lundi 27 mai 2013
Je vous en prie, faites quelque chose, MM. Hollande, Barak Obama, Banki Moon… face à la situation guinéenne.La République de Guinée est en train de sombrer à vue d’œil dans le chaos de la guerre civile. Depuis l’élection présidentielle de novembre 2011, notre pays est plongé dans une crise politique d’une violence inouïe.
Pourtant, cette élection devrait conduire la Guinée à la démocratie. Mais que voit-on en lieu et place ?
L’instauration d’un pouvoir tourné vers l’ethnie. Une totale méconnaissance des valeurs susceptibles de fonder la nation et assurer sa survie. La mise en place d’un système politique qui met en avant la toute-puissance du parti au pouvoir dans le mépris absolu des autres forces politiques. Le non-respect des lois et de la constitution de la République. L’embrigadement de forces militaires parallèles à l’armée nationale et dont on détourne de sa mission.
Ces forces parallèles se prévalant de détention des pouvoirs occultes et se faisant appelées « Donzos » puisent leur mode d’action dans de groupements ou sociétés sécrètes de chasseurs traditionnels. Reconnaissables par leur accoutrement bardé de gris-gris, par leur bonnet rouge-sang, leur éventail en queue de bêtes et autres amulettes aux fins de mystifier les populations, ces hordes font régner la terreur depuis plus de 2 ans en Guinée.
Ces hors- la- loi éparpillées à l’intérieur du pays, dans les casernes ou les préfectures, villes et villages où ils se font passer pour des agents forestiers débarquent à Conakry à l’occasion de chaque manifestation pacifique de l’opposition.
A ces hommes armés et recrutés par le pouvoir s’ajoute une milice ethnique formée dans des pays avec lesquels M. Alpha Condé, Président de la République, entretient des relations plutôt personnelles que relevant de liens d’Etat à Etat. C’est dans ce cadre qu’une milice majoritairement de l’ethnie malinké a été envoyée se former en Angola. Forte de plusieurs milliers d’hommes, elle est soigneusement dispatchée dans les forces de la police et de la gendarmerie. Son sadisme et sa criminalité n’a aucune limite.
Le pouvoir guinéen compte sur la capacité répressive de cette armée parallèle pour arriver à ses fins : museler l’opposition, réprimer l’ethnie peule tout particulièrement pour tuer dans l’œuf tout esprit de velléité des autres ethnies afin de parachever l’instauration du pouvoir personnel de M. Alpha Condé.
Ce dessein politique n’étant possible que par la mise en place d’une assemblée nationale excluant tous les partis politiques de l’opposition, le président guinéen veut, coûte que coûte organiser des législatives avec des pseudos partis politiques satellitaires. C’est cette manigance électorale qui est en train de conduire inexorablement la Guinée vers la guerre civile.
Une guerre qui approche sans tambour mais à grands pas. L’enchaînement des répressions quotidiennes à Conakry ne peut aboutir qu’à un seul scénario. Celui où les Guinéens s’entre-tueront entre voisins, entre amis, belles familles, collègues de travail etc. On sait qu’un tel scénario, où les amis d’hier deviennent les ennemis d’aujourd’hui, est la constante de toutes les guerres civiles.
D’autres faits viennent aggraver une situation et un contexte au bord de l’explosion. Les tentatives d’élimination physique des leaders politiques de l’opposition. La dernière en date étant celle du 23 mai 2013 qui a failli coûter la vie à M. Cellou Dalein Diallo, Président de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée.
D’autres leaders sont en exil pour un complot dont l’audition des prétendus complices est théâtralisée à la télévision. Une parade digne des années staliniennes du Parti Démocratique de Guinée (PDG) et qui n’honore pas notre pays.
