mercredi 29 mai 2013
Après avoir enterré Abdoul Ghadiri Diallo ce mardi, l’opposition accompagne 12 de ses militants dans leur dernière demeure ce mercredi au cimetière de Bambeto.
Durant l’absence d’Alpha Condé à Conakry la crise a atteint son paroxysme. La marche du 23 mai a été suivie d’exactions sans précédent. Offrant un record au professeur : celui de nombre de morts durant son règne pendant des manifestations politiques. Lentement et lamentablement il s’achemine vers le bilan des juntes militaires en termes de marches réprimées dans le sang.
Revenu dans son pays après une telle descente aux enfers, le président était très attendu. On a plutôt assisté à une rencontre entre lui et la police. Une rencontre au cours de laquelle les policiers défient quiconque de prouver qu’ils ont tiré sur des manifestants.
Pendant ce temps, la réalité crève les yeux. Les morgues sont bondées. Une douzaine de victimes prend le chemin du non-retour ce mercredi pour le cimetière de Bambeto où, paradoxalement, la majorité des victimes du régime démocratique repose désormais. Déjà une victime a été inhumée hier à Koloma. Deux autres corps ont été ramenés dans leurs villages d’origine.
Alors, si la police et la gendarmerie soutiennent n’avoir pas appuyé sur la gâchette, qui a tiré ? Des civils infiltrés ? Des étrangers comme accusent certaines victimes ? L’un des rôles de la police étant de mener des enquêtes dans pareil cas, elle devrait alors trouver les criminels pour se blanchir. D’ici là le plus crédule ne croit à sa version.
Revenu au bercail, Alpha Condé a remplacé son ministre de la sécurité et de protection civile. Vous avez entendu, les deux mots : protection et civile. Le ministre démit ne l’a point été. Il devient Conseiller à la présidence avec rang de ministre chargé s’il vous plaît de la réforme des services de sécurité. Mais cela est une autre histoire.
Pour l’instant la réaction de Sékoutouréya est loin d’être à la hauteur et à la dimension du carnage. Un élu du peuple peut-il accepter que les forces de défense et de sécurité abattent de sang-froid une vingtaine de ses concitoyens ? Mêmes opposants cela devait être inacceptable pour lui. Ne rien faire donne de réels signes d’inquiétude. D’où l’émotion et l’incompréhension de certains de ceux qui ont contribué à la victoire de l’homme à la présidentielle de 2010.
Un élu du peuple dont les défenseurs descendent une vingtaine de compatriotes et qui, pour toute mesure, remplace un ministre, ne rassure pas. Soit il est trahi et emballé par des extrémistes qui veulent le pousser à l’erreur. Soit il n’est pas à la hauteur de ses responsabilités.
Dans un cas comme dans l’autre, il y a péril en la demeure. Le bilan macabre de ces derniers jours ne peut laisser aucun responsable conscient de ses responsabilités indifférent.
D’où cette interrogation, les véritables ennemis d’Alpha Condé ne sont-ils pas dans son entourage immédiat. Si le président et ses ministres s’accommodent avec le bilan de ces derniers jours, la Guinée serait en danger. Si elle ne l’est pas déjà. Dire que dans l’actuel gouvernement guinéen vous avez un département chargé des droits de l’homme et des libertés publiques, allez y savoir ce que ce département fait.
Pour mémoire, après les massacres du 28 septembre, certains ministres ont jeté l’éponge. Aujourd’hui la situation n’est pas très différente. Des viols, des violences et des massacres ont été perpétrés même dans les concessions.
Un bourreau n’est pas plus qu’un autre. Celui qui tue un seul guinéen n’hésitera pas à tuer tous les Guinéens. D’où la nécessité d’arrêter cette folie meurtrière qui tire son origine de l’impunité.
Habib Yembering Diallo
Analyste et Correspondant de www.nlsguinee.com à Conakry
Contact : habibyambering@yahoo.fr
Tel: (+224) 62 29 11 95
Pour www.nlsguinee.com
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