vendredi 25 mai 2012
L’opposition vient de lever le pied sur l’accélérateur. Elle reporte la marche qu’elle projetait le 24 mai sur l’autoroute qui porte le nom du leader Maximo. Les habitants de la capitale poussent un ouf de soulagement. Car la journée était celle de tous les dangers.
Et pour cause, l’opposition voulait montrer et démontrer qu’elle peut mobiliser du monde non pas sur la seule route le prince mais sur n’importe où sur le territoire national. L’axe retenu pour la marche avortée connait peu de protestation et de contestation. La dernière en date a eu lieu le 22 janvier 2007. Le jour où la foule avait littéralement pris d’assaut cette route pour réclamer un changement de régime.
Cette artère ne bouge que si la population est poussée au pied du mur. L’opposition était décidée de braver ce tabou. De montrer que les mêmes causes produisent les mêmes effets. C’était un pari mais aussi un défi. Le pouvoir a pris l’affaire très au sérieux. Il s’est montré très sensible. Certains de ses caciques ont parlé de provocation. Et de réponse du berger à la bergère. Un ministre est allé plus loin en parlant de la loi du talion. Bref, on redoutait le pire pour ce jour. Heureusement, si certains reports ont été fustigés, cet autre report a été bien accueilli.
Car plus la date s’approchait, plus la tension montait. L’anxiété gagnait les cœurs et les esprits. Obligeant certains à éloigner femmes et enfants de Conakry et ses problèmes. A cinq jours de cette journée de tous les dangers, on assiste à un coup de théâtre. Un coup de théâtre qui soulage plus d’un.
L’opposition reporte la manifestation à une date ultérieure. Raison invoquée, l’absence de son ancien ami et allié. Elle ne veut pas qu’on lui raconte ce qui s’est passé. Mais elle oublie peut-être que la différence n’est pas très grande entre celui qui est au palais et celui qui se trouve à l’extérieur. Le nôtre comme tous les autres palais vous coupe du monde réel pour vous plonger dans un monde virtuel.
En tout les cas, si monsieur tout le monde pouvait demander au professeur de prolonger son séjour à l’étranger, il l’aurait fait. Pour lui demander de rester aussi longtemps que possible. Car le porte-parole de l’opposition indique que dès qu’il revient l’opposition fixerait une nouvelle date pour sa manifestation.
Ainsi, volontairement ou involontairement, le professeur a réussi à faire avorter le projet de l’opposition. Et il pourrait récidiver. D’autant plus qu’il sait désormais que l’un des moyens par lesquels il peut faire reporter voire annuler une manifestation est de prendre l’avion. Or pour un chef d’Etat prendre un avion n’est pas la mer à boire. Autant des fois que l’opposition pourra programmer une marche, plus des fois le professeur pourrait prendre un avion.
La décision de l’opposition est louable. Elle décrispe l’atmosphère. Reporter une manifestation qui devait être celle de tous les dangers est salutaire. Mais elle est tout aussi incompréhensible. Dire qu’on ne manifeste qu’en présence du chef revient à personnaliser le débat.
Le même chef dit qu’il ne dialogue pas avec les hommes. Selon lui ce sont les partis politiques qui doivent dialoguer entre eux. Véritablement, les uns et les autres font monter les enchères. Or ce qu’il nous faut en ce moment crucial c’est un dialogue franc et sincère. Un dialogue qui prenne en compte le point de vue de l’autre.
Tout le reste est une fuite en avant où aucun des protagonistes ne trouvera son compte. Ni l’opposition encore moins le pouvoir.
Habib Yembering Diallo
Analyste et Correspondant de www.nlsguinee.com à Conakry
Contact : habibyambering@yahoo.fr
Tel: (+224) 62 29 11 95
Pour www.nlsguinee.com
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