mercredi 16 mai 2012
Démonstration de force de l’opposition dans la rue. Organisation d’un grand meeting du parti au pouvoir au palais du peuple. Journée ville morte décrétée par l’opposition le lendemain.
On assiste de part et d’autre à la réponse du berger à la bergère. Mais, comme par miracle, chaque fois que la situation est explosive, surgit à la dernière minute un motif d’espérer. Les derniers développements nous permettent d’espérer. Pour redémarrer le match. Avec un autre arbitre peut-être.
Le pouvoir a organisé son meeting géant pendant la journée. Un meeting au cours duquel certains caciques ont montré leurs muscles prêts à en découdre avec l’opposition. Dans ce meeting où le ministre de la jeunesse s’est montré particulièrement irrité. Sans peut-être se rappeler du bon vieux temps où lui-même était souvent dans la rue pour réclamer la démocratie. Heureusement que le pouvoir c’est une pluralité de personnes, d’opinion et de tempéraments.
Ainsi, pendant que le jeune ministre de la jeunesse faisait monter les enchères, son collègue ministre chef de cabinet et porte parole de la présidence, lui, se préparait à jouer au sapeur pompier. Cela s’appelle souffler le chaud et le froid.
Si pour Bantama Sow faire la paix c’est préparer la guerre, pour son président il faut arrêter la guerre, même si elle est froide. A travers Kiridi Bangoura il a atténué la chaleur. Pour ne pas dire qu’il a éteint le feu. Son communiqué lu dimanche soir ne laissera personne indifférent. Y compris le plus virulent parmi les opposants.
Même si la décision du gouvernement est en totale contradiction avec ce qu’il a toujours soutenu, cette décision est salutaire. Elle est de nature à restaurer la confiance et la paix dans la cité. En demandant à la CENI d’arrêter toutes les opérations sur le terrain, le pouvoir donne raison à l’opposition et à une partie de l’opinion publique qui soutiennent que la CENI est indépendante jusqu’au jour où le président de la République le voudra. Et par le communiqué du 13 mai, ce dernier a prouvé que vouloir c’est pouvoir.
Si la CENI est indépendante comme on le crie sur tous les toits, qu’elle refuse alors d’obtempérer à ces injonctions. Comme nous l’avons toujours dit, deux choses sont incompatibles : l’indépendance et l’opacité. Même entre le père et ses enfants, si le premier n’est pas correct, les seconds ne lui obéissent pas. A plus forte raison dans la gestion d’une institution comme la CENI.
Le président Alpha Condé ne doit pas s’arrêter là. Il devra aller plus loin. Pour doter la Guinée d’une institution capable d’organiser toutes les élections dans ce pays. Il ne s’agirait plus de suspendre les activités de la CENI. Il s’agirait de la balayer pour mettre en place une autre véritablement indépendante vis-à-vis du pouvoir et de l’opposition.
Pour sa part, Jean-Marie Doré anticipe sur l’inévitable décision. Selon lui il ne faudrait pas que Louncény soit un obstacle au bon fonctionnement de l’Etat. Il appelle le président à le nommer quelque part comme ambassadeur ou conseiller à la présidence. C’est tout dire. Visiblement, le patron de la CENI est plus que jamais assis sur un siège éjectable.
A défaut de prendre conscience et d’anticiper sur les événements, il risque de faire les frais de son entêtement. Pourvu que la Guinée puisse enfin se donner la main pour organiser des élections acceptables pour tous. Et démarrer enfin le seul et vrai chantier : celui du développement économique.
Habib Yembering Diallo
Analyste et Correspondant de www.nlsguinee.com à Conakry
Contact : habibyambering@yahoo.fr
Tel: (+224) 62 29 11 95
Pour www.nlsguinee.com
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