mercredi 11 janvier 2012
Les cadres peulhs font l’objet de toutes les persécutions, de toutes les discriminations et de toutes les injustices de la part du système dictatorial d’Alpha Condé.
C’est une vraie chasse aux sorcières qui est en cours en Guinée contre les cadres peulhs de l’administration et ceux qui travaillent dans les Organisations non gouvernementales (ONG). Le système politique mis en place par Alpha Condé est en train de renvoyer des postes de direction tout Peulh qui ne soit du RPG ou d’un parti allié.
Au cours de la semaine dernière, beaucoup de cadres peulhs du département de la santé ont été licenciés sans aucun motif.
Il s’agit de trois hauts cadres du Programme National de Lutte contre le Sida. Le Coordinateur Général de cette institution figure parmi ces cadres. Tous ont été victimes, comme bien d’autres, de la purge ethnique qui sévit dans l'administration guinéenne. Ces médecins qui ont été arbitrairement mis à la porte par un décret présidentiel ont été remplacés. Devinez par qui ? Par des personnes de l’ethnie à laquelle Alpha Condé s’est greffé pour revendiquer « sa guinéarité ».
Les dernières victimes de la ségrégation du pouvoir guinéen viennent agrandir une liste qui est déjà très longue.
C’est le département de l’énergie qui a été l’un des tout premiers à mettre en pratique le discours ethnocentrique d’Alpha Condé. Tous les cadres peulhs d’Electricité de Guinée (EDG) ont été marginalisés avant d’être licenciés en août 2011. Cet acte autant injuste qu’ignoble a conduit les intéressés à adresser le 5 septembre 2011 un mémorandum au Coordinateur Général d’EDG. Ils y ont dénoncé l’injustice dont ils ont été l’objet et avaient affirmé à juste titre :
« Depuis sa création en 1961, l’Electricité de Guinée a connu une succession de Quatorze (14) Directeurs Généraux. Mais, c’est la première fois que des cadres d’une communauté de notre nation sont totalement stigmatisés et exclus de la chaîne d’encadrement et de la décision de l’Entreprise. (…) Il est scandaleux d’observer que sur les quarante-sept (47) cadres dirigeants dont quarante-quatre (44) nommés par vous, il n’existe aucun cadre interne Peulh de l’EDG ».
Le ministère de l’Education Nationale est très certainement le secteur qui a été le plus touché par la politique anti- cadres peulhs du pouvoir guinéen. En effet, dans les nominations intervenues en septembre 2011 au niveau l’enseignement pré-universitaire et supérieur, presque tous les cadres peulhs ont été virés de leurs postes de direction. Une vraie purge a été opérée à tous les niveaux du système éducatif. Il n’y a pas un seul cycle, du primaire au supérieur en passant par le secondaire où les responsables peulhs du secteur éducatif n’ont été remplacés.
Au ministère de l’Information et de la Communication, les mêmes pratiques ont eu lieu. Dès sa prise de pouvoir, le président guinéen et le ministre de tutelle ont interdit d’antenne des journalistes peulhs ou supposés être proches d’un parti adverse. C’est le cas d’Ibrahim Ahmed Barry, Ciré Dieng et Marie-Louise Sanoussy.
Les mêmes injustices et discriminations ont été pratiquées au Ministère des Affaires Sociales, de la Promotion Féminine et de l’Enfance. Dans ce département, plus que dans d’autres, ce sont les cadres de toutes les ethnies qui ont subi les conséquences de l’ethnocentrisme du pouvoir guinéen.
Dans 25 postes de direction, seuls 2 Forestiers, 3 Soussous et 3 Peulhs figuraient sur la liste. Cette ségrégation des cadres, notamment peulhs, a été dénoncée par les organisations internationales dont Human Rights Watch. Elle stigmatisait tout récemment les dérives ethniques et anti-peules du pouvoir d’Alpha Condé.
En décembre 2011, Corinne Dufka, chercheuse au sein de l’institution internationale dénonçait sur Radio France Internationale (RFI) la tribalisation de la fonction publique guinéenne. Elle affirmait: "Des cadres de l'administration qui ne sont pas issue de l'ethnie du président sont pourchassés. Les militaires malinkés tuent sans aucune poursuite des peulhs favorables au principal opposant" l’Union des Forces démocratique de Guinée de Cellou Dalein Diallo.
L’institution elle-même déclarait : « Des pratiques de nomination discriminatoires ont abouti à la désignation par le président d’un nombre disproportionné de personnes appartenant au groupe ethnique malinké ; »
L’ancien premier ministre guinéen, Président de l’Union des Forces Républicaines ( UFR) Sidya Touré abondait dans le même sens en affirmant : «Personne ne peut ignorer aujourd’hui que quand vous êtes devant votre télévision ou votre radio, 80% des nominations, concernent une seule région du pays. (…) C’est (…) un signal fort qui est donné aux autres régions, aux autres groupes ethniques sur le fait qu’aujourd’hui, c’est notre tour. C’est nous qui faisons ce que nous voulons ». Et de conclure : « Je ne crois pas que c’est comme ça qu’on gère la Guinée ».
Malheureusement, c’est le choix fait par Alpha Condé. Un choix anti-guinéen et contre l’unité nationale. Cependant, il devrait savoir que s’acharner sur une ethnie dans le but de la marginaliser, sinon de dresser le reste de l’entité nationale contre elle aboutit forcément à une épreuve de force qui mettrait en danger la paix civile.
Cette stratégie pourrait surprendre. Il faudrait se référer à l’histoire et aux déclarations du candidat Alpha Condé pour essayer, non pas de justifier ce qui ne saurait l’être, mais pour expliquer les raisons de cette haine du Peulh.
Le président guinéen n’a pas caché qu’il reprendra la Guinée là où Sékou Touré l’a laissée. Pour rappel, parmi les actes anti- peulhs posés par l’idole du président guinéen actuel, il y a l’arrestation de Diallo Telly, ancien Secrétaire Général de l’OUA et de tous ses camarades et amis de promotion. Tels que le Docteur Alpha Oumar Barry, Alioune Dramé, Barry Sory etc. La guerre contre toute l’ethnie fut officiellement décrétée en juillet 1976 avec le discours mémorable d’août 1977 : « Je déclare la guerre aux Peulhs ».
Ce bref regard historique n’est pas superflu. Loin s’en faut. Il sert aux jeunes générations pour comprendre que ce qui se passe actuellement en Guinée contre les Peuls est enraciné dans une politique délibérément nostalgique qui rappelle du déjà vécu.
En outre n’oublions pas que Facinet Touré fut promu au poste de Médiateur de la République après sa diatribe ethnique contre les peulhs. Il déclarait le 20 mai 2011 : « Les Peulhs ont le pouvoir économique et ne devraient donc pas chercher à obtenir le pouvoir politique au risque de provoquer une tension dans le pays ». Ces propos lui permirent d’être installé le 11 juillet 2011 dans ses fonctions par Alpha Condé en personne.
L’injustice contre les cadres peulhs et leur ethnie ne saurait continuer. Les victimes doivent se regrouper en association et envisager toutes les voies et tous les moyens légaux susceptibles de leur rendre justice.
Dorénavant, je les appelle à m’adresser tous les éléments qui justifient un acte de discrimination dont ils seraient victimes pour les porter à la connaissance de l’opinion nationale et internationale.
Enfin, le président guinéen devrait savoir que les Peulhs ne sont pas résignés et qu’ils n’ont pas peur. Ils voudraient tout simplement éviter la politique du talion.
Mahatma Gandhi ne disait-il pas : « œil pour œil et le monde est aveugle » ?
Lamarana Petty Diallo
lamaranapetty@yahoo.fr
Pour www.nlsguinee.com
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