jeudi 29 mars 2012
Une semaine après l’avortement du meeting de l’opposition, celle-ci a cette fois obtenu l’accord de la Mairie de Matam. Le meeting a finalement été autorisé. Non pas à Bonfi mais à Coléah. Le stade de Coléah que le président Alpha Condé connaît mieux que quiconque. Il y a près de deux décennies il a failli avoir en ces lieux ce que ses pairs ont eu au stade du 28 septembre en 2009. Il a dû son salut qu’à sa jeunesse qui lui avait permis de prendre la poudre d’escampette. Ironie de l’histoire c’est là où l’opposant irréductible du président Conté a défié celui-ci dans les années 90 que ses opposants à lui ont tiré à boulet rouge sur lui ce 24 mars.
Le pouvoir n’avait pas trop le choix cette fois que d’autoriser cette rencontre après le tollé suscité par l’avortement du meeting de Bonfi. Pour au moins ne pas apporter de l’eau au moulin de cette opposition qui l’accuse de dérives dictatoriales. Le pouvoir était ainsi confronté à un dilemme cornélien : interdire le meeting et attirer la colère de l’opposition et des partenaires étrangers ou l’autoriser et donner l’opportunité, l’occasion rêvée à l’opposition d’étaler sur la place publique ce qu’elle appelle les tares de l’actuel pouvoir.
Entre les deux le gouvernement a préféré la seconde solution, le moindre mal. D’un côté il a essuyé les critiques, mais de l’autre il a réussi à changer l’image négative qu’il a affichée ces derniers temps.
Après ce meeting lors duquel ses détracteurs ne lui ont fait aucun cadeau, il peut se vanter d’être tolérant et acceptant la contradiction. Même si le plus dure est à venir. L’opposition ayant promis de rééditer son expérience non seulement dans les autres communes de la capitale mais aussi dans les chefs-lieux des régions et des préfectures.
C’est dire que les deux camps s’engagent dans un duel sans merci. Un duel dans lequel une des parties pourrait laisser des plumes. Il est en effet, inimaginable que des manifestions comme celles du 24 mars puissent se dérouler dans tout le pays sans heurts.
Le pouvoir sera amené à lâcher du lest sur les revendications de l’opposition afin que celles-ci mette fin aux manifestations. Ou il devra s’engager dans une logique d’affrontement. Or une répression ne fera qu’aggraver la situation.
Si le programme étalé ce samedi au stade de Coléah se poursuit, l’opposition sera le maître sur le terrain. Ce qui serait préjudiciable voire périlleux pour le pouvoir. Il y a donc une nécessité de renouer le fil du dialogue entre les deux camps pour qu’ils discutent au tour d’une table et non dans la rue.
Les bonnes volontés doivent se lever pour contrecarrer tous ceux qui souhaitent jeter de l’huile sur le feu. De quelque bord qu’ils soient. Il ne faut pas attendre que l’incendie se déclare pour jouer aux sapeurs-pompiers. Les facilitateurs, négociateurs, médiateurs et que sais-je encore doivent prendre leur bâton de pèlerin dès maintenant pour éviter à la Guinée une nouvelle crise.
La classe politique dans son ensemble doit savoir qu’elle a un destin commun. Ni le pouvoir ni l’opposition ne pourra tirer son épingle du jeu sans l’autre. Or les vieux démons ne sont pas morts. Ils ne sont pas mêmes malades. Ils sont en sommeil. Ou même ils font semblant de somnoler. Il faut à tout prix éviter de leur donner un prétexte pour semer le trouble et le désordre.
Habib Yembering Diallo
Analyste et Correspondant de www.nlsguinee.com à Conakry
Contact : habibyambering@yahoo.fr
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Pour www.nlsguinee.com
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