mardi 07 juin 2011
Trois présentateurs du journal télévisé suspendus. Les journalistes des médias privés empêchés d’accéder à l’aéroport de Conakry à l’occasion du retour du président de la République. Et pour boucler la boucle, le siège d’un journal de la place investi par des agents à la mission très secrète.
Voilà un triple événement qui sème la peur chez les professionnels de l’information. Ainsi, cinq mois seulement après l’investiture du nouvel homme fort de la Guinée, c’est la fin de la récréation. Les hommes des médias attendaient anxieusement cette fin.
Ces trois événements constituent un retour en arrière. Lequel retour aura des conséquences sur la liberté de la presse en Guinée. Voyons plutôt. Les trois présentateurs de la télévision auraient été suspendus pour appartenance à un parti politique adverse. Si cette information se confirme, il va de soi que la mesure sera dissuasive. Elle va faire tache d’huile.
Tous les autres journalistes vont rentrer dans les rangs. Et bonjour le culte de personnalité. On se souvient encore que les présentateurs, les reporters et les commentateurs tous commençaient ou terniraient leurs papiers par la formule « grâce à la politique du général président ». Ceux qui ne le faisaient pas étaient de véritables laissés pour compte.
Penser que ces pratiques vont disparaître du jour au lendemain est une chimère. Une illusion. Les zélés et autres thuriféraires sont toujours là. Les mêmes qui disaient que la Guinée sans Conté c’est le chaos. Les mêmes qui diabolisaient un certain Alpha Condé, accusé de tous les péchés d’Israël. Les mêmes sont là. Et les mêmes causes risquent de produire les mêmes effets.
Les journalistes des médias privés victimes de brutalité à l’aéroport cherchent encore et toujours le changement par rapport au passé. Depuis la naissance de cet enfant terrible, cet empêcheur de tourner en rond qui est la presse privée, les forces de l’ordre font toujours le tri. Un tri entre journalistes des médias de service public et ceux de la presse privée. Les premiers sont envoyés au paradis. Les seconds en enfer.
La presse a toujours tiré sur la sonnette d’alarme. Mais la situation reste et demeure la même. Ils font toujours l’objet d’exclusion, d’injures et de brutalité. Comme ce fut encore le cas le 30 mai dernier. Ceux qui espéraient qu’avec l’avènement de la troisième République ces pratiques d’un autre temps auraient disparu à jamais déchantent. Ils lorgnent et cherchent partout le changement promis. Parce qu’un changement ne peut se faire sans ces observateurs. Que dis-je ces acteurs de la société guinéenne que sont les journalistes.
Si on devait jeter un regard rétrospectif pour faire le bilan, pour savoir quel a été le rôle des uns et des autres dans la démocratisation de la Guinée, la presse privée guinéenne n’aurait pas à rougir de son rôle. Elle n’aurait pas baissé la tête. Pour toute récompense, elle est vouée aux gémonies. Considérée non pas comme un partenaire mais comme un adversaire à abattre.
Mais penser pouvoir museler la presse en ce début du troisième millénaire relève d’une cécité politique. Voire d’une cécité tout court. La presse est un acteur incontournable. Il est impossible de la faire taire.
S’il fallait choisir aujourd’hui entre un gouvernement sans presse ou une presse sans gouvernement, les Guinéens opteraient majoritairement pour la seconde solution. D’où la nécessité pour les gouvernants de rectifier le tir. Les nouvelles autorités guinéennes n’ont pas droit à l’erreur. Qu’elles fassent leur travaille et laissent la presse faire le sien.
Habib Yembering Diallo
Analyste et Correspondant de www.nlsguinee.com à Conakry
Contact : habibyambering@yahoo.fr
Tel: (+224) 62 29 11 95
Pour www.nlsguinee.com
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