Est-il nécessaire de rappeler le nombre des morts et leur patronyme ? Je ne m’y attarderai pas tant la liste des victimes est longue et parlante en elle-même. Plus de 40 morts en quelques mois. Les mêmes patronymes reviennent à chaque manifestation : Diallo, Barry, Bah, Sow, Baldé. La liste s’allonge par les victimes du côté des « forces de l’ordre » et des autres ethnies. Des morts en trop quelle que soit leur appartenance sociale. Il n’en reste pas moins qu’Alpha Condé a une volonté manifeste d’exterminer les Peuls de Guinée. Entre le 23 et le 24 mai, 15 personnes aux patronymes évoqués sont mortes par balles, par bastonnades ou égorgées. Parmi eux, mon neveu, Diallo Mamadou Diouldé, 16 ans, tué à Lamdandji.
A ces victimes humaines, il faut ajouter les vandalismes et les incendies des marchés de Madina en avril dernier et de Coza aujourd’hui même. Quotidiennement, les domiciles privés sont attaqués, pillés ou incendiés. Les occupants sont violés, tabassés ou tués. Les citoyens qui manifestent pacifiquement, celles qui jouent dans leur cour ou qui dorment paisiblement subissent le même sort.
Faites quelque chose !
En Guinée, tous les ingrédients d’un conflit inter-ethnique sont réunis. Ciblage d’un groupe social, violation des droits humains, méprise des militants et des leaders de l’opposition, assassinats, meurtres arbitraires, ciblés et quotidiens, insatisfaction des besoins les plus élémentaires, constitution de groupes d’intérêts antagoniques mais liés par la course effrénée à la notoriété, contrôle, voire endoctrinement, de la presse, impuissance des organisations communautaires, montée des extrêmes de tous bords, indifférence de la communauté internationale et entêtement d’un pouvoir pourtant vacillant.
Faites quelque chose !
Il manque très peu de chose pour que la Guinée s’enflamme. Sa jeunesse est quotidiennement massacrée de manière ciblée par un pouvoir ethnocentrique et un chef arrogant, impuissant, nostalgique, obstiné, dépassé par les événements et ne pouvant plus contrôler l’aile dure de son parti : le Rassemblement du Peuple de Guinée (RPG).
Acculées et exaspérées, les populations commencent à former des comités d’autodéfense formés par les jeunes des quartiers pour faire face à la milice armée du RPG et des Donzos-chasseurs d’êtres humains. Préférant jouer au pyromane au lieu de chercher l’apaisement en responsable lucide et conciliateur en retirant son décret incendiaire, le gouvernement guinéen se lance à des accusations sans fondement contre ses adversaires politiques.
Les images des violences passées et actuelles en Guinée ont fait le tour du monde par le net notamment. Aucune personnalité, aucune institution ou organisation digne de ce nom ne peut ignorer cette réalité. En plus, les Guinéens de l’extérieur battent inlassablement le pavé en France, Etats-Unis, Royaume-Uni, Belgique et auprès des institutions européennes et onusiennes pour dénoncer la dictature d’Alpha Condé.
Que fait-on ? Rien. Sinon des déclarations laxistes et le plus souvent partisanes. Telles que les prises de parole du représentant de l’Union Européenne et de l’ambassadeur des Etats-Unis en Guinée. L’ambassadeur de France en Guinée ne dérobe pas non plus à la règle. Des communiqués laconiques, tape-œil pour endormir l’opinion internationale.
Dans ces conditions, est-il étonnant que M. Alpha Condé déclare en juillet 2012 : « Depuis que Sarkozy est parti, je dors bien. Mon médecin peut le confirmer ». L’ex-président français serait-il le seul démocrate parmi les chefs d’Etats des puissances occidentales ? Serait-il le seul épouvantail des dictateurs africains chassés du pouvoir sous son mandat ? Que seraient dans ce cas MM. François Hollande et Barak Obama ? S’accommoderaient-ils des dictateurs contrairement au premier ?
Que répond le pouvoir français actuel face à une réalité guinéenne de plus en plus explosive ?
M. Jean-François Copé serait-il la seule personnalité de la classe politique française à être au courant de ce qui se passe en Guinée au point d’accuser en ces termes : « Prisonnier, peut-être de l'internationale socialiste, François Hollande observe un silence coupable à l'égard du président Alpha Condé (…) qui bafoue les règles démocratiques ».
