samedi 03 mars 2012
La fougue martiale s’est quelque peu estompée, même si affleure de temps en temps le côté volubile du jeune capitaine. Depuis le 12 janvier 2010 à 22 h 30, où son avion s’est posé à l’aéroport de Ouagadougou en provenance de Rabat, où il suivait des soins intensifs depuis le 4 décembre 2009, Moussa Dadis Camara, l’ex-homme fort de Guinée, vit désormais à la Villa des Hôtes de Ouaga 2000. Ses déclarations publiques sont plutôt rares.
C’est donc, si on peut dire, une grande première que l’ancien président du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) accepte de se confier à un journal de la place. Dans l’entretien qu’il nous a accordé, il évoque les conditions du coup d’Etat de décembre 2008, ses rapports avec son successeur, le général Sékouba Konaté, et les présidents Alpha Condé et Blaise Compaoré ainsi que bien sûr sa vie à Ouagadougou.
Excellence Moussa Dadis Camara, la première fois que nous vous avons rencontré, c’était le 11 janvier 2009 au camp Alpha Yaya à Conakry. Depuis ce temps, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts...
• Le passé, c’est le passé...
Le 22 décembre 2008, le président Lansana Conté meurt de maladie à 18 h. Vous en êtes informé vers 22 h, et dans la foulée, vous vous emparez avec des frères d’armes du pouvoir suprême. Etiez-vous préparé à cette charge ?
• En toute sincérité, je n’avais jamais pensé à être au pouvoir. Depuis l’université jusqu’à mon incorporation dans l’armée, cette idée ne m’avait jamais effleuré l’esprit. Je faisais partie de ces contingents que feu le président Lansana Conté avait décidé de recruter pour préparer la relève dans l’armée guinéenne. En fait, à l’époque, j’avais fait aussi des tests dans des banques telles la BICIGI, la Société générale, et je devais travailler dans l’une de ces institutions... Mais le destin en a décidé autrement.
Vous avez été incorporé en 1990, période où les coups d’Etat étaient légion en Afrique. N’avez-vous pas pensé au pouvoir à ce moment ?
• Non. C’est pour cela que je parle de destin, car, avec ma spécialisation en économie et finances, j’étais préparé à travailler dans ces domaines et pas ailleurs. La preuve en est que la plupart de mes “promotionnaires” bossent dans des banques. D’ailleurs, pour la petite histoire, lorsque j’ai pris le pouvoir, j’ai nommé un ami “promotionnaire” à la Banque centrale de Guinée ; un garçon qui était brillant ; donc quand j’entrais dans l’armée, je ne pensais pas au pouvoir ; c’est le destin qui m’y a conduit.
A quel moment vous êtes-vous intéressé à la chose politique ?
• Après ma formation en Allemagne. Quand j’en suis revenu, j’ai été muté dans un contingent en Sierra Leone, et c’est à partir de là que j’ai eu de la promotion et suis revenu en Guinée. J’ai commencé à travailler à l’Intendance militaire, et compte tenu de mon caractère et de ma générosité, déjà en 2001, j’étais populaire au sein de la troupe.
En 2003, j’ai opté d’aller à la formation de parachutiste-commando et de capitainerie. C’est à partir de ce moment que je me suis dit que si je maintenais ce comportement, que si je restais correct, sincère envers moi-même et les autres, je pourrais être “quelqu’un demain” ; c’est dire que la loyauté que j’avais pour le président Lansana Conté plus ma réputation au sein de l’armée faisaient que j’étais prédisposé à ce moment-là à jouer les premiers rôles en cas de vacance du pouvoir. Mais à l’époque, j’avais juré de protéger le président Lansana Conté.
Pour tout vous dire, à l’époque, j’ai eu trois occasions de déposer le président en place. A chaque fois, des hommes sont venus me dire de prendre le pouvoir, et j’ai dit non. J’étais l’un des rares hommes qui, lors des mutineries, pouvaient s’arrêter devant les mutins et leur demander de retourner dans les casernes. En 2004, je suis revenu de ma formation, et j’ai été conforté dans ma conviction qu’après le “Vieux”, je pouvais avoir un destin national.
