vendredi 25 mai 2012
Le Mali s’enfonce dans la crise. Chaque fois qu’il fait un pas en avant la veille il faut deux pas en arrière le lendemain. Chaque jour que le ciel malien s’éclaircit un énorme orage l’assombrit le lendemain. On se félicitait d’un accord politique intervenu le dimanche. Un événement inédit se produit le lundi. Une foule en colère prend d’assaut le palais présidentiel. Elle moleste le président de la République. Celui-ci est grièvement blessé.
C’est du jamais vu. Que de badauds parviennent au palais présidentiel. Qu’ils trouvent le chef de l’Etat dans son bureau. Qu’il le passe à tabac, cela est une grande première. Le plus naïf sait que cette manifestation n’est pas spontanée. Elle n’est pas fortuite. Elle a été commanditée. D’où la vulnérabilité du chef de l’Etat. Parce qu’un chef d’Etat n’est fort que s’il est protégé. En l’occurrence par les forces de sécurité.
Or pour le cas présent les forces de l’ordre ont observé. Elles ont laissé faire. Le pauvre président a une nouvelle fois une confirmation. Le véritable homme fort du Mali n’est pas au palais Kouliba. Mais au camp de Kati. C’est cela la triste réalité malienne. C’est cela aussi les conséquences de la complaisance et de la malveillance de la Communauté des Etats ouest africains.
La CEDEAO avait adopté une position de fermeté au lendemain du coup d’Etat. Empêchant le chef des putschistes de s’autoproclamer chef de l’Etat. Mais depuis le premier succès, cette organisation a manqué de vision et de réalisme. Sinon comment expliquer qu’elle entérine le coup d’Etat et envoie Amadou Toumani Touré à Dakar. Et en même temps qu’elle laisse le capitaine Sanogo au Mali. Pire en espérant qu’un président civil peut exercer ses fonctions de chef d’Etat pendant que le chef de la junte est au pays.
Et comme si cette erreur politique et stratégique ne suffisait pas, les chefs d’Etat oust africains récompensent le putschiste. Celui qui devait se retrouver devant le juge obtient l’immunité à vie. Pire il bénéficie le stat d’ancien chef d’Etat alors qu’il n’a jamais été chef d’Etat.
Après l’aboutissement de tous ses chantages, Sanogo n’entend pas s’arrêter là. Il veut insinuer aux yeux de l’opinion internationale que les Maliens le réclament. Qu’ils le préfèrent au civil. D’où selon toute probabilité l’origine des manifestations de ce lundi. La junte veut donner l’impression que les Maliens ne supportent pas le dicta de la CEDEAO.
Seulement ses partisans ont dépassé les bornes. Car porter atteinte physiquement au président de la République n’ouvre pas les portes du palais du capitaine obsédé par ce palais. L’agression physique dont a été victime le président intérimaire ne rend pas service au chef de la junte. Bien au contraire, cette agression perfide devrait amener la CEDEAO à revoir sa copie. A hausser le ton et à revenir sur l’accord signé dimanche.
Plus que jamais la CEDEAO joue sa crédibilité. Si elle baisse l’échine devant la junte et son chef obsédé par le pouvoir, c’est la porte ouverte aux coups d’Etat sur le continent et plus particulièrement dans la sous région ouest africaine. En revanche si elle prend le problème à bras le corps pour mettre le chef de la junte hors d’état de nuire, ce sera un message fort à l’encontre de tous les potentiels putschistes.
La balle est donc dans le camp de la CEDEAO. Mais aujourd’hui c’est au Mali demain ce sera ailleurs.
Habib Yembering Diallo
Analyste et Correspondant de www.nlsguinee.com à Conakry
Contact : habibyambering@yahoo.fr
Tel: (+224) 62 29 11 95
Pour www.nlsguinee.com
Les commentaires ci-dessous n'engagent que leurs auteurs, www.nlsguinee.com n'est pas responsable de leurs contenus.