Que fait la communauté internationale ? Notamment les Nations-Unies. Se contenter de prendre acte de l’échec de la mission du médiateur Saïd Djinnit, l’envoyé spécial de M. Banki Moon en début de moi à Conakry ? Ce dernier oubliera-t-il le contenu de sa lettre-hommage à Cellou Dalein ?
L’union Africaine continuera-t-elle longtemps à fermer les yeux sur les massacres des Guinéens et sur la dictature d’Alpha Condé ? Se contentera-t-elle, à l’heure où les Guinéens tombent sous les balles d’une milice ethnique et des forces de l’ordre indisciplinées, d’honorer l’un des plus grands bourreaux de l’histoire de la Guinée ? Veut-elle laisser Alpha condé faire de Cellou Dalein Diallo ce que Sékou Touré fit de Diallo Telly ?
En d’autres termes, l’Union Africaine fera-t-elle comme son ancêtre l’OUA en laissant tomber Cellou comme ce fut le cas pour Telly ? Oubliera-t-elle les éloges post-électoraux quand elle présentait le président de l’UFDG comme l’homme qui rassemble, qui transcende les ethnies, qui a eu la grandeur de sacrifier sa victoire pour sauvegarder la nation ? Croit-elle qu’Alpha Condé pourra braver plus de 75% de l’électorat des 3 anciens ministres et des autres leaders ?
Que feront la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), les organisations des droits de l’homme et les juridictions internationales ? Continuer à garder Moussa Dadis Camara à Ouagadougou et dérouler le tapis rouge à Alpha Condé qui a commis les mêmes crimes qu’on reproche à l’ancien chef du CNDD ?
Toutes ces hypothèses sont impensables ! Dès lors, je demande à la communauté internationale d’ouvrir les yeux et d’être plus conséquente à l’égard d’Alpha Condé.
Sanctionner le régime guinéen en inculpant de crimes contre l’humanité les membres du gouvernement connus pour leur zèle répressif serait un premier signal. En faire de mêmes pour toutes les autorités militaires, paramilitaires et autres affidés du pouvoir.
Cesser d’accorder des aides à un régime qui s’en sert pour monnayer des consciences, acheter des armes et des engins de répression dont usent les forces de l’ordre contre les citoyens serait un pas de plus.
Rappeler les représentants des Etats et organismes internationaux qui feraient preuve de parti-pris mettrait fin au mensonge diplomatique.
User de tous les moyens pour dissuader Alpha Condé de vouloir poursuivre sa mascarade électorale serait un témoignage de soutien très fort au peuple de Guinée.
En tout cas, faites quelque chose !
Faites quelque chose M. François Hollande, Président de la République Française.
Faites quelque chose M. Barak Obama, Président des États-Unis.
Faites quelque chose, M. Banki Moon, Secrétaire Général des Nations-Unies.
Faites quelque chose, chefs d’Etats des pays amis et limitrophes de la Guinée. Ne soyez pas uniquement les Léopold Sédar Senghor, Houphouët Bobigny, Siaka Stevens, William Tubman et Tolbert, Omar Bongo entre autres qui ont accueilli les Guinéens fuyant la dictature du PDG.
Soyez les amis de notre peuple qui le sauveront cette-fois dans son territoire en usant de tous vos moyens et de toutes vos influences. N’attendez pas un nouveau Rwanda, une nouvelle situation à la libérienne, à la sierra-léonaise des années 90, à la malienne etc.
Faisons quelque chose, Guinéens et Guinéennes. La patrie est en péril. Le peuple en danger ! Il est encore temps de transcender l’ethnie et sauver l’essentiel : la Guinée.
Entendez ma petite voix, je vous en supplie. Si vous ne faites rien, ne dites pas que vous n’avez pas été alertés !
Lamarana Petty Diallo
Professeur de Lettres-Histoire. Citoyen guinéen de l’étranger !
Contact: lamaranapetty@yahoo.fr
Pour www.nlsguinee.com
Les commentaires ci-dessous n'engagent que leurs auteurs, www.nlsguinee.com n'est pas responsable de leurs contenus.