jeudi 16 juin 2011
Plus de six mois après la présidentielle, les positions restent toujours radicales. Les points de vue sont diamétralement opposés. Le discours est intolérant voire agressif. Il suffit que l’interlocuteur se présente pour qu’on imagine son point de vue ou qu’on lui attribue une position partisane.
Les préjugés ont pris le dessus sur le débat des idées. La contradiction basée uniquement sur des arguments rationnels.
Faut-il mettre tout ça au compte de l’apprentissage de la démocratie ?
Un apprentissage qui, à la différence de tout autre apprentissage, a une durée infinie. Les Etats-Unis n’ont pas fini d’apprendre. On se souvient de leur présidentielle calamiteuse. La démocratie française elle-même connaît souvent des dérives dignes d’une République bananière. Comme le débat sur l’identité nationale ou encore celui sur la laïcité.
Le Bénin était un modèle en Afrique au Sud du sahara. Sa dernière présidentielle l’a ramené au bas de l’échelle.
La démocratie guinéenne elle n’a que vingt ans. Elle est donc trop jeune. Et depuis 20 ans elle connaît des hauts et surtout des bas. Le plus souvent elle est menacée de mort.
L’élection d’un président de la République marque un tournant décisif et historique dans le parcours tumultueux de la démocratie guinéenne. Pour le reste, elle sera ce que les Guinéens voudront qu’elle soit. Forte et pétillante de santé ou faible voire moribonde ? C’est aux Guinéens de décider.
Une des manières de la rendre forte et pérenne est d’instaurer un débat constructif. Un débat basé sur des critères objectifs, rationnels, constructifs et patriotiques. Ce travail consistera à lever le pied sur l’accélérateur. A éviter tout préjugé. A juger l’homme non pas sur son appartenance ethnique, régionale ou religieuse. Mais sur ses actes. Sur sa capacité à apporter quelque chose de positif à son pays.
D’un côté, Alpha Condé est élu pour cinq ans. Sauf la volonté du Ciel il va régner pendant ces cinq ans. De l’autre, il y a près de la moitié de la population qui a voté contre lui. Il est illusoire pour la minorité de penser pouvoir changer la donne avant la prochaine présidentielle. Il est tout aussi illusoire que la majorité réussisse quoi que ce soit sans la participation de la minorité.
Pour toutes ces raisons, il est temps grand, temps même d’enterrer la hache de guerre ne serait-ce que pour cinq ans en attendant la prochaine présidentielle.
D’ici là il faut faire face à l’ennemi commun. Un ennemi qui s’appelle pauvreté, misère, privation, obscurité, insalubrité, chômage et que sais-je encore. C’est cela le véritable combat du guinéen aujourd’hui. Le seul qui vaille au moins pendant cinq ans encore.
Que les adeptes du débat ethnique aillent voir si les 26 longues années de règne de Sékou Touré ont fait de Faranah sa ville natale un Eldorado local. Ou qu’ils se rendent à Durbréka juste à côté pour voir si la ville dont est originaire Lansana Conté est meilleure par rapport à une autre qui n’a jamais eu même un préfet.
Que les mêmes aillent demander aux Ivoiriens quel fut le résultat de leur débat ethnique. La fameuse « ivoirité ». Si ce résultat est positif il faudrait les imiter. En revanche s’il est négatif, il faut éviter de sombrer dans l’erreur suicidaire. Car il n’existe pas d’autres qualificatifs du débat ethnique que les mots suicide collectif.
Habib Yembering Diallo
Analyste et Correspondant de www.nlsguinee.com à Conakry
Contact : habibyambering@yahoo.fr
Tel: (+224) 62 29 11 95
Pour www.nlsguinee.com
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