GUINÉE : APRÈS CONTÉ : COMMENT OBTENIR UNE ALTERNANCE VIABLE ?
samedi 15 avril 2006
La vacance du pouvoir en Guinée n’est plus un sujet tabou et elle est discutée librement à tous les niveaux (sauf à l’Assemblée Nationale et à la Cour Suprême).
Le licenciement du Premier Ministre Cellou Dalein DIALLO pour faute lourde (comme un vulgaire employé) montre si cela était encore nécessaire que le Général Lansana CONTE ne contrôle plus la situation.
Il est devenu un jouet aux mains de son lobby qui ne se cache même plus depuis l’incident des décrets contradictoires des 4 et 5 avril 2006.Le lobby en place vient de montrer qu’il n’est nullement décidé à abandonner le pouvoir.
Nous sommes donc prévenus.
La plupart des Guinéens sont persuadés que l’Armée prendra le pouvoir dés l’annonce de la vacance du pouvoir. Par contre l’opinion internationale pense que le rôle de l’Armée est d’assurer le respect de la constitution et des institutions républicaines et refuse tout coup d’Etat.
Nous savons quant à nous que l’Armée Guinéenne a toujours été au service d’un homme c’est-à-dire son commandant en chef que ce soit Sékou TOURE ou Lansana CONTE. Elle n’a d’ailleurs jamais hésité à mâter toute manifestation contre le pouvoir en tirant sur la foule (élèves, étudiants, femmes).
Les menaces de la CEDEAO , de l’UA de l’OIF et des bailleurs de fonds ne serviront à rien car les militaires ne sont pas sensibles à la suppression de l’aide internationale ou à l’exclusion de leur pays des organismes internationaux (UA et OIF).
Ceux qui s’accrochent à la légalité constitutionnelle (article 34 notamment) se refusent à voir la réalité guinéenne bien en face. En effet la constitution a déjà été violée à maintes reprises par le Général Lansana CONTE qui a toujours déclaré qu’il est le seul souverain du pays. De plus les Institutions républicaines (Assemblée Nationale et Cour Suprême) ne jouent pas leur rôle de contre-pouvoir.
C’est pourquoi d’ailleurs la déclaration de vacance du pouvoir pour cause de maladie ne se pose pas, car les deux présidents n’envisagent nullement d’entrer en contradiction avec le Général LANSANA CONTE.
Si le président de l’Assemblée Nationale accède au pouvoir selon l’article 34, il mettra tout en œuvre pour se maintenir au pouvoir et truquera les élections.
N’ayant pas de fief électoral il s’obligera à se livrer à un véritable hold up électoral, auquel tout son parcours politique sous la première et la deuxième république le prédispose. Comme la plupart des conflits en Afrique naissent à la suite d’élections truquées ou par l’exclusion de certains candidats nous pensons que la Guinée connaîtra une période troublée, qui fatalement entraînera l’intervention de l’Armée.
C’est pourquoi nous pensons qu’il est temps d’apporter une attention particulière à la prévention des conflits électoraux.
En cas de crise, il faut veiller à ce que l’objectif final soit l’organisation d’élections libres, transparentes, crédibles, non contestées et ouvertes à tous. Il faut donc apporter le maximum de moyens pour obtenir ce résultat. C’est cette garantie qu’il faut obtenir par le respect de toute la constitution mais pas seulement de l’article 34.
Il faut noter cependant que les hommes qui dirigent ce pays aujourd’hui & nbsp; (gouvernement, assemblée, PUP) ne peuvent en aucun cas être des acteurs principaux d’une véritable sortie de crise. La gangrène a atteint un tel niveau que seule une opération chirurgicale peut venir à bout du mal qui ronge la Guinée.
Le mal c’est la mauvaise gestion qui a entraîné une corruption généralisée favorisée par l’impunité totale. Les dirigeants actuels ont pris l’habitude de ne pas respecter les lois et règlements ; ils considèrent le patrimoine national comme leur propriété personnelle ; l’ethnocentrisme et le népotisme sont considérés comme tout à fait naturels.
Le détournement du pouvoir à leur profit personnel débouche sur l’arbitraire et la violence aveugle.
D’autres citoyens proposent le respect d’une constitutionnelle « aménagée »
La COTRADEG propose « une solution d’affrontement et de négociation » et veut « dissocier les individus des institutions qu’ils représentent». Malheureusement il faudra nécessairement négocier avec le Président de l’Assemblée Nationale pour lui faire accepter (alors que la constitution ne le stipule pas) « la mise en place d’un gouvernement dirigé par un Premier Ministre de Transition ayant les pleins pouvoirs pour la gestion de cette transition et l’organisation d’une élection présidentielle libre et transparente ». S’il accepte cette solution c’est qu’il aura modifié tout seul la constitution alors qu’au départ on considérait cela comme impossible.
A notre avis si le Président de l’Assemblée Nationale et le Président de la Cour Suprême refusent de déclarer la vacance du pouvoir c’est qu’ils veulent maintenir le statu quo et ne sont pas désireux de mettre en place une période de transition qui va à l’encontre de leurs intérêts personnels. Ceux qui s‘opposent systématiquement à la proposition de la concertation des Forces Vives ne l’ont pas suffisamment analysée.
Tout d’abord l’objectif final est clair, c’est la possibilité d’obtenir des élections libres, transparentes, ouvertes à tous et sans contestation, base de toute démocratie. Il ne faut jamais l’oublier.
L’analyse de la situation actuelle nous a amené à conclure que le régime actuel n’a ni la volonté, ni la possibilité de réussir à organiser des élections libres et transparentes. C’est pourquoi nous avons estimé que la période d’intérim du Président de l’Assemblée Nationale ne lui permettra que de s’organiser pour se maintenir coûte que coûte au pouvoir en truquant les élections qu’il ne peut en aucun cas remporter s’il s’agit d’élections libres.
De plus nous pensons que la période d’intérim de 60 jours ne peut permettre la mise en place des organismes indispensables pour obtenir des élections libres, transparentes et démocratiques. C’est pour résoudre la plupart des questions ainsi posées, que nous proposons une période de transition d’une durée maximale de 18 mois.
Cette période de transition ne sera pas le fruit d’une négociation avec le régime actuel ou avec le Président de l’Assemblée Nationale ou du Président de la Cour Suprême. La Coordination des Forces Vives de la Nation devra mobiliser les citoyens par des meetings, des marches de protestation ou des grèves pour faire savoir à tous ceux qui envisagent de s’emparer du pouvoir que le peuple s’y opposera énergiquement et frontalement. Le peuple étant souverain, personne ne pourra s’opposer à la volonté populaire si elle est massivement exprimée.
C’est seulement après de grandioses manifestations populaires qu’il sera possible de faire appel à l’opinion internationale pour qu’elle renonce à la légalité constitutionnelle et fasse pression sur tous ceux qui veulent entreprendre des coups d’Etat civils ou militaires.
Il ne faut cependant pas s’arrêter à définir la période de transition mais il faut s’assurer de sa mise en place d’une manière effective et efficace.
Nous pensons qu’il sera difficile de mobiliser les guinéens sans préciser dés maintenant qu’elle est la personnalité consensuelle qui va présider le gouvernement d’union nationale et derrière laquelle ils vont se mobiliser.
Certains disent que cette personnalité sera désignée le moment venu. A notre avis si les partis politiques ne sont pas capables de désigner cette personnalité dés maintenant, ce n’est sûrement pas au moment où les candidats putshistes auront lancé leur offensive qu’on pourra faire cette désignation.
Tout le monde imagine déjà que les partis politiques s’entendront difficilement autour d’une personnalité. Il faut donc que les partis sachent que la balle est dans leur camp s’ils veulent retrouver une crédibilité perdue depuis longtemps. Il faut noter que la coordination prévoit la participation de l’Armée dans le gouvernement d’union nationale.
En conséquence la concertation des forces vives de la nation a estimé qu’une rupture radicale s’impose afin de changer les mentalités et les méthodes de gestion et aussi assurer une évolution stable et pacifique de la Guinée. D’où l’importance et la nécessité absolue d’avoir cette période de transition de dix huit mois pour remettre le pays sur les rails.
La deuxième affirmation de la Concertation des Forces Vives est qu’il est impossible d’avoir des élections libres et transparentes sans procéder à des réformes fondamentales en ce qui concerne le processus électoral :
- Recensement général de la population par les Nations Unies
- Listes électorales informatisées et sécurisées disponibles sur Internet
- Délivrance de cartes d’électeurs avec photos à tous les électeurs
- Délivrance de cartes d’identité à tous les citoyens
En ce qui concerne les élections, elles ne doivent en aucun cas être organisées par le Gouvernement mais par une Commission Electorale Indépendante dotée de moyens matériels, humains et financiers adéquats, qui pourra réquisitionner les moyens logistiques de l’Etat pendant la période électorale.
En conclusion nous pensons que la Coordination de la Concertation devra le plus vite possible :
- Mettre en place le Comité de Coordination de 30 membres ainsi que son secrétariat exécutif de 7 membres.
- Définir une stratégie et un programme d’actions en vue de la mobilisation permanente et effective des citoyens pour un changement.
- Proposer une personnalité consensuelle ainsi que les méthodes de choix des ministres du gouvernement d’union nationale
- Définir les conditions de désignation des membres des institutions et organismes à mettre en place pendant la période de transition.
Ne pouvant organiser un référendum, n’ayant pas la possibilité d’utiliser les médias publics, la concertation des forces vives devra rechercher tous les modes de mobilisation que la constitution autorise pour aboutir au changement que nous souhaitons.
La mobilisation populaire est une nécessité pour éviter à la Guinée de sombrer dans le chaos
Le destin du pays est entre les mains des Guinéennes et guinéens. Ainsi nous devons nous armer de courage et de pugnacité pour nous mobiliser par centaines de milliers pour créer une pression permanente dans tous les coins du pays pour aboutir au changement ici et maintenant.
Conakry le 14 avril 2006
EL Hadj BA Mamadou
Président de l’UFDG
Siége social : Carrefour Chinois à Belle –Vue Ecole,
BP 3036 Conakry/agrément N°92 1549/MIS/CAB modifié par l’arrêté N°A/98/0742/MID
Correspondance pour Nlsguinee.com
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