Guinée : Révolution de Palais matée en Guinée
jeudi 06 avril 2006
Le président Lansana Conté, malade, a congédié son Premier ministre qui souhaitait remanier le gouvernement. Le pays, plongé dans la misère, reste cependant paralysé par la vacance du pouvoir et les guerres de succession
Le chef de l'Etat guinéen a beau être affaibli par la maladie, il tient à ce que l'on sache que c'est encore lui qui gouverne. Au terme de deux jours fertiles en nouvelles pour un pays paralysé par la misère et l'incurie politique, la radio nationale vient d'annoncer que le Premier ministre Cellou Dalein Diallo, en poste depuis le 9 décembre 2004, a été limogé par décret présidentiel, «pour faute lourde».
Quelques heures auparavant, le président Lansana Conté avait anullé le remaniement ministériel décidé mardi par le Premier ministre. Par ce décret, Cellou Dalein Diallo, un économiste de formation, essayait de reprendre les rênes d'un pays où plus rien ne se décide en attendant la prévisible succession du président septuagénaire. Le premier ministre s'attribuait en effet les portefeuilles-clé de l'Economie et des finances, du Plan et de la coopération internationale et du Contrôle économique et financier, et faisait entrer treize nouvelles personnalités dans son gouvernement dont sept pouvaient être considérés comme ses alliés. Par la même occasion, il se débarrassait de douze ministres, âgés ou gênants, notamment le ministre de l'Emploi et de la fonction publique, Alpha Ibrahima Kéira - décrédibilisé par la grève générale, très largement suivie, du 27 février -, et du ministre de la Jeunesse, des sports et de la culture, El-Hadj Fodé Soumah, considéré comme un fidèle du président Conté.
La tentative de Cellou Dalein Diallo, que l'entourage du président Conté fait passer pour un coup d'Etat, a donc échoué. Pour s'en assurer, le président a été jusqu'à faire intervenir sa garde présidentielle: mardi soir, les militaires ont investi les studios de la radio d'Etat et intimé au journaliste, qui était en train de lire la liste des nouveaux ministres, l'ordre de se taire. La Guinée n'a donc aujourd'hui plus de premier ministre, mais toujours le même gouvernement, celui «d'avant le 4 avril» étant maintenu jusqu'à nouvel ordre, selon la radio nationale.
Plus que jamais, se pose la question de qui dirige vraiment ce pays qui possède un tiers des reserves mondiales connues de bauxite mais ou la moitié des Guinéens vivent avec moins d'un dollar par jour. La vacance du pouvoir place la Guinée dans une situation de plus en plus critique. Deux semaines après le retour de Lansana Conté d'un séjour dans un hopital suisse, et alors que les rumeurs d'une agravation de son état de santé se précisent, les clans qui se disputent son héritage se sont débarrassés d'un rival, en la personne du premier ministre. C'est entre eux que va désormais se dérouler la guerre de succession.
Par Marie-laure COLSON
mercredi 05 avril 2006 (Liberation.fr - 18:28)
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