GUINÉE : MENACES ET INTIMIDATIONS : QUE VEUT LE COLONEL FACINET TOURÉ ?
lundi 24 avril 2006
Le colonel Facinet Touré n'en finit pas de demander des nouvelles du directeur de publication de ''L'Observateur'’. Celui-ci l'aurait accusé d'avoir fomenté un coup d'Etat contre le général Lansana Conté, lorsque celui-ci était à Genève.
Qu'il se rassure - lui et d'autres qui en font leur préoccupation -Tibou Kamara sera bientôt en Guinée. Une fois à Conakry, notre directeur expliquera pourquoi cet officier était tant intéressé par son retour.
A moins qu'il ne s'agisse simplement de l'un de ses nombreux bluffs auxquels l'officier a habitués les Guinéens.
En effet, l'on se rappelle, entre autres exemples, qu'à la faveur de l'élection présidentielle de 1993, il avait réussi à faire beaucoup parler de lui.
En répandant la peur et la panique au sein des populations qui ont eu tort de le croire sur parole dans sa détermination – il était un opposant à l’époque - à faire tomber le régime de Lansana Conté. Mais d'actes, il n'y en aura point. L'on en restera au stade de la ''propagande et de la défiance''. Ce qui avait déçu tous ceux qui l'avaient pris au sérieux et s’attendaient à ce que, joignant l'acte à la parole, il terrasse ses adversaires, ses compagnons d'hier. Reminiscence, reminiscence !
Remercié du gouvernement par le général Lansana Conté, le colonel Facinet Touré avait juré de laver cet affront avant d'abdiquer en désespoir de cause.
Pour mener à bien son entreprise, il avait créé un parti politique. Objectif : briguer la magistrature suprême et s'installer dans le fauteuil du général Lansana Conté pour la conquête duquel il ne ménagera alors aucun effort.
L'aventure, malgré toute l'ardeur au combat du colonel, tournera court et laissera un arrière-goût de désillusion et d'échec. L'officier finira par rentrer dans les rangs.
A la faveur d'une médiation menée par des amis et compagnons communs, ce sera à nouveau l'idylle entre les deux ‘’frères’’ ennemis.
Mais avant le rapprochement qui semblait plus souhaité par l'un que l'autre – il est facile de deviner qui - il y avait eu une vilaine rupture. Celle-ci avait jeté l'un des ‘’héros’’ du 3 avril 1984 dans les bras de l'opposition radicale.
Le colonel Facinet Touré qui avait été chargé par ses pairs de lire le communiqué annonçant la prise du pouvoir par l'armée ne s'était pas résolu à être écarté.
Surtout qu’au cours des mois qui ont suivi l'avènement du nouveau régime, il faisait office de numéro 2, de véritable homme fort de l'instance dirigeante du pays. Sa détermination à combattre le pouvoir était aussi grande que sa déception d'avoir été forcé de partir.
Cela apparaîtra davantage dans ses interventions publiques, au cours notamment des interviews qu'il accordait à la presse.
L'escalade viendra cependant de la campagne électorale des présidentielles de 1993. Très remonté contre le régime et engagé dans une véritable logique d'affrontement avec le général Lansana Conté, le candidat Facinet Touré provoquera une fuite massive des populations de la banlieue de Conakry vers l’arrière-pays.
Ne pouvant tenir des meetings, faute de militants, il se contentera d’occuper le plateau de la télévision pour délivrer des messages apocalyptiques. Chacun de ses propos annonçait le pire et laissait entendre que la Guinée aurait brûlé inévitablement. Prudents, beaucoup de Guinéens avaient fait évacuer alors leurs familles pour laisser passer la tempête électorale.
Avant de se rendre compte, plus tard, qu'ils s'étaient affolés pour rien. Depuis, ''l'effet Facinet'' dans la vie politique s'est estompé.
Encore plus lorsqu'il est revenu dans les grâces présidentielles après moults tractations.
Le colonel Facinet Touré promu second du grand chancelier de l'ordre national du mérite, avait même réussi à se faire oublié maintenant qu'il était ''casé''.
Une discrétion qui sera abandonnée avec un choix pour le moins surprenant : l'adhésion à l'Union pour le développement intégré de la Basse Guinée – UDIBAG - rebaptisée récemment Union pour le développement intégré de la Guinée – UDIG -. Un vernis qui ne cache pas grand-chose, car les visées régionalistes de l'association n'ont échappé à personne et expliquent en partie le changement de sigle et non forcément celui des objectifs.
Aussi, pour de nombreux Guinéens, L'UDIBAG (ou l'UDIG), dans son esprit et sa lettre, menace-t-il l'unité de la nation guinéenne en créant et en entrenant, comme le dirait Jean-François Kahn ''une guerre civile froide''.
Fer de lance de l'association de Mamadou Sylla, l’homme des affaires, le colonel Facinet Touré, de toute évidence, ne s'accommode guère des critiques et dénonciations répétées contre son patron du moment.
C'est dans cette ''frustration'' qu'il faut peut-être aller chercher les raisons de son ire, plutôt que dans un quelconque article l'incriminant.
Malheureusement pour lui et pour d’autres, nous n'écrivons pas pour plaire à quelqu’un.
Nous avons eu tort de croire que le rôle qu'il a joué dans l'histoire de la Guinée aurait censuré et orienté son action publique qui, aujourd'hui, est plus que controversée, car dictée par des ''intérêts particuliers'' et des particularismes dont la Guinée n'a que faire.
Il est difficile à ce stade de ne pas revisiter les témoignages du capitaine Fodé Momo Camara qui, en retraçant les péripéties du 3 avril 1984 dans la presse, a fait un portait du colonel Facinet Touré qui est tout sauf flatteur.
Sûr de son fait, Fodé Momo a défié quiconque de démentir ses propos, de contester ses témoignages.
Le colonel Facinet Touré n'a jamais eu la moindre réaction face aux graves accusations portées contre lui. Tout comme il s'est gardé de proférer des menaces.
Il a préféré afficher un profil bas. Alors pourquoi pense-t-il pouvoir intimider ''L'Observateur'' ?
Un exercice que d'autres ont tenté avant lui. Sans succès. Car il y a longtemps que les hommes, à la faveur des luttes de libération, de la vague démocratique qui a déferlé sur le monde et aussi des traques organisées contre les ennemis de la liberté et des droits de l'homme, il y a longtemps, mon colonel, que les hommes ont été libérés de leurs peurs et torpeurs. Même en Guinée où l'histoire se plaît à traîner les pas.
La rédaction de L'Observateur, Pays-Bas
Correspondance pour Nlsguinee.com
|