samedi 05 mai 2012
Les chefs d’Etat ouest africains étaient hier encore à Dakar. Au chevet de deux pays malades. Malades de leurs militaires. Le Mali et la Guinée Bissau. Chez le premier contrairement à ce qu’on croyait, la junte militaire maintient la pression. Elle fait monter les enchères. Menaçant le processus démocratique remis sur les rails grâce justement à la CEDEAO. Influençant et inspirant aussi les militaires Bissau guinéen qui, eux aussi, avaient lâché du lest.
La CEDEAO met donc les bouchées doubles. Une réunion le 26 avril à Abidjan. Une autre ce 3 mai à Dakar. L’organisation ouest africaine ne ménage aucun effort pour restaurer l’ordre constitutionnel au Mali et en Guinée Bissau. Les chefs d’Etat mettent en application le proverbe qui dit « si la case de ton voisin brûle, éteint le feu afin que les flammes n’éteignent pas la tienne ».
Contrairement aux autres organisations sous régionales du continent, la CEDEAO est très active. Ces dernières années elle a été de tous les combats pour la démocratie. Que ce soit au Niger où Mamadou Tanja a tripatouillé la constitution pour s’éterniser au pouvoir. Que ce soit en Guinée où un pouvoir kaki a voulu remplacer un autre pouvoir kaki déguisé, l’organisation ouest a adopté une position de fermeté insoupçonnée.
S’il existait une organisation aussi active que la CEDEAO en Afrique de l’Est, la Somalie ne serait pas un Etat fantôme. De même s’il y avait une organisation pareille à elle en Afrique centrale, le Congo Kinshasa ne serait pas un pays partagé. Assurément les autres parties du continent doivent s’inspirer de l’exemple de la CEDEAO pour le règlement de leurs conflits.
Même si dans la crise malienne les chefs d’Etat n’ont pas abordé la question avec beaucoup de fermeté. Ils ont amadoué Amadou Sanogo. Si bien que ce dernier est le véritable homme fort du pays. Le président intérimaire et le Premier ministre sont au capitaine malien ce que l’ancien Premier ministre guinéen Kabinet Komara était au capitaine Dadis en Guinée. Ils sont de simples figurants. Le pouvoir est au camp de Kati.
Un bémol tout de même, car c’est l’intransigeance de la CEDEAO qui a empêché le capitaine de s’auto proclamer président de la République du Mali. L’histoire malienne retiendra qu’au début de l’année 2012 un jeune capitaine fut chef d’une junte militaire. Mais elle ne retiendra pas qu’il fut chef d’Etat. A condition tout de même que la CEDEAO maintienne la pression. Pour dire au capitaine clairement que s’il a chassé le général parce qu’il l’accusait de laxisme face à la rébellion, sa mission doit consister à combattre cette rébellion. Qu’il aille donc se battre sur le front au lieu de perturber la quiétude dans la capitale.
En envoyant d’une part le président ATT à Dakar et d’autre le président Raymondo Preïra et son Premier ministre Carlos Gomez Junior à Abidjan, la CEDEAO a commis une erreur. Il aurait fallu peut-être procéder autrement. Eloigner non pas les victimes des putschs mais les putschistes eux-mêmes. Il faudrait donc une solution à la guinéenne de Conakry : éloigner les chefs des deux juntes afin que la machine électorale puisse se mettre en marche. Autrement les vraies décisions risquent d’être prises non pas au palais présidentiel mais au camp militaire.
Habib Yembering Diallo
Analyste et Correspondant de www.nlsguinee.com à Conakry
Contact : habibyambering@yahoo.fr
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Pour www.nlsguinee.com
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