vendredi 09 mars 2012
Si devant l’impuissance de nos gouvernants la faim et la pauvreté affectent la grande majorité de la population guinéenne, ils ne sont pas les seules causes du retard de notre pays qui, selon le dernier classement du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) sur l’indice du développement humain se classe 178e sur 184 pays.
Une autre cause très préoccupante et dont on parle peu est la faiblesse de l’enseignement qui est une conséquence directe de la mauvaise gouvernance. L’enseignement primaire et secondaire étant moins accessible et pas obligatoire, les faibles revenus des ménages, le taux élevé de chômage des diplômés et les maigres perspectives d’avenir conduisent les jeunes à s’orientent très tôt vers d’autres secteurs d’activités pour espérer s’assurer un avenir meilleur. Du coup, le taux d’analphabétisme des jeunes augmente, rejoignant ainsi celui des adultes qui dépasse les 60%.
Avec un taux brut de scolarisation de 46 % au collège selon les estimations de l’UNESCO pour l’année 2009, contre 80% pour le Ghana à la même époque, la Guinée reste en dessous de la moyenne africaine.
Au niveau du lycée la situation est encore plus désastreuse. La scolarisation tardive et le taux élevé de redoublement font que la majeure partie des jeunes en âge d’aller au lycée est toujours au collège.
Toujours, selon l’UNESCO, en Guinée seulement 26% des jeunes de cette classe d’âge sont inscrits au lycée. Une autre réalité dont on parle peu en matière de scolarisation est la forte sous-représentation des jeunes filles, même si toutes les statisques tendent à prouver qu’elles sont plus nombreuses et obtiennent de meilleures résultats, si les conditions sont créées.
Concernant l’enseignement technique et de la formation professionnelle la seule « volonté » de redynamisation (notamment par la création d’un département ministériel spécial) n’a malheureusement pas été suffisante pour faire décoller ce domaine longtemps marginalisé.
Au niveau de l’enseignement supérieur, pour, entre autres une raison d’indisponibilité de statistiques fiables, on ne peut avancer des chiffres exacts. Toutefois, compte tenu de ce qui précède, il ne pourra être que marginal car l’enseignement supérieur n’est autre que le prolongement du primaire et du secondaire.
Mais le paradoxe est que malgré ces taux de scolarisation extrêmement bas, on note dans le pays une insuffisance chronique d’enseignants et d’infrastructures scolaires pour accueillir si peu d’élèves. Ce manque d’infrastructure entraîne des sureffectifs dans les centres urbains et un ratio d’élèves par enseignant qui dépasse les normes préconisées.
En milieu rural cela a favorisé l’apparition du système « multigrades » dans lequel on retrouve dans une classe des élèves d’âges et de niveaux différents encadrés par le même enseignant ! Selon les autorités scolaires, la création de ces classes répond au souci « d’éviter le sous-emploi de la salle de classe et du maître par un faible effectif »; mais malheureusement au détriment de la qualité de la formation.
En plus des sureffectifs liés à l’insuffisance de salles de classes et d’enseignants, le système se confronte à des problèmes de qualité car en plus d’offrir des programmes inadaptés, les cours sont souvent dispensés par des étudiants ou des enseignants qui sont peu ou pas qualifiés.
Par ailleurs, les différentes institutions d’enseignement continuent à former des cadres dans des filières inadaptées au contexte actuel du pays et dont ni l’administration ni le secteur privé n’en a besoin avec pour conséquence, les jeunes qui constituent la force productive quittent le pays pour aller étudier et s’installer ailleurs. Ce qui entraîne une augmentation croissante du flux de migrants intellectuels avec de graves conséquences économiques et sociales qui freinent dramatiquement le développement du pays.
Dans la longue liste des carences du système éducatif guinéen il faut ajouter le manque de laboratoires, de bibliothèques scolaires et universitaires, d’installations sportives et culturelles qui sont nécessaires voire indispensables pour le plein épanouissement des élèves et des étudiants.