Pourquoi en 2004, vous avez pensé au pouvoir suprême ?
• J’y ai pensé parce que j’avais la réputation dont je jouissais au sein des forces armées. J’avais du monde derrière moi, à commencer par les parachutistes, les blindés, la gendarmerie, et c’est là que mes relations avec le colonel Mathurin (NDLR : un ami qui est resté fidèle) se sont raffermies. A l’époque, il était de ceux qui, lorsqu’on disait que je voulais faire un coup d’Etat, affirmaient le contraire. C’est en 2006, lors de la dernière mutinerie sous Lansana Conté, que j’ai su que je pouvais jouer ce premier rôle : ce jour-là, lorsque les militaires ont envahi le camp Samory- Touré, ils m’ont dit de prendre le pouvoir, mais j’ai répondu : quel pouvoir ? Je n’étais pas d’accord pour prendre le pouvoir sur le dos du “Vieux”, malade, et à l’époque, il risquait d’y avoir un bain de sang, je le savais. Tant que le président Conté était là, je n’allais rien faire.
A quoi est due votre popularité au sein de l’armée ? Au fait qu’étant dans les hydrocarbures, vous distribuiez bons d’essence et argent ?
• Non. Ce n’est pas simplement par le matériel qu’on gagne la confiance de la troupe. Ce n’est pas cela qui fait la force d’un homme au sein d’une armée. L’armée est un monde à part. On peut avoir les moyens, mais si on n’est pas sincère, modeste avec les hommes, c’est zéro. Car si les hommes se rendent compte qu’il y a un autre homme plus sincère, c’est à cet homme qu’ils en référeront. Ce n’est pas forcément l’argent ou le poste qui font la popularité dans une armée, mais le caractère. Parce que cette armée guinéenne avait compris que j’étais sincère, attentif à la formation et aux conditions de vie de la troupe.
J’ai abandonné le poste dont vous faites cas, qui me conférait beaucoup d’avantages pour aller en formation. Les militaires ont compris que je n’étais pas guidé par le matériel. J’ai donc perdu ce poste. Pourquoi je suis resté toujours populaire ? Parce que j’étais un homme de conviction. Beaucoup dans l’armée voulaient que je revienne à ce poste, dans les hydrocarbures, mais j’ai refusé. J’étais déjà muté à l’état-major. Mais j’avais déjà marqué la troupe, elle m’a aimé.
C’est donc pour cela que, lorsque le général Lansana Conté est décédé, la troupe s’est tournée vers moi. Je peux même vous dire que, de son vivant, le président Conté disait qu’après lui, s’il y a quelqu’un pour le remplacer, c’est bien le capitaine Dadis Camara. Et les hommes proches de lui m’ont rapporté ses propos.
Remarquez que lorsque le général Conté est mort, je me suis préparé et je suis allé au camp Alpha Yaya. Ce n’était pas sans risques, car il y avait des commandants, des colonels, des généraux, et moi, petit capitaine, osais aller au camp pour prendre le pouvoir. En l’espace de quelque temps, j’ai diffusé un communiqué sur la Radio télé guinéenne. C’est parce que j’étais sûr de moi, et surtout de la troupe.
Comment les choses se sont passées au camp Alpha Yaya dès la mort de Lansana Conté connue ?
• Je suis allé au camp, et face aux hommes, j’ai ordonné qu’on fasse un communiqué. Tout le monde a adhéré à cette idée. A ce moment, le général Sékouba Konaté n’était pas présent.
Qui dirigeait les opérations à ce moment précis ?
• C’était moi. Il faut que les gens sachent que si vous n’êtes pas souvent devant une opération militaire, vous ne pouvez pas vous imposer. A l’époque, le général Sékouba Konaté ne voulait pas, idem pour le général Toto Camara. C’est mon audace... lire
la suite dans interview.
Source afriscoop
Vendredi 2 Mars 2012
El hadji Ndiagana MBAYE
Source : http://www.rewmi.com
Pour www.nlsguinee.com
Les commentaires ci-dessous n'engagent que leurs auteurs, www.nlsguinee.com n'est pas responsable de leurs contenus.