toutes les raisons de se rebiffer et demander, surtout obtenir, l’annulation du scrutin à cause des innombrables irrégularités liées au non-respect des accords du 3 juillet qui définissaient le cadres des législatives.

    Il reste que très peu d’alternative aux leaders de l’opposition : dire non à toutes négociations avec le pouvoir. Demander ouvertement à la communauté internationale de faire le choix entre le respect du suffrage universel et un système qui s’est foncièrement illustré par son mépris des principes démocratiques.

    En même temps, elle doit faire savoir au pouvoir que la fonction de parlementaire n’est pas un portefeuille ministériel. Donc, ce n’est pas à l’Exécutif de nommer des députés et distribuer des sièges. .

    D’autres raisons doivent la motiver dans une telle voie. Ses militants et sympathisants, en un mot, les jeunes générations qui ont tout obtenu par les revendications, les manifestations de rue et les jets de pierres n’ont plus peur de rien ni de personne. Les uns et les autre ont toujours fait preuve, au prix de plusieurs certaines de vie, d’engagement pour la démocratie.

    Autant d’atouts encourageant qui devraient pousser à aller au-delà des déclarations. Si toutefois d’autres conditions étaient remplies : l’union dans la lutte et que tout le monde réponde à l’appel !

    La communauté internationale dans tout cela ?

    Aujourd’hui, si la balle est dans le camp du pouvoir, elle l’est plus dans celui de la communauté internationale, pourrais-je dire.

    Face à la situation actuelle d’enlisement, de risques d’éclatement de la Guinée, la communauté internationale a le devoir moral d’assumer tout ce qui arriverait. Cela implique qu’elle se montre impartiale, sans parti pris et sans langue de bois.

    Elle devrait prendre toute la mesure de la situation pour dissuader le président guinéen et son parti de recourir au hold-up électoral. Elle a d’autant plus intérêt à le faire qu’elle a souvent été accusée, en Guinée comme ailleurs, de connivence avec le système en place. De mettre toujours en avant des critères dits de stabilité politique au détriment des règles démocratiques et du choix populaire.

    En ce qui concerne la Guinée, elle s’est tellement engagée qu’elle ne s’en sortira pas indemne en cas de victoire du pouvoir par la fraude. Elle y joue sa crédibilité. De ce fait, elle a l’obligation morale de respecter « les accords du 3 juillet dernier».

    Quel que soit la position qu’adoptera la communauté internationale, je rappelle ce que j’avais écrit dans un article du 11 mai 2013 : « Saïd Djinnit, l’envoyé spécial de Banki- Moon en Guinée a fort à faire. (…) Il doit créer un climat de confiance auquel les Guinéens dans leur majorité ne croient pas trop. Pour cause ? (…) Ils amputent la responsabilité de la situation actuelle à cette communauté qui, pensent-ils à tort ou à raison, leur a imposé Alpha Condé en sacrifiant Cellou Dalein et Sidya Touré. (…). Le moment est venu pour la communauté internationale de prouver le contraire.

    Les leaders des différents partis de l’opposition guinéenne devraient appuyer sur l’accélérateur et exiger la fin du décompte lent et de publication des résultats à compte-goutte. Ils ne devraient pas perdre de vue que la perte de temps entre les deux tours de la présidentielle de 2010 a sacrifié leur victoire au bénéfice du pouvoir actuel.

    Ils doivent, continuer à tenir leurs « militants et sympathisants en haleine » comme ils le disent. Les mobiliser en cas de fraude ou de toutes tentatives d’usurpation. Ils doivent le faire pour leur propre survie politique et, surtout, pour honorer la mémoire de toutes celles et ceux qui ont laissé leur vie sur le long chemin de la démocratie.

    Enfin, tous les acteurs du processus électoral guinéen sont attendus au tournant. Chacun doit jouer sa partition pour le respect du suffrage des citoyens. Espérons que cette victoire enfante la paix.

    Bonne fête de l’Aïd à tous les Guinéens concernés par le Jour !

    Lamarana Petty Diallo
    Contact: lamaranapetty@yahoo.fr
    Pour www.nlsguinee.com

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