Toutefois, cela ne signifie pas que des efforts n’aient pas été tentés (notamment dans le cadre du Programme d’Ajustement du Secteur de l’Education -PASE). Mais seulement qu’ils n’ont pas été satisfaisants. Car l’important n’est pas de coucher de belles théories sur le papier mais de pouvoir convenablement les appliquer sur le terrain.
Pour apporter des solutions à cette déficience de l’enseignement, notre parti l’UDPG s’est largement penché sur cette problématique et préconise aux autorités actuelles et futures de la Guinée :
1)- de reconnaître le rôle de l’éducation en matière de développement: en effet, les économistes ont démontré comment le manque d’instruction provoque de graves étranglements dans le processus de production, notamment en ce qui concerne l’adoption de nouvelles machines, l’acceptation de techniques plus modernes et la création de spécialités contribuant au développement économique.
Le développement industriel suscite à son tour de nouvelles exigences en matière d’éducation, c’est à dire la nécessité d’avoir des travailleurs mieux qualifiés, capables de maîtriser les nouveaux instruments et de dépasser les méthodes routinières, de se spécialiser, de s’adapter aux nouvelles conditions de vie, etc. ;
2)- d’augmenter le taux de fréquentation scolaire, favoriser la scolarisation des jeunes filles et développer toutes les formes d’éducation permanente: l’accroissement de la population implique la nécessité de scolariser des milliers d’enfants et d’alphabétiser de millions d’adultes. Cette préoccupation reste une des plus graves parmi celles que nous devons affronter, et elle constitue un des principaux défis de notre époque.
Seul un effort soutenu de scolarisation au primaire, joint à des campagnes d’alphabétisation propres à mobiliser pleinement les énergies populaires et à donner des résultats durables, peut transformer la situation.
Dans le cadre de la politique de lutte contre l’analphabétisme à travers les centres NAFA (qui n’a concerné que les jeunes non scolarisés ou déscolarisés de 10 à 17 ans), une place devrait être réservée aux autres tranches d’âge pour plus d’efficacité ;
3)- d’améliorer les capacités des établissements et surtout les compétences du personnel enseignant : même si des efforts importants ont été fournis dans la mise en œuvre des infrastructures scolaires en campagne, de nombreuses classes restent sans enseignants. Ce qui oblige certains enfants à effectuer chaque jour plusieurs kilomètres à pieds pour se rendre à l’école.
Ainsi, le temps passé par l’élève sur le trajet dépasse souvent celui consacré effectivement aux cours. Cette situation décourage beaucoup de parents à mettre les enfants à l’école notamment les filles qui jouent un rôle important dans les activités ménagères ;
4)- de consacrer plus de moyens notamment en zones rurales, non seulement pour la mise en œuvre des infrastructures mais aussi dans la formation et le recrutement des enseignants. En effet les parts budgétaires consacrées à l’éducation demeurent faibles. Les dépenses publiques dans l’éducation ont représenté seulement 5,7% du Produit Intérieur Brut en 2006-2009.
