lundi 23 avril 2012
Les témoignages sont nombreux. Ils sont tous unanimes. De toutes les régions. Tous indiquent que les barrages routiers ont repris de plus belles à l’intérieur du pays. Plus particulièrement dans les zones les plus éloignées. Notamment celles qui sont situées après les chefs lieux des capitales régionales. Par exemple entre Koundara et Boké.
Partout la situation est la même. Des agents sévissent contre les pauvres citoyens. Surtout ceux qui voyagent sans la carte nationale d’identité. Ils n’épargnent pas ceux qui ont un passeport. Pour eux c’est la carte d’identité ou rien. Ceux qui n’ont pas la pièce doivent mettre la main à la poche. Le montant à payer varie entre 5 000 et 10 000. Un voyageur témoigne qu’entre Koundara et Boké on peut compter près de 10 barrages.
C’est véritablement l’anarchie et la pagaille dans le pays profond. Le racket à tout bout de champ. Avec ses corollaires de frustrations et de mécontentements. Des agents indélicats sévissent avec férocité. Comme un animal sauvage qui se déchaine contre sa proie.
Cette situation est inédite. Elle est la moins attendue. Lorsque les nouvelles autorités ont décidé de supprimer le barrage du KM 36, on a applaudi. La Guinée venait non pas de tourner mais de déchirer la page. Tout à coup, et comme si une menace planait sur la Guinée, des barrages poussent comme des champignons à l’intérieur du pays.
L’argument brandit par les agents pour organiser le racket est celui de la sécurité. Curieusement, seuls les pauvres transporteurs subissent le contrôle. Les voitures personnelles sont exemptées de tout contrôle. Aussi les taxis qui prennent un agent à bord bénéficient de ce même privilège.
Cela veut dire que les agents ne recherchent ni armes ni drogues. Ils ne cherchent même pas beaucoup d’argent. Car ils ne contrôlent que les pauvres. Mais comme dit l’économiste américain, si vous voulez de l’argent demandez-le aux pauvres. Car s’ils n’ont pas beaucoup d’argent, par contre il y a beaucoup de pauvres.
Voilà une situation qui interpelle les autorités. Lesquelles ne savent pas forcément ce qui se passe en brousse. Même si elles sont censées le savoir. Si le nouveau pouvoir supprime l’impôt de captation c’est pour soulager les populations. Mais celles-ci préféraient certainement payer 5 000 par an que le même montant tous les jours et à chaque barrage.
On me dira que chaque citoyen a l’obligation d’avoir une carte d’identité. Mais il suffit de sillonner les pays limitrophes, du moins ceux qui ne sont pas confrontés à un conflit armé, pour savoir que les barrages routiers sont une particularité guinéenne. Une exception qui est inacceptable. Les nouvelles autorités ont un devoir impérieux de mettre fin à ce racket.
Il est à la fois incompréhensible et inadmissible qu’un président sorti des urnes laisse passer des pratiques initiées et entretenues par d’autres qui se sont emparés du pouvoir illégalement. Il faut donc mettre fin à ce racket qui creusent le fossé entre gouvernants et gouvernés. Il y va de l’intérêt de tous.
Habib Yembering Diallo
Analyste et Correspondant de www.nlsguinee.com à Conakry
Contact : habibyambering@yahoo.fr
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Pour www.nlsguinee.com
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