Guinée : Quel triste anniversaire
mardi 04 avril 2006
Depuis son indépendance, nous vivons toujours dans l'anarchie, le désordre et l'incertitude pour l’avenir de la Guinée. Le pays continue d'être dans la sollicitude la plus totale pour sa survie. Bref, le pays est dans une situation désastreuse.
L’arrivée au pouvoir en 1984 du jadis Colonel Lansana Conte avait laissé entendre et faire espérer aux Guinéens et Guinéennes la sortie du pays de sa mauvaise situation. Mais, à ces fausses promesses de Dans cette optique, tout est bon pour conserver le pouvoir.
1)-On fabrique des complots imaginaires pour se débarrasser des compagnons d’armes gênants, le complot Diarra en est une preuve, puis exécute froidement les anciens dignitaires sans jugement validant ainsi la thèse que la Guinée sous le Général Lansana Conte sera un pays sans loi.
2)-On « tripatouille » la constitution afin de pouvoir se présenter autant de fois qu’on le désire. Cela se fait en s’appuyant soit sur les Parlementaires nommés, soit par la force, la population n’ose même pas répondre « non » par crainte de représailles.
Les Guinéens se retrouvent donc pris en otage puisque le pays tout entier est considéré comme un butin par le Général Lansana Conte, sa famille et les clans mafieux qui gravitent autour. Les violations des droits de l’homme sont inhérentes pour son pouvoir : arrestations, assassinats, disparitions, perte du travail et exil.
Les dégâts de cette réalité ne s’arrêtent pas seulement au domaine politique ou institutionnel : « corruption quasi officialisée, assassinats politiques, exécutions sommaires, effondrement des infrastructures sociales et économiques, inflation, dépravation des mœurs, insécurité, tribalisme, népotisme, chute des économies, liquidation des entreprises publiques, pillage des ressources et richesses nationales, monnayage de la justice, dévalorisation de la fonction publique et de l’enseignement... ». Il faut y ajouter les épurations qui accompagnent les « découvertes » périodiques de tentatives de coups d’État. Sans compter les faux coups d’État montés pour les besoins de la cause.
Tout le monde, à l'exception de quelques uns, convient aujourd’hui que rien ne va plus en Guinée et qu'il faudra solutionner la crise politique. Il n’y a plus d’alternative, les Guinéens n'ont que le choix de mettre leur pays sur les bons rails afin qu'il s'inscrive dans le concert des nations fiables. Ces cris de détresse proviennent tous azimuts : doléances des partis politiques, de la société civile, des politico-militaires, des personnalités politiques et politologues qui anticipent la tragédie de l’après Lansana Conte.
Il est temps que Général Lansana Conte cesse de s’arrêter sur sa tête les pieds en l’air. Il doit saisir ses fausses promesses faites en différentes occasions et prendre en considérations les aspirations légitimes des Guinéens pour mener la Guinée vers une transition pacifique. Cela passe obligatoirement par sa démission avant qu’il ne soit trop tard pour lui.
La situation que traverse notre pays est gravissime, elle résulte des comportements politiques irresponsable du Général Lansana Conte et de nos politicarts. La confiance du peuple Guinéen a été abusée. Face aux incertitudes liées à la fin du règne du Général Lansana Conte, en l’absence de toute décision politique courageuse pouvant amener notre pays sur une voie normale, nous craignons une fin de règne chaotique, des émeutes, des guerres civiles, etc......
Un régime qui opprime, déprime, asservit et fait ployer le peuple sous le joug de la dictature, est constamment à la merci des contestations, des insurrections, des jacqueries, des mutineries, des soulèvements et, dans le pire des cas, d'un putsch.
Malheureusement, il ne s'en aperçoit souvent que tardivement, car aveuglé par la folie du pouvoir. Jusqu'à ce qu'il se rende compte qu'il est contraint de lâcher le fauteuil et ce, parfois, de la façon la plus inélégante qui soit.
En attendant, nous remarquons que l’incapacité de l’opposition Guinéenne de dépasser ses points de divergence et d’accélérer la chute du régime moribond du Général grabataire et mourant Lansana Conte au dessus toutes les autres considérations égoïstes et personnelles renforce le régime de Conakry.
Même si la cause défendue par l’opposition est juste, son inconsistance complique énormément les choses pour elle. En effet, il sera difficile aux Guinéens et Guinéennes, et aux ami(e)s de la Guinée, dont tous aspirent à la fin de ce régime militaro-mafieux et clanique, de faire confiance à des groupes qui n’arrivent pas à accorder leurs violons et manquent un minimum de dénominateur commun.
L’incapacité notoire des leaders de l’opposition à parler le même langage donne des prétextes solides au Général Lansana Conte et ses thuriféraires qui pourront tranquillement se moquer d’eux et les traiter d’aventuriers en mal de pouvoir.
Il n’est pas encore trop tard pour les différents acteurs de l’opposition guinéenne, de sacrifier leurs ambitions personnelles pour sortir la Guinée des mains de la dictature du Général Lansana Conte. Sans cela, tout le reste n’est que de la pure comédie et perte de temps. Nous ne serons pas tous des présidents, bon sang. Il faut que certains commencent à réaliser cela et à arrêter de rêver. Dans le cas contraire, que cette opposition caduque cède le terrain a une nouvelle génération de leadership.
Il y'a des moyens beaucoup plus efficaces que les kalachnikovs et les M16 pour se faire valoir de ses droits, c’est la rue, les « MANIFESTATIONS », faisons-en usage.
Des manifestations pacifiques et disciplinées doivent non seulement souder la population entre elle mais elles obligeront les politiques à aller dans le sens du peuple. On ne peut plus se permettre de s'asseoir en arrière et laisser des irresponsables chroniques décidés à notre place, il est grand temps de se faire entendre, de prendre notre destin en main, refuser de rester sur le banc de touche et se faire marginaliser.
La situation est mure pour un changement positive en Guinée mais l’obstacle principal qui retarde ce changement demeure le comportement irresponsable et enfantin de l’opposition guinéenne et le fait que les hommes politiques n’ont aucune conviction politique.
Autrement dit, ils font de la politique du « ventre». Pourtant, l’engagement politique suppose qu’on a un projet de société spécifique à proposer et à défendre pour obtenir l’adhésion des citoyens.
A cause de la misère qui rongent la conscience des Guinéens, ils sont plutôt préoccupés par les problèmes quotidiens : se nourrir, se loger, se soigner, se vêtir…
Les débats politiques, à mon avis, cela ne les concerne plus. On les a trop menti, déchu avec des fausses promesses qu’ils sont devenus insensibles et immunisés aux appels de la politique. Comme on peut le constater, l’attitude des Guinéens à l’égard de la chose politique est de plus de plus négative. Ils sont nombreux à penser que les responsables politiques et le pouvoir ne se préoccupent pas de leurs problèmes, mais de leurs propres affaires. La qualité d’une politique pluraliste dépend de l’intérêt qu’accordent ou non les citoyens aux débats publics.
La misère devrait éduquer les citoyens. Lorsqu’on est miséreux, l’on réclame plus de liberté, plus d’élections libres et transparentes, plus de démocratie, etc. Les citoyens doivent participer aux débats pour qu’on puisse construire un État de droit. « Vous avez beau ne pas vous occuper de la politique, la politique s’occupe de vous ».
Chers compatriotes croyons au pouvoir de la démocratie et soyons-en certain, jamais une vraie démocratie ne s'installera en Guinée tant que le pouvoir de l'amour ne surpassera pas l'amour du pouvoir.
Le philosophe français Jean-Paul Sartre nous dit : « l'essentiel pour l'homme n'est pas ce que l’on a fait de lui ; mais plutôt ce qu’il fait de ce que l’on fait de lui ».
Ensemble, tous les Guinéens ont commis une grande erreur historique, erreur d’avoir succombé devant la dictature civile et militaire, erreur d’avoir signé forfait devant ses responsabilités. Ne dit-on pas que « l'erreur est humaine, mais persévérer dans l'erreur est diabolique ». Si les Guinéens continue de persister dans cette erreur et de fuir leurs responsabilités devant l’histoire alors, bienvenue à tout ce qui adviendra.
Ensemble, nous devons travailler pour construire une Guinée inclusive et tolérante ou l’exil volontaire ou imposé de nos compatriotes ne doit pas être perçu au pays, comme un acte de désertion.
Aujourd’hui, près d’un demi-siècle après, où en sommes nous ?
Faut-il rester murés dans cette logique attardée à un moment où le pays, pour se reconstruire et se moderniser, a besoin de mobiliser toutes ses filles et tous ses fils ?
Mamadou Diallo, MD
Membre fondateur de l’ANDD
Administrateur de Guinea-Forum, partenaire de Nlsguinee.com
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