jeudi 16 février 2012
La fin du dialogue politique était initialement prévue pour ce 15 février. Mais devant la ténacité et les divergences de deux équipes en présence, on pourrait jouer aux prolongations. Le dernier sujet à débattre était la finale avant l’aller. Celle concernant la CENI.
Depuis quelques jours les dialogueurs planchent sur la question. Et comme il fallait s’y attendre, on assiste à une empoignade entre la mouvance présidentielle et l’opposition. Chacun tirant la couverture de son côté. Au terme de ce duel si aucun camp ne remporte la victoire, monseigneur l’arbitre sera dans une situation embarrassante.
Concernant cette épineuse question, le pouvoir répète ce qu’il a toujours soutenu : la CENI est indépendante et comme tel il faut la laisser travailler. L’opposition n’entend pas de cette oreille. Pour elle, cette CENI s’est totalement discréditée avant, pendant et après le premier tour de la présidentielle. Et par conséquent, il faut la balayer. Arguant que l’indépendance sans transparence nécessite l’ingérence avec toutes ces conséquences.
Cette CENI est née dans la douleur. Chaque fois que l’opposition d’alors réclamait une commission électorale indépendante, cela irritait le capitaine du navire Guinée. Si bien qu’il s’interrogeait indépendant par rapport à qui ? Pour cette Guinée qui était sa propriété personnelle, il ne devait pas y avoir une autre structure indépendante.
L’opposition, fortement appuyée par les partenaires bilatéraux et multilatéraux, a maintenu la pression. Obligeant le vieil homme à lâcher du lest. C’est ainsi que l’actuelle CENI a vu le jour. Avec dix représentants de l’ancienne mouvance, dix représentants de l’opposition d’alors qui se retrouve dans tous les camps aujourd’hui, trois représentants de la société civile et enfin deux de l’administration.
Pour le choix du président de l’institution, on a estimé à l’époque qu’idéalement ce président devait provenir de la société civile. Les raisons de ce choix sont simples. Si cette personnalité provient de deux blocs politiques, il pouvait tirer la couverture vers le parti dont il est issu. Ceux de l’administration non plus n’inspirait pas trop confiance sachant qu’ils sont des fonctionnaires de l’Etat dont le chef peut être candidat à une présidentielle. D’où le choix porté sur les représentants de la société civile.
Paradoxalement, ce sont ces représentants qui ont été au centre de la polémique. Tous ancien comme actuel ont été soupçonné à tort ou à raison de rouler pour l’un ou l’autre camp. D’où la méfiance et la réticence de la quasi-totalité de la classe politique pour une CENI composée des représentants de la société civile.
En effet, et une fois n’est pas coutume, s’il y a une unanimité, une convergence de vue entre le pouvoir et l’opposition, c’est sur la composition de la CENI. Tous sont unanimes qu’il faut une CENI composée majoritairement des représentants des partis politiques. Mais avec du sang neuf, exige l’opposition. Et pourquoi pas prendre les mêmes et recommencer, rétorque le pouvoir.
D’où l’impasse dans le dialogue. Faire plier un pouvoir qui estime avoir la légitimité populaire après une élection jugée crédible, ressemble à déplacer le mont Kakoulima. Mais faire accepter à l’opposition aujourd’hui une équipe et surtout un président qu’elle a vigoureusement dénoncé et récusé hier ne ressemble pas moins à déplacer le mont Nimba.
Cela ressemble à un duel entre celui qui doit toujours vaincre, celui qui ne sera jamais vaincu sur un terrain où il n’y aura ni vainqueur ni vaincu.
Habib Yembering Diallo
Analyste et Correspondant de www.nlsguinee.com à Conakry
Contact : habibyambering@yahoo.fr
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Pour www.nlsguinee.com
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