jeudi 14 mars 2013
La justice annonce l’annulation de la convocation des trois signataires de la lettre pour la marche du 27 février. Initialement tous les responsables de l’opposition étaient convoqués. Plus tard elle revoie sa liste à la baisse.
En convoquant ceux qui sont considérés comme les petits poissons. Malgré tout, les gros poissons tenaient à accompagner leurs camarades. Finalement toute la procédure est annulée.
S’il faut saluer toute mesure visant à décrisper la situation délétère actuelle, il faut en revanche déplorer l’immixtion du politique dans le judiciaire. Il n’est un secret pour personne que sans l’aval du politique ou plutôt la demande expresse du politique, la fameuse convocation n’aurait jamais été adressée aux opposants. Tout comme sans les injonctions du même politique la première puis la seconde annulation ne seraient jamais intervenues.
Ni le premier ni le deuxième cas ne dédouane la justice guinéenne. En tant qu’institution chargée de réprimer les crimes et délits, elle aurait dû engager la procédure sans se soucier de ce que pensent les politiques. De la même manière elle aurait dû être intransigeante pour enquêter sur les crimes et les délits commis durant ces quelques jours de descente aux enfers et de sanctionner les commanditaires et les exécutants.
Heureusement que le ridicule ne tue pas. Personne ne comprend aujourd’hui que la justice déclenche une action contre les organisateurs de la marche tout en occultant tous les actes de violences, de meurtres et d’incendies de ces jours de folie. L’attitude de la justice guinéenne dans cette affaire est la preuve on ne peut plus éloquente que l’indépendance de cette justice n’est pas pour demain.
Dès lors que l’annulation de la convocation des leaders politiques est perçue comme une concession, un cadeau à l’opposition et une mesure dont l’objectif est de préserver la paix et l’unité nationale, il est évident que les morts, les blessés et les dégâts matériels sont considérés comme de perte et de profit. Au grand dam de tous ceux qui avaient rêvé que l’impunité n’est plus qu’un mauvais et lointain souvenir dans ce pays. Une nouvelle fois la justice souffre sur l’autel de la politique.
Le moins que l’on puisse dire est que la justice guinéenne ne semble pas prête à se passer de la tutelle des politiques. Or dans une République chaque entité doit accomplir sa mission pour l’équilibre des institutions. Pour la Guinée le trio exécutif, législatif et judiciaire se réduit en un seul : l’exécutif. Celui-là gère tout le reste.
Si l’Institution chargée de l’application des droits et des devoirs capitule, si elle accepte de se faire subtiliser son droit à elle, personne ne doit verser une seule goutte de larmes pour elle. Car plus que quiconque, les juristes savent que le droit de ne se donne pas, il se conquiert. Il ne sert à rien de confier en privé qu’on est caporalisé tout en donnant l’impression sur la place publique qu’on est indépendant.
Le plus idiot sait que la plupart des décisions de justice dans ce pays sont dictées par les hommes politiques. Il appartient à la justice guinéenne de faire un effort. Personne ne le fera à sa place.
Habib Yembering Diallo
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