mercredi 14 mars 2012
La confédération nationale des travailleurs de Guinée est plus que jamais divisée. Il y a deux camps. Celui d’Amadou Diallo et celui de Yamoussa Touré. Chacun revendiquant la légitimité et la légalité. Le premier vient de monter au créneau. Il a fait une déclaration dans laquelle il met la barre très haut.
Réclamant entre autres une augmentation de salaire de 200% pour les fonctionnaires, la levée des barrages routiers à l’intérieur du pays ainsi que la baisse des prix des denrées de première nécessité. Toutes choses qui pourraient trouver une oreille des plus réceptives auprès des travailleurs. De quelque bord qu’ils soient.
Mettant ainsi le camp adverse en difficulté. Parce que, quelle que soit leur divergence, l’autre équipe pourra difficilement désavoue et se désolidariser de cette revendication. Une revendication qui se trouve être une véritable préoccupation des travailleurs. Car malgré le discours selon lequel l’inflation est maîtrisée, les fonctionnaires tirent le diable par la queue.
Le fonctionnaire assommé par l’inflation. Le transport lui coûte près du quart de son salaire. Le logement la moitié. Et la nourriture dans tout ça ? Le sac de riz et la sauce à eux seuls dépassent le salaire. Sans compter la scolarité des enfants ou encore la santé.
Véritablement le salarié en général et celui de la fonction publique en particulier sont de véritables parias de la société. Raison pour laquelle leurs épouses sont majoritairement au marché. Elles vendent pour combler le manque à gagner du mari.
Toutefois cette revendication risque fort d’être un vœu pieu. Il sera difficile voire impossible pour une centrale syndicale déchirée d’obtenir ce qu’une autre unie et défendant la même cause n’a pu obtenir par le passé. Malheureusement pour la majorité que sont les pauvres fonctionnaires, ceux qui se livrent à ce duel sans merci ne sont pas aussi vulnérable que cette majorité. Et ils ne seront pas. Ils sont à l’abri du petit besoin.
Le gouvernement va prendre cette revendication comme une menace voire une véritable déclaration de guerre. Au mieux il va demander de nouveau aux travailleurs de faire un nouvel effort et un sacrifice patriotique en lui accordant un sursis. Et au pire il va crier à la manipulation politique au moment où il est à couteaux tirés avec l’opposition.
Aucun des gouvernements qui se sont succédé depuis la libéralisation syndicale n’a dérogé à cette règle. Chaque fois que le syndicat se lève le gouvernement indique qu’il est confronté à des difficultés de tout genre. Avant d’appeler les travailleurs à un sursaut patriotique en attendant que la situation socioéconomique ne s’améliore. Entretemps beaucoup de travailleurs ont tiré leur révérence sans avoir vu le miel promis.
D’où la difficulté pour le pouvoir de se faire entendre pour toujours. C’est vrai que depuis plusieurs années l’Etat guinéen est confronté à de grosses difficultés, liées notamment à la mal gouvernance qui s’est installée dans le pays depuis le début des années 2000. Mais c’est aussi vrai que les mêmes gouvernements n’ont jamais montré l’exemple aux fonctionnaires.
Pendant qu’il demande aux travailleurs de serrer la ceinture pour attacher leur ventre affamé. Lui, le gouvernement, il détache sa propre ceinture pour permettre à son ventre qui devient de plus en plus gros et gras de respirer.
Ainsi, et disait l’autre, si vous demandez aux autres de serrer la ceinture, commencez vous même par montrer l’exemple. Autrement plus personne ne vous prendra au sérieux.
Habib Yembering Diallo
Analyste et Correspondant de www.nlsguinee.com à Conakry
Contact : habibyambering@yahoo.fr
Tel: (+224) 62 29 11 95
Pour www.nlsguinee.com
Les commentaires ci-dessous n'engagent que leurs auteurs, www.nlsguinee.com n'est pas responsable de leurs contenus.