Guinée : COTRADEG : énervement injustifié
samedi 22 avril 2006
Répondant à mon insistante interpellation, mes amis du COTRADEG ont sorti un communiqué indigné qu’ils ont intitulé « Droit de réponse ».
Le titre ?-- « COTRADEG ne méprise pas l’armée guinéenne ».
Il s’en suit une longue indignation sans rapport avec les questions précises argumentées qui leur ont été posées.
Peut être ont-ils été vexés ?
Ce n’était pas mon intention, ni celle du deuxième de Rouen dont ils ne citent pas le nom (ni le mien d’ailleurs).
Il nous faudra pourtant revenir à l’essentiel, sans indignation facile, mais avec rigueur et précision. Exiger d’un interlocuteur qu’il soit cohérent, n’est pas vexatoire. Si de surcroît ces interlocuteurs sont des « chercheurs connus pour nos travaux académiques, articles scientifiques et ouvrages universitaires…», alors ils doivent accepter un devoir de cohérence et de clarté.
J’ai posé un certain nombre de questions. Vous voudrez bien m’excuser de mon entêtement, mais je suis obligé de vous les reposer à nouveau.
1- Vous parlez de transition constitutionnelle. Et dans les faits, vous plaidez paradoxalement pour Mr. Aboubacar Somparé qui est précisément l’un des principaux artisans de toutes les falsifications de La Loi Fondamentale, ainsi que de la Vraie-Fausse élection de Décembre 2003.
Actuellement, avec l’appui de son cousin Mamadou Sampil opportunément promu Colonel et chef d’état-major de l’armée de terre, ils sont en train de mettre sur pied dans certains camps militaires à Conakry, des unités quasi-ethniques et régionalistes. Contestez-vous cela ?
2- Le 9 avril dernier vous écrivez, à propos de ce que vous appelez « le risque d’une prise de pouvoir par l’armée ».
Je cite « Une telle situation comporte une part importante de risques … Risque d’instabilité politique, risque de guerre civile et d’embrasement sous-régional… ».
Vous reprenez à votre compte sans en mesurer les effets, les poncifs les plus éculés qui circulent sur toute armée Noire Africaine, à savoir : les armées africaines, c’est un ramassis de soudards, dirigés par des généraux et colonels grotesques qui sont prêts à précipiter leur pays dans la guerre civile et dans l’instabilité politique.
Evidemment, certaines armées noires africaines se sont comportées en d’abominables bourreaux de leurs propres peuples.
C’est le cas des Eyadema au TOGO, Moussa TRAORE au Mali avant sa chute, Mobutu au ZAÏRE. Mais au BENIN, Mathieu KEREKOU, même dans sa période marxisante, ne s’est pas comporté en bourreau. Au Sénégal, l’armée est restée républicaine. Même en Guinée, elle a respecté la population. C’est Sékou Touré dont Aboubacar Somparé se réclame qui était le véritable bourreau du pays.
Pourquoi selon vous y aurait automatiquement un risque de guerre civile et d’instabilité ?
Pensez-vous qu’il y a maintenant la stabilité en Guinée avec Lansana Conté et ses amis mafieux ?
Je prétends connaître la société guinéenne autant, peut être même plus que n’importe quel expert. Les risques d’instabilité et de guerre civile en Guinée sont quasiment nuls. La réalisation de ce risque est subordonnée à plusieurs facteurs, entre autres ceux-ci : un pouvoir disposant d’un minimum d’assise sociale déterminée à le protéger, une opposition mobilisant sur des bases irrationnelles (tribalisme, corporatisme….).
Or, l’opposition même faible n’a rien de tribaliste, et Lansana Conté et ses amis militaro-affairistes n’ont aucune base sociale. Il est très probable que les jeunes militaires et officiers n’obéiraient à aucun ordre visant à utiliser les armes contre les populations. Les colonels et généraux peuvent bien avoir les clés des armureries. Il n’est pas certains qu’ils sortent vainqueurs d’une épreuve de force. Je vais décevoir mes amis du COTRADEG, mais je parle en connaissance de cause. Je suis sur le terrain. Je connais bien notre pays dans toutes ses dimensions. Et je me méfie des « experts ». Car, vous savez mieux que moi, il y a des experts brillants qui racontent brillamment des inepties.
Que mes compatriotes du COTRADEG se rassurent. J’ai lu et relu l’ensemble du mémorandum. Il y a des points d’accord, d’autant que vous rejoignez des thèses que mes amis et moi-même nous avons développées dès 2001, lorsqu’il nous est apparu que le clan politico-mafieux et militaro-affairiste (Lansana Conté et Aboubacar Somparé) avaient décidé de falsifier la Loi Fondamentale pour conserver le pouvoir.
Et c’est à ce moment que nous avons (mes amis et moi) développé la transition et le schéma qu’il nous paraissait raisonnable de proposer aux acteurs politiques sur le terrain en Guinée. Je pense pouvoir dire que notre avis n’a pas été considéré comme sans importance. Je n’insisterai pas plus.
Je suis heureux que des compatriotes fassent des colloques, produisent des documents académiques. Mais je le serai encore plus, s’ils répondaient à mes interrogations de façon argumentée, cohérente et claire. Pour l’instant, je suis resté sur ma fin. Et c’est dommage.
En Guinée, la transition constitutionnelle n’est ni souhaitable, ni possible. La constitution ayant été falsifiée à de multiples reprises par ceux dont le devoir était de la mettre à l’abri de toute falsification, elle ne peut plus être une référence.
Mamadou Billo Sy Savané, (Rouen) France
Mon contact: smosalinn@aol.com
Une Correspondance pour Nlsguinee.com
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