jeudi 14 avril 2011
Le procès des militants du principal parti de l’opposition a été des plus expéditifs. Cette fois on n’a pas assisté à des procédures infiniment longues.
Le tribunal de première instance de Mafanco a rendu son verdict ce mardi. Certains accusés ont été condamnés à un an de prison ferme. D’autres à la même peine mais avec sursis. Enfin un troisième groupe a été purement et simplement libéré pour délit non constitué.
Comme il est de coutume dans pareille circonstance, les hommes en robes noires ont livré une véritable bataille : non pas celle qui a opposé le gouverneur de la ville et les manifestants dans la rue. Mais celle de la procédure judiciaire.
Les avocats de la défense ont estimé que la procédure a été violée. D’où leur demande d’annulation des procès verbaux. Ils ont demandé au président du Tribunal de libérer les accusés pour violation de droit de la défense. Ils ont parlé d’un règlement de compte.
La partie civile n’entendait pas de cette oreille. Elle a soutenu que « ce procès n’était pas politique. Mais un procès de comportement notoire ». Les accusés comparaient pour « manifestation et attroupement illégaux ».
En tous les cas, ce procès intervient un trimestre seulement après l’investiture du nouveau président. Et la justice a visiblement voulu annoncer les couleurs : Dissuader l’opposition de toute velléité de contestation du nouveau pouvoir.
Le procès des militants de l’opposition a été aussi celui de certains responsables. Lesquels sont accusés d’excès de zèle. Le gouverneur de la ville de Conakry et le Directeur général de la caisse de sécurité sociale ont été pointés du doigt.
L’opposante « Yari Biriki » est catégorique. Elle a eu des ennuis parce qu’elle a décliné toutes leurs offres pour quitter son parti et rejoindre le leur.
Cette affaire survient quelques jours seulement après la tenue des états généraux sur la justice. Elle est la première épreuve de la justice guinéenne sous le règne d’un professeur de droits. Même si ce procès n’a pas une grande envergure au regard des chefs d’accusations retenues contre les militants de l’opposition. Il n’en demeure pas moins un test. Un véritable test pour la justice guinéenne. Une justice dont l’indépendance est réclame à la fois par les administrateurs et les administrés.
Cette justice souffle le chaud et le froid.
A la disparition du président Conté, il n’y a curieusement aucun prisonnier pour délits économiques. Alors que les scandales financiers sont légendaires. Mais cette justice veut faire amande honorable. Elle résiste contre la volonté de la caporaliser par le successeur du président Conté.
Comme un seul homme, toute la corporation fait bloc contre l’immixtion de l’exécutif dans le judiciaire. Le capitaine recule. En même temps, un magistrat refuse d’obtempérer à la convocation d’un ministre. Indiquant à celui-ci que le magistrat est le patron de l’officier de la police judiciaire, celui-ci fût-il un ministre.
Contre toute attente, on assiste à un revirement de la justice après le premier tour de la présidentielle. Un tribunal de première instance condamne un membre de la commission électorale pour fraude. Le condamné continue à siéger à la CENI. Quelques semaines plus tard, on assiste à la réponse du berger à la bergère. Le parti dont le représentant est condamné porte plainte à son tour contre un autre membre de la CENI.
Le tribunal remet les pendules à l’heure. Il joue à l’équilibrisme et condamne un deuxième membre de l’institution. Malgré tout, cet autre continue à siéger à la CENI. Et de surcroît, il devient le vice président de l’institution.
La justice guinéenne devrait dire au citoyen ce que sont devenues ces deux décisions de justice. Va-t-on enfin changer de fusil d’épaule pour prendre ses responsabilités des deux mains ? Ou va-t-on continuer à être au garde à vous ?
La suite donnée à cette autre affaire laisse penser que la deuxième option est malheureusement l’hypothèse la plus plausible.
Habib Yembering Diallo
Analyste et Correspondant de www.nlsguinee.com à Conakry
Contact : habibyambering@yahoo.fr
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Pour www.nlsguinee.com
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