vendredi 08 février 2013
Louncény Camara était accusé de tous les péchés d’Israël. Perçu par l’opposition comme le principal obstacle à la tenue des élections législatives transparentes. En annonçant sa démission la mort dans l’âme, il avait dit en substance que sa modeste personne ne doit être un obstacle pour l’organisation des élections.
Après le départ de Louncény on a crié vite victoire. Ce départ était censé mettre fin à la crise. C’était sans compter avec d’un côté le manque de confiance entre les acteurs et de l’autre la légèreté de certains cadres de ce pays. Finalement la montagne vient d’accouché une souris. Ce fut une grosse illusion. Un véritable leurre.
Bakary Fofana avait été élu dans un contexte de méfiance et de suspicion. Une bonne partie de ses pairs de la société civile ayant combattu sa candidature. Et l’opposition, elle, se résignant pour ne pas donner raison à tous ceux qui l’accusaient déjà de ne pas vouloir aller aux élections. Les leaders de cette opposition estiment alors qu’il faut juger l’homme à l’œuvre.
Comme par malédiction, et pour conforter le soupçon qui pesait déjà sur lui et de toutes les réserves qu’on avait émises ici et là après son élection, le nouveau patron de la CENI va tout droit là où ses adversaires l’attendaient. Coup sur coup, on l’accuse d’avoir dissimulé le rapport de la francophonie, d’avoir pris une initiative solitaire pour aller à la télévision annoncer un chronogramme électoral, le pré-affichage des listes électorales et finalement la goutte d’eau qui vient déborder le vase est le transfert du fichier de la SAGEM vers Waymark. Il n’en fallait pas plus pour que les commissaires représentant l’opposition montent au créneau. 9 membres de la CENI viennent de dénoncer les actes posés par le patron de l’institution. La CENI est de nouveau dans l’œil du cyclone. Elle est dans la ligne de mire de l’opposition. Mais aussi, et c’est plus grave, de certains de ses propres membres.
La cause est une nouvelle fois entendue. Une structure divisée et discréditée est incapable d’organiser la plus petite des élections et surtout que celle-ci ne soit pas incontestée. Le proverbe est bien connu : « Si quelqu’un promet de vous donner une chemise, examinez bien celle qu’il porte lui-même avant de vous réjouir ». Si la chemise de celui qui promet une autre est déchirée, chiffonnée et sale, bien évidemment il vous donnera une autre pire que celle qui porte.
Qu’est-ce à dire ? Une commission électorale fortement contestée et dont près de la moitié des membres dénoncent l’attitude et le comportement du président, est-elle capable d’organiser une élection acceptée par tous ? Assurément, Bakary Fofana n’a pas été épargné par le syndrome qui avait atteint son prédécesseur, Louncény Camara.
Et puisque les mêmes causes produisent les mêmes effets, on revient à la case départ. La CENI fait une véritable marche de l’écrivisse en matière d’organisation d’élections. Louncény Camara au moins annonçait mais n’agissait pas. Bakary Fofana, lui, est accusé de passer à la vitesse supérieure sans la moindre concertation et le consensus avec ses pairs. D’où le risque de renvoyer les législatives aux calendes grecques. A moins que le rendez-vous prévu à Sékoutouréya le 12 février, veille de la manifestation de protestation de l’opposition, ne soit ce miracle que tout le monde attend depuis des lustres.
Habib Yembering Diallo
Analyste et Correspondant de www.nlsguinee.com à Conakry
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Pour www.nlsguinee.com
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