vendredi 23 mars 2012
A Conakry on s’amuse avec tout sauf avec le riz. Cette denrée est stratégique. A la fois pour les autorités et pour les pères de famille. Autant la présence abondante du riz dans les magasins et à bon marché est un facteur de stabilité pour le pouvoir, autant le père de famille dont le magasin de la maison est rempli des sacs de riz peut dormir tranquille.
Pour tout père de famille de Conakry rien n’est plus dérangeant, plus déstabilisant que la phrase de madame annonçant la terrible nouvelle : le riz est fini. Parce que, dit-on, s’il y a le riz pour le reste on peut se débrouiller. D’ailleurs on dit à Conakry si vous vous remplissez le ventre du riz sans sauce et que vous sortiez personne ne le saura.
C’est pourquoi aucun des régimes qui se sont succédé n’a badiné avec le riz. De Sékou Touré à Sékouba Konaté, tous les chefs que ce pays a connus ont fait de la question une priorité. Sans doute tous ont médité cette phrase de l’économiste américain Daniel Cohen selon lequel « les révolutions des palais partent toujours des révoltes des villes ». Pour éviter ces révoltes les chefs savent qu’il faut donner du riz à la population.
Connaissant bien son pays et ses hommes, le professeur candidat avait choisi un moment on ne peut plus opportun pour vendre le riz bon marché à Conakry. Pour les bénéficiaires si un simple candidat est capable de vous faire un tel geste, quand il sera président ce sera une promenade de santé pour lui. Liant l’acte à la parole, le nouvel élu a instruit au département du commerce de s’occuper de cette question stratégique. Ce département a obtempéré. Du moins dans la théorie.
Des magasins témoins ont été ouverts dans toute la ville de Conakry. Mais tout le monde est témoin que les magasins témoins sont hermétiquement fermés. Les rares qui sont ouverts vendent autres choses que le riz. Et pourtant ces magasins sont présents partout. Particulièrement visibles. Bien décorés. Même si les mauvaises langues estiment qu’ils ont été décorés aux couleurs du parti au pouvoir. Peu importe pour le citoyen. Lui il veut du riz.
Pendant ce temps, le riz se vend au marché à prix d’or. Il devient de plus en plus cher. Le sac de 50 kg coût jusqu’à 300 000 francs. Au grand dam des consommateurs. D’où leur cri de cœur. L’eau c’est bien. L’électricité est souhaitable. Mais le riz est vital. L’homme qui ne jurait que par le changement doit chercher à savoir si l’opération de vente de riz est effective ou si elle n’a servi qu’à enrichir quelques commis de l’Etat. Dans ce cas, il devra leur demander des comptes.
La politique de m’as-tu vu, les actions ponctuelles et les surenchères doivent céder la place à des actions pérennes, réalistes et concrètes. Il faut qu’on arrête de jouer avec le peuple. Surtout de sa crédulité voire sa naïveté.
A partir du moment où tout le monde est témoin qu’il n’y a pas de riz dans les magasins témoins, les autorités ont le devoir soit de les approvisionner ou les fermer. Les laisser dans l’état actuel est une insulte au peuple.
Habib Yembering Diallo
Analyste et Correspondant de www.nlsguinee.com à Conakry
Contact : habibyambering@yahoo.fr
Tel: (+224) 62 29 11 95
Pour www.nlsguinee.com
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