Cette faiblesse a des répercussions directes sur le recrutement et la formation des enseignants, la fourniture des outils pédagogiques et des manuels scolaires, la construction d’infrastructures et d’équipements, etc. Encore que, aussi indispensables qu’ils soient, les moyens économiques ne suffisent pas à eux seuls. La réussite de cette action exige une participation collective, c’est à dire une sensibilisation profonde de la population du pays sur l’importance du savoir ;
5)- d’améliorer la qualité et l’utilité de l’enseignement dispensé : le pays doit définir et planifier à moyen et à long terme son effort d’éducation, en tenant compte à la fois des buts à atteindre et des moyens dont il peut disposer. On trouvera toujours, en mettant le prix, assez de professeurs. Mais l’important est d’être en mesure de les former et de les former du mieux possible, étant donné que la jeunesse devient un public de plus en plus exigeant et les matières à enseigner de plus en plus nombreuses, complexes et mouvantes. L’amélioration de la qualité de l’enseignement passe donc nécessairement par celle de la qualité des enseignants ;
6)- d’adapter les programmes d’enseignement aux besoins du marché de l’emploi et de la politique de production scientifique du pays. Ce qui nous évitera de gaspiller des milliers de jeunes universitaires qui s’accumulent chaque année pour se retrouver dans la rue ou se reconvertir à des activités secondaires qui ne nécessitent aucune formation de niveau universitaire. Le développement d’un pays passe par l’adéquation entre la formation dispensée et le besoin réel et la Guinée ne fera pas exception à cette règle. Une bonne dose de proportionnalité doit être établie et respectée entre cadres universitaires de haut niveau et ouvriers qualifiés dans tous les domaines ;
7)- de susciter la collaboration entre enseignants et autres professionnels : le maître qui a toujours agit en solitaire, isolé dans sa classe doit travailler en équipe, c’est à dire se renouveler grâce à la communauté d’action avec d’autres professionnels (médecins, psychologues, sociologues, etc.), qui lui apportent leur propre vision de l’enfant et de l’adolescent. Ce procédé élargit son horizon et rend son action plus féconde ;
8)- de soutenir l’effort des enseignants par le recours aux mass media et aux nouvelles technologies: ces instruments nouveaux peuvent être d’un apport considérable par rapport à la transmission orale, sur laquelle continue de reposer le fameux cours magistral sévèrement critiqué aujourd’hui par de nombreux pédagogues et refusé par beaucoup d’étudiants. L’enseignement tel qu’il est dispensé actuellement dans notre pays privilégie encore trop la généralité, l’intellectualité, l’abstraction par rapport au vivant, au sensible et au concret.
Dans notre pays, les moyens informatiques, électroniques et audio-visuels, qui représentent ce qu’on a appelé la «troisième génération des moyens d’enseignement », ont à peine sapé, en matière de techniques didactiques, le prestige dont jouissent les moyens de la première génération « le tableau noir, la craie et la salive » ou de la deuxième « le livre de textes et le manuel ».
Pourtant, l’utilisation des moyens techniques peut rendre de grands services pour autant qu’il n’y ait pas de confusion entre les moyens et les objectifs, sinon la mécanisation de l’éducation risque de provoquer une déshumanisation de la société. Mais étant donné que même si mécanisation-déshumanisation semble former une alliance qui va de soi, le tout est de faire le meilleur usage possible des objets techniques. Selon la formule de G. Friedman, « c’est le défi lancé à l’homme de se montrer lui-même supérieur à ses œuvres ». Et précisément ajoute-t-il : « ce défi ne saurait être relevé qu’avec l’aide de l’éducation ».
Cependant, même s’il y avait la volonté d’y aller de l’avant actuellement, une autre préoccupation est la faisabilité du projet dans ce pays où l’électricité fait cruellement défaut, après 53 ans d’Indépendance ;
9)- de règlementer le métier d’enseignants et autres spécialistes de l’éducation à tous les niveaux de formation. Compte tenu de la situation actuelle, il est plus qu’urgent de mettre de l’ordre dans les écoles privées en imposant des normes minimales notamment en ce qui concerne la création, le recrutement des enseignants, la délivrance des diplômes, etc. Il faut préciser que l’éducation et la santé ne sont pas des activités « commerciales » comme les autres.
Aujourd’hui n’importe qui peut enseigner n’importe où. Avec l’explosion du nombre d’écoles ces dernières années, on retrouve dans les différentes écoles publiques et privées des enseignants qui n’ont aucune formation en matière de pédagogie qui s’y sont retrouvés plus par nécessité de survie que par la vocation du métier ;
10)- de créer en Guinée une journée nationale de l’éducation durant laquelle, les décideurs politiques, les spécialistes de l’éduction et de la formation, les représentants des parents d’élèves, les élèves et étudiants, les partenaires financiers bilatéraux et multilatéraux, la société civile, etc. se retrouveront pour discuter en toute indépendance des orientations de notre système éducatif.
L'Union pour la Démocratie et le Progrès de la Guinée (UDPG)
Abdoul Diaïla BAH
Président de la Fédération Europe de l'UDPG
Membre du Bureau Politique National
bah.diaila@udpg.net
http://www.udpg.net
Pour www.nlsguinee.com
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