jeudi 03 mai 2012
Le plus optimiste des Guinéens ne croyait pas au respect de la date. Finalement le secret de polichinelle a été rendu public. Et par la voix la plus autorisée. Les élections législatives sont reportées sine die.
Après la date du 29 décembre 2011, celle du 8 juillet 2012 n’aura pas été la bonne. Même monsieur tout le monde avait indiqué que la nouvelle date subirait le même sort que les autres qui l’ont précédée. L’habitude étant une seconde nature.
La Commission électorale nationale très indépendante a une nouvelle fois obéi à sa propre logique. Celle de dire ce qu’elle ne fait pas et de faire ce qu’elle ne dit pas. Elle a tellement habitué les Guinéens à des contrevérités que le jour où elle dira la vérité plus personne ne la croira. C’est ce qui fait que le report n’est nullement une surprise.
La loi obligeait le président de la République de convoquer les électeurs à la fin de la semaine dernière si les élections législatives devaient avoir lieu le 8 juillet. Mais plus que quiconque, Alpha Condé connait la CENI guinéenne. D’où son refus de s’embarquer dans son navire. Un navire qui va infailliblement chavirer.
Au cours de la rencontre qu’il a eue avec les commissaires très indépendants, le président a dénoncé les tares de cette institution. Paradoxalement il semble ne pas être décidé à faire le ménage en son sein. Il réitère l’indépendance de la CENI. Une indépendance qu’il entend apparemment respecter.
Or, l’indépendance, l’incompétence et la malveillance sont incompatibles. Le jour où la CENI aura à sa tête des responsables respectueux du serment prêté, capables de travailler en toute indépendance mais avec rigueur, honnêteté et compétence, cette CENI se fera respecter. Malheureusement pour le moment un immense océan la sépare de cet idéal.
Or deux choses ne vont pas ensemble. D’un côté, la CENI est incapable d’élaborer un chronogramme réaliste et réalisable et l’exécuter sans se soucier le moindre du monde ce que pensent les uns et les autres. Et en même temps prétendre à une indépendance. Rien que les différents reports auxquels la CENI a habitué les Guinéens la discréditent et la disqualifient.
Le professeur Alpha Condé, qui a eu le bon sens de ne pas être comptable des élections calamiteuses que la CENI se proposaient d’organiser le 8 juillet prochain, doit aller plus loin. Parce que l’image qu’il veut afficher en affirmant que ses décennies de lutte pour la démocratie lui interdisent de cautionner des élections bâclées, cette image est aux antipodes de l’actuelle CENI.
A la lumière des choses, si le président veut aller avec cette CENI, il est d’avance convaincu que les résultats ne seront qu’à l’image des organisateurs. D’où l’extrême prudence de sa part. Il devra donc faire le choix entre respecter l’indépendance de la CENI avec comme risque de ne pas atteindre le noble objectif qu’il s’est fixé. Ou s’en débarrasser pour redorer son image et celle de son pays.
Le dénouement de toutes les crises que nos pays traversent indique qu’une indépendance ne se décrète pas. Une institution qui foule sous le pied les principes sacro saints qui la régissent provoque l’ingérence dans son fonctionnement. C’est valable même pour les plus grandes et les plus prestigieuses institutions de la République à plus forte raison une petite comme une commission électorale qui a montré ses limites depuis des années.
Habib Yembering Diallo
Analyste et Correspondant de www.nlsguinee.com à Conakry
Contact : habibyambering@yahoo.fr
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Pour www.nlsguinee.com
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