samedi 26 mai 2012
Après les crimes contre l’humanité que l’armée guinéenne a perpétrés contre sa propre population en 2009, l’espoir était né en Guinée à l’amorce de la transition 2010.
Le monde entier est venu au chevet de la Guinée avec assistance financière, technique et de bonnes propositions de sortie de crise.
Par la faute de nos forces vives d’alors et de toute la classe politique guinéenne, les accords d’Abuja qui pouvaient garantir la neutralité et l’équité dans la transition démocratique en Guinée sont restés lettres mortes. Il s’agissait de la mise à l’écart de tous les acteurs du CNDD, du retour de tous les militaires dans leurs casernes, de l’envoi d’une force neutre de protection de la population et du choix d’une personnalité neutre, connue pour sa crédibilité et sa probité morale, à la tête d’un gouvernement d’union nationale pour diriger la transition.
Malgré les recommandations de l’Union Européenne et l’insistance de la diaspora et des cadres guinéens bien avertis dont l’IBCG (Initiative de Bruxelles pour le Changement démocratique en Guinée), la classe politique et la société civile guinéennes se sont laissées dicter les démarches et la volonté de celui qu’on appelait opposant historique en Guinée, le leader du parti RPG, Alpha Condé à savoir:
Le choix du médiateur (Capitaine Blaise Compaoré, président du Burkina Fasso), la présidentielle avant les législatives, l’abandon des accords d’Abuja qui étaient une revendication chère aux Forces Vives, le choix du Premier ministre de la transition (Jean Marie Doré), le calendrier électoral et la gestion des élections entre le premier et le second tour de la présidentielle 2010 etc.
Ces erreurs graves du passé ont anéanti tous les sacrifices du peuple de Guinée et l’assistance étrangère massive que notre pays a reçue pour sortir de la crise. Aujourd’hui, la Guinée est plus malade qu’au temps du CNDD ! Le peuple guinéen est en train de mourir de répression aujourd’hui pour revenir au peu d’acquis démocratiques obtenus au prix de lourds sacrifices sous le régime militaire de Lansana Conté ! Cependant, le chaos et l’implosion peuvent encore être évités en Guinée. Pour cela il y a des préalables ou conditions à remplir :
I - Conditions non négociables
- L’annulation de tous les engagements pris par le Gouvernement et la CENI dans le cadre de l’organisation des législatives.
- L’utilisation du fichier électoral qui a permis "l’élection" d’Alpha Condé à la présidentielle, telle que stipulée par la loi et non un nouveau recensement que la CENI, Waymark (une société sud-africaine) et Sabary Technologie (une entreprise fondée et gérée par des agents du RPG), sont en train de faire actuellement.
- Le retour au processus de révision de la SAGEM, société choisie par Appel d’Offres International avec le concours des partenaires au développement et qui a établi le fichier électoral ayant servi à l’élection présidentielle de 2010.
- Le renvoi de Lounceny Camara de la CENI.
En effet, tout ce qui s’est passé avec ce ‘président’ actuel de la CENI et la confiance brisée entre ses collègues et lui, un climat de travail serein et crédible n’est plus possible dans cette institution avec sa présence. D’autre part, il a mis en place un système de fraude qui le disqualifie définitivement pour appartenir à une institution républicaine dans un Etat de droit. C’est par exemple la mise en place de 80% des démembrements de la CENI dans tout le pays, composés des membres du RPG-Arc-en-ciel alors que la mouvance présidentielle ne représente pas plus de 20% du corps électoral.
- La non-implication de l’administration dans le processus électoral pour garantir la neutralité et la crédibilité des élections.
- La restauration des élus locaux ou conseillers communaux remplacés par des militants du RPG en violation de la constitution.
- L’accès équitable des partis politiques aux médias publics qui doivent être politiquement neutres.
- Des garanties permettant aux juridictions du pays de travailler objectivement et faire appliquer la loi dans le strict respect de la constitution.
- La libération inconditionnelle des militants de l’opposition et des citoyens innocents arrêtés arbitrairement chez eux en violation de l’article 10 de la constitution.
- Dépôt de plaintes et ouverture des enquêtes en Guinée et auprès des juridictions sous-régionales pour tous les abus, crimes de sang, arrestations arbitraires et tortures contre les militants de l’opposition et leurs familles et les personnes supposées favorables à l’opposition.
II - Conditions négociables
- La recomposition de la CENI.
Elle doit se faire sur un critère démocratique et objectif: la représentation des partis politiques (mouvance présidentielle et opposition) à la nouvelle CENI doit refléter le pourcentage obtenu par chaque parti politique lors de la compétition libre et équitable entre tous (au premier tour de la présidentielle 2010).
- L'élaboration et l'adoption d’un chronogramme consensuel.
III – Observations
Pour la transition 2010, on a mis la charrue avant les bœufs.
Sous l’influence des soi-disant doyens Jean Marie Doré et Alpha Condé, les Forces Vives se sont battues plutôt pour remplacer le CNDD au pouvoir que pour l’avènement d’une vraie démocratie et d’un Etat de droit en Guinée. Ce qui n’a fait qu’aggraver la division ethnique, la misère pour le peuple et l’avènement d’une nouvelle dictature en Guinée.
Nous nous réjouissons de constater que par l’action du Collectif et de l’ADP, la population guinéenne dans son ensemble (toutes sensibilités et ethnies confondues) se retrouve à nouveau et se sent représentée dans sa lutte pour l’unité nationale, la liberté et la conquête d’un Etat de droit.
C’est pourquoi nous félicitons le Collectif et l’ADP et les exhortons à travailler désormais sur des principes et d’adopter quelques décisions pour éviter les erreurs du passé:
- S’inspirer de l’unité exemplaire que les opposants sénégalais ont réalisée face au Président Wade dans l’intérêt supérieur de leur patrie qui courrait les risques d’emprunter le chemin de la Guinée d’Alpha Condé. Le Collectif et l’ADP doivent être conscients qu’ils représentent au moins 80% de la population guinéenne et l’espoir du peuple pour empêcher une nouvelle dictature et un conflit ethnique armé en Guinée.
- S’assurer qu’au sein du Collectif / ADP, aucun parti politique ne joue le jeu d’un pied dans le camp du pouvoir et un pied dans l’opposition comme le laisse paraître en ce moment la NGR.
- L’opposition (Collectif / ADP) doit éviter toute infiltration qui va l’affaiblir en considérant comme non fiables ou étant de la mouvance présidentielle les partis soi-disant du centre (UPG de Jean Marie Doré, UPR de Bah Ousmane, UFD de Baadiko etc.)
- Aucun des leaders politiques du Collectif / ADP ne doit désormais rencontrer Alpha Condé ou un de ses représentants avant la tenue des législatives. Cela ferait éviter des crises de confiance, la méfiance et des trahisons pour garantir le succès de l’opposition et la satisfaction des attentes du peuple.
- Le futur Président de l’Assemblée Nationale sera choisi par le groupe Collectif / ADP sur une base d’engagement solennel et d’accord signé par ses membres après le succès du combat politique en cours et avant la tenue des législatives. Cela garantirait la cohésion du groupe et le protégerait face à la corruption et aux intimidations du pouvoir.
Et enfin:
Vu les violences du pouvoir sur les populations qui ont répondu ou sont supposées avoir répondu à l’appel de l’opposition (Collectif / ADP) de manifester pacifiquement le 10 mai 2012, entrainant mort d’hommes, des blessés graves, des arrestations et des emprisonnements arbitraires,
Vu les descentes punitives à caractère ethnique dans les quartiers où la population a voté en majorité pour les partis de l’opposition actuelle, dénoncées par le Collectif et l’ADP eux-mêmes,
Vu la création et l’entretien d’une milice ethnique armée (les donsos) par le pouvoir en violation de la loi et leurs déploiements massifs en Basse Guinée, en Moyenne Guinée et en Guinée forestière dont plus de 1000 identifiés dans la seule ville de Nzérékoré (Lire 5),
Vu les récentes révélations des leaders de l’opposition eux-mêmes, qu’ils ont obtenu, de plusieurs sources différentes et sûres, des informations selon lesquelles le pouvoir avait planifié des massacres d’opposants et assassinats des leaders de l’opposition par des donsos et des mercenaires libériens de l’ULIMO lors de la manifestation qui était prévue le jeudi 24 mai 2012,
Remarque: le parti au pouvoir, le RPG, a annulé sa manifestation prévue le 24 mai après que l’opposition a reporté la sienne, apportant ainsi la preuve qu’il s’agissait d’une contre-manifestation visant à briser la manifestation pacifique de l’opposition et à créer des troubles et des violences imputables à "des civils incontrôlés".
L’opposition guinéenne (Collectif / ADP) est en droit et a le devoir de demander à l’ONU:
1- l’envoi d’une force neutre pour la protection de la population et minimiser ainsi les risques d’un génocide ou d’une guerre civile en Guinée.
2- Son implication dans l’organisation des prochaines élections législatives pour qu’elles soient libres et transparentes afin que les résultats soient acceptés par tous, comme elle l’a fait dans l'ile d'Anjouan en 2008.
La réalisation de ces conditions est indispensable au rétablissement de la confiance et à l’établissement d’un Etat de droit en Guinée, dans le respect de la constitution. Sans ces préalables, toute nouvelle aventure électorale en Guinée peut conduire le pays à son implosion.
Le 24 mai 2012
Initiative de Bruxelles pour le Changement démocratique en Guinée (IBCG)
Contact : ibcg2008@ymail.com
Transmis par Groupe Guinéen IBCG
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