mercredi 16 mai 2012
L’opposition a montré ses muscles la semaine dernière. Elle promet de rééditer sa démonstration de force si rien ne change. Le parti au pouvoir essaie de contrattaquer. Lui aussi a organisé un meeting ce dimanche pour tenter de prouver tout le contraire de ce dont il est accablé par l’opposition. Là aussi le ton n’était pas celui de l’apaisement. Selon le camp, la gouvernance actuelle est la meilleure du monde ou la pire des pires. Ni le pouvoir ni l’opposition, aucun des protagonistes, ne va du dos de la cueillir pour défendre son point de vue.
Mais cette polémique entre le pouvoir et l’opposition est du déjà vu ou entendu. Par contre, les pancartes et les propos hostiles proférés par les manifestants à l’encontre de la CENI constituent une nouveauté. La commission électorale et son président ont eu pour leur compte.
Or, qu’un homme politique soit vilipendé, trainé dans la boue par son opposition, cela se voit partout. Même dans les démocraties séculaires. Mais qu’une institution républicaine subisse le même sort, cela est une autre particularité guinéenne. Partout ces institutions sont au dessus de la mêlée. Elles sont insoupçonnables. Donc à l’abri de toute critique.
Entre la fin de l’année dernière et cette année, la candidature de l’ancien président sénégalais maître Wade a déchainé les passions. Elle a suscité la plus grande et la plus vive polémique que ce pays a connue depuis son indépendance. Mais jamais à un moment ou à un autre, aucun acteur n’a mis en cause l’indépendance de la commission électorale. Paradoxalement dans ce pays cette commission n’a pas l’adjectif indépendante. Elle est autonome.
Un des acteurs du M23 déplorait que la Guinée soit en avance par rapport à son pays. Estimant qu’en Guinée cette commission est indépendante alors qu’au Sénégal elle est autonome.
En novembre dernier lorsque certains candidats à la présidentielle libérienne mettent en cause l’indépendance et l’impartialité de la commission électorale de ce pays, le président de cette commission démission. Il estime que si c’est lui doit être à l’origine d’un conflit post électoral, il ne devait pas et ne pouvait pas assumer une telle responsabilité.
Qu’est-ce à dire ? En Guinée depuis plus deux ans, une commission électorale est au centre de toutes les polémiques. Elle a montré toutes ses limites. Allant de report à report. En 2010 ses membres déclarent sur les ondes être prêts pour l’élection présidentielle. Chaque fois il s’avère que cela est une contrevérité. Depuis la présidentielle on est au deuxième report des législatives.
Avec deux commissaires condamnés par la justice. D’autres commissaires qui démissionnent de leurs fonctions mais restent membre de la commission. D’autres encore qui signent une pétition contre leur président. Une CENI qui dit n’avoir fixé une date d’élections que pour tester la réaction populaire. On a dépassé toutes les bornes. Au lieu d’être une solution, la CENI guinéenne est devenue un problème pour la Guinée.
Il y a aujourd’hui une nécessité de faire dégringoler cette structure ou de ce qu’il en reste. De mettre en place une structure qui puisse s’occuper de l’aspect technique du processus électoral en cours et de tous ceux à venir. Pour que le politique s’occupe de la politique et que le technique s’occupe de la technique.
Autrement si la classe politique continue sa guéguerre et ses affrontements au figuré comme au propre, sa gestion du pays n’aura pas été différente de celle des militaires. Or cette classe politique a un devoir, une obligation voire une survie pour montrer qu’elle est capable de gérer la Guinée différemment.
Habib Yembering Diallo
Analyste et Correspondant de www.nlsguinee.com à Conakry
Contact : habibyambering@yahoo.fr
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Pour www.nlsguinee.com
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