Guinée : Les deux options pour la succession
samedi 14 avril 2006
Ici nous nous penchons sur l’après Conté, et en particulier sur deux des options qui attirent l’attention des Guinéens. Même si personne ne peut scruter l’avenir, il est judicieux d’aborder le problème et de s’y préparer.
L’état de santé du président Lansana Conté rend la question de la succession incontournable. Bien qu’elle soit délicate, il est de bon ton de l’examiner d’une manière lucide afin d’éviter la situation de fin mars 1984.
Malgré la compassion que les populations éprouvent pour leur président malade, elles s’interrogent sur l’avenir du pays et s’attendent plus que jamais à des lendemains meilleurs.
La transition aura pour but de préciser les conditions et les modalités de ce progrès.
L’idée de transition implique qu’il y aura un vide à remplir La succession semble être dans une impasse remplie de bombes qui peuvent exploser n’importe quand et comment et entraîner des dégâts énormes. Les concurrents s’apprêtent. Il ne devrait, normalement, pas y avoir de problèmes dans la mesure où l’article 34 de la constitution stipule une solution claire et nette.
Malheureusement, le principe constitutionnel démocratique n’a pas encore fait ses preuves en Guinée. Les racines de la démocratie n’y sont pas profondes. Aucune des élections des dernières années, depuis le référendum de la loi fondamentale en décembre 1990, n’a respecté les principes des élections honnêtes et transparentes. De là découle la crise de légitimité et de confiance dont souffrent le parlement et les autres institutions. La représentativité sous un tel régime perd une partie de son fondement et de sa valeur.
Des Guinéens mettent en question la légitimité des dernières élections législatives, celles de juin 2002 qui furent boycottées par de nombreux partis. Selon ces critiques, l’Assemblée née de ces consultations ne représente pas la voix de la majorité du peuple, même si les députés élus peuvent se targuer d’une certaine légitimité. Pour empirer cette situation, le président de la République n’a pas caché ses sentiments quant au choix du président de l’Assemblée qui est, en vertu de la loi, appelé à assumer l’intérim en cas de vacance du pouvoir.
Nul n’ignore en Guinée que Lansana Conté n’aime pas Aboubacar Somparé, le parlementaire que les députés du parti majoritaire ont imposé au chef de l’Etat comme président de l’Assemblée. La personnalisation du sujet de la transition nuit au concept de l’ordre et de la stabilité; elle est à la source du problème de la succession. Elle se révèle le handicap qui confirme le mépris des lois et des conventions. Le président de l’Assemblée est contesté aussi par le puissant entourage présidentiel et tous ceux qui jouissent de relations privilégiées avec le chef de l’Etat.
Le contexte politique présent comporte des surprises. L’élite originaire de la Basse Guinée, influente dans l’administration, fait preuve d’un mutisme remarquable et semble faire cause commune avec le régime, à la différence de l’ère du président Sékou Touré pendant laquelle les ressortissants de la Haute Guinée comptaient parmi les opposants. Le « problème Somparé » devient ainsi un paradoxe dans le système du président Lansana Conté où la politique a pris un tournant ethnique indéniable. A cause de Conté, Somparé est contesté par ses « frères » de la même ethnie.
Or, à présent, il est trop tard de changer la constitution et de choisir un nouveau président de l’Assemblée; Conté n’y peut rien. Il ne peut pas dissoudre l’Assemblée; le temps et les moyens lui font défaut. Honnêtement, l’état d’impuissance dont il fait preuve demande son départ avec grâce ou par d’autres moyens légaux prévus par la constitution. Ceci permettra au pays de prendre un nouveau départ
Quelles sont les options pour la Guinée ? Quelle pourrait être la meilleure alternative pour éviter le succès d’une aventure potentiellement plus dangereuse que celle du vide de mars 1984 ?
Certains estiment, vu la profondeur de la crise, qu’un Rawlings ou un Amadou Toumani Touré (A.T.T.), guidé par les principes de rigueur, de probité et de transparence, peut être la solution. Un tel régime pourra se faire accepter par les communautés nationale et internationale, même si les pronunciamientos sont passés de mode.
Une telle politique implique l’unité au sein de l’armée aussi bien qu’au niveau national ; elle va aussi avec la réconciliation des Guinéens avec leur histoire ainsi qu’avec eux-mêmes. Un Rawlings ou un A.T.T. prendra en considération l’énormité de la corruption de l’Etat guinéen et l’immensité de la tâche de reconstruction.
Clairement deux options s’opposent. En premier lieu, il y a l’option militaire qui rejette la voie constitutionnelle à cause de son origine, de son inefficacité et de sa soumission au chef de l’État. Selon cette option, l’Assemblée n’est autre qu’une agence sans pouvoir au service du régime de Lansana Conté et en tant que telle peut être dissoute au même moment que le système qui l’a engendrée.
Quant à l’option constitutionnelle, elle suggère la continuité dans l’ordre. Car, de nos jours, tout régime militaire débouche, à la longue, sur un gouvernement civil. Un gouvernement de transition s’avère nécessaire dans la transition de la politique guinéenne vers un État de droit capable de sauvegarder l’ordre et de faciliter le progrès économique et social.
Le 14 avril 2006
Professeur Lansiné Kaba
Evanston, Illinois
Correspondance de "Joe Sidibe" pour Nlsguinee.com
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