Guinée : COTRADEG : la nécessaire clarté.
dimanche 30 avril 2006
L’état de déliquescence dans lequel Mr. Lansana Conté et son clan mafieux ont plongé la Guinée suscite beaucoup de débats, et parfois des propositions de dernière minute. Il a surgi ici ou là des groupes ou collectifs voulant se pencher sur le sort de notre pays. Le COTRADEG en est un. Toutes ses propositions ne sont pas mauvaises. Je le redis ici.
Pour autant, il demeure d’inquiétantes ambiguïtés ( volontaires ou involontaires) dans ce document. La première porte sur ce que les membres du COTRADEG appellent une « transition constitutionnelle ». En d’autres termes, accepter comme norme juridique suprême, un texte falsifié à de multiples reprises pour le rendre conforme aux intérêts de groupes politico- mafieux, d’ailleurs parfaitement identifiés. Fodé BANGOURA, Kiridi BANGOURA, Aboubacar SOMPARE… en sont les figures emblématiques.
N’étant pas juriste, je parle sous le contrôle des juristes.( Je suis professeur d’économie). Une constitution, c’est la Loi suprême, la règle commune. Elle fixe pour tous, les modes d’accession au pouvoir, la manière dont il doit être exercé, ce que doit ou ne doit pas faire celui qui est au pouvoir, etc….Pour aller plus vite , il me semble qu’on peut dire que c’est un Contrat Suprême que les citoyens passent avec l’institution Etat, mais aussi avec ceux qui ont en charge de faire fonctionner cet Etat dans l’intérêt collectif. Cela implique de leur part un minimum de probité, par exemple ne pas falsifier ce Contrat Suprême dans le but de préserver leur intérêts particuliers. Et c’est là tout le problème avec le COTRADEG
En reconnaissant le caractère illégitime des différentes « modifications » initiées par les politico-mafieux, on pouvait penser qu’il en tirerait les conséquences logiques : l’impossibilité juridique d’une transition « légale ». Au lieu de cela, les membres de COTRADEG, sans aucun souci de cohérence, affirment tranquillement que la FORFAITURE constitutionnelle doit être considérée comme secondaire, et qu’il faut laisser les CRIMINELS profiter légalement de leur FORFAIT. C’est étrange comme raisonnement de la part d’intellectuels –chercheurs. A moins qu’ils ne poursuivent des finalités autre que celles affichées.
Le COTRADEG fait état de risques tout à fait imaginaires, mais cela sert des intérêts que ses membres devraient préciser à nos compatriotes. En effet, les rédacteurs du manifeste écrivent « …De surcroît, il n’est pas certain qu’un ATT ait été identifié à Conakry et que l’exception malienne soit capable de se reproduire en Guinée. En second lieu, nous pensons qu’il faut préserver la vie humaine et éviter au peuple guinéen-qui a connu bien des souffrances depuis l’indépendance- un bain de sang supplémentaire et des morts inutiles. ». Pourquoi y aurait-il bain de sang ? On est là dans la construction artificielle de risques. L’invocation irresponsable de bain de sang, de morts inutiles… fait évidemment penser au RWANDA, au Libéria, etc…Nous voilà condamnés à la barbarie. Dès que nous autres, nous demandons à nos « dirigeants » non élus, de se conformer au Contrat Suprême, nous sommes automatiquement renvoyés aux horreurs auxquelles nous sommes totalement étrangers. Un intellectuel devrait savoir que la construction d’un Etat , d’une Nation ne se fait pas sans convulsions, parfois douloureuses.
Laisser entendre que tous nos compatriotes en uniformes seraient prêts à plonger le pays dans un bain de sang est bien la marque d’un mépris, même si le COTRADEG s’en défend.
Dans les années 60 et 70, toute aspiration des populations africaines à desserrer l’étau des tyrannies tropicales était aussitôt écrasée. Pour cela on invoquait systématiquement le « risque » de communisation de l’Afrique. C’était un subterfuge destiné à prolonger le règne des tyrannaux de village comme MOBUTU, Eyadéma, Bokassa, etc…Aujourd’hui, le subterfuge a changé de visage, ainsi que le mode d’argumentation. Tous ceux qui aspirent aux libertés fondamentales sont aussitôt suspectés de vouloir répandre le sang. C’est dommage que le COTRADEG se soit prêté à ce jeu. Et Dire que le COTRADEG est un partenaire efficace du changement est tout simplement une plaisanterie naïve. Car, ses propositions reviennent en définitive à légaliser le pouvoir perpétuel qui ne tardera pas à se transformer en tyrannie dynastique.
Mamadou Billo Sy Savané ( Rouen )
Mon contact : smosalinn@aol.com
Correspondance pour Nlsguinee.com
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