dimanche 11 décembre 2011
Kankan n’est pas à sa première répression. La ville et la région ont connu le martyr dans les années 90. Les habitants de la Haute Guinée ont payé le prix de leur attachement au RPG. Particulièrement ceux de Kankan, de Siguiri et de Kouroussa. Ce sont eux qui ont fait de ce parti et son leader ce qu’ils sont.
Ainsi, et très logiquement, l’arrivée du RPG au pouvoir devait mettre fin à la répression dont ils ont fait l’objet. Les habitants de cette région étaient censés être aujourd’hui ce que ceux de Dubréka étaient hier. Ceux-là défendaient et protégeaient le leur. Celui-ci leur retourne l’ascenseur.
C’est pourquoi, ce qui vient de se passer à Kankan a été perçu comme un cauchemar. Une hallucination pour tous ceux pour lesquels la répression dans cette région ne devait plus être qu’un mauvais et lointain souvenir. Ils ont déchanté. La dente a mordu celui qui l’a soignée.
Ce qui s’est passé à Kankan ce dimanche est une première. C’est une nouvelle forme de répression contre des manifestants. Que de opposants réunis dans un stade reçoivent une correction, c’est une chose. Que de jeunes brandissant des pancartes hostiles au pouvoir soient violemment dispersés, cela a été observé une multitude de fois en Guinée.
Mais qu’une manifestation culturelle finisse en débandade, cela est une première. Des femmes vêtues de leurs beaux et grands boubous se retrouvent pour chanter et danser. Faire la Mamaya comme elles savent bien le faire. Mais il y a Mamaya dans Mamaya. Chanter et danser en l’honneur et à la gloire du pouvoir, cela est possible pour koudaï. Mais faire la même chose pour quelqu’un qui ne regarde pas dans la même direction que le nouveau maitre peut être un crime de lèse majesté.
En véritable homme de culture, Lansana Kouyaté méditera sûrement sur cette citation de George Clémenceau : « En politique un converti est un homme qui quitte son parti pour s’inscrire au vôtre. Un traitre est un homme politique qui quitte votre parti pour s’inscrire à un autre. Par conséquent, le président du PEND était un converti après son alliance avec arc-en-ciel en 2010. Aujourd’hui il est un traitre aux yeux du patron d’arc-en-ciel.
Les militants et sympathisants de l’ancien converti, ont appris à leur dépend que les habitudes ont la vie dure. Ceux qui les réprimaient hier au nom du PUP, le font aujourd’hui au nom du RPG. Finalement ce sont les terminologies qui ont changé. Ceux qui défendaient l’ancien parti au pouvoir avec bec et ongle le font aujourd’hui avec plus de zèle pour le nouveau parti au pouvoir.
Alpha Condé lui-même dont le slogan est « ensemble changeons la Guinée » se rend compte que changer la Guinée est plus difficile que de déplacer le mont Kakoulima. Entouré par ceux-là mêmes qui entouraient son prédécesseur et eternel rival, cet entourage n’est pas capable d’autres choses que de rééditer son macabre exploit : se montrer plus royalistes que le roi. Induire leur mentor en erreur pour ensuite retourner la veste.
Habib Yembering Diallo
Analyste et Correspondant de www.nlsguinee.com à Conakry
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Pour www.nlsguinee